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Concert de Prestige au VIe Concours International de Piano XXe siècle d’Orléans

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Paris. Salle Cortot. 20-05-2005. Claude Debussy (1862-1918) : les Collines d’Anacapri, Feux d’artifice, extraits des Préludes pour piano. Olivier Messiaen (1908-1992) : Le Baiser de l’enfant Jésus, extrait n°15 des Vingt regards sur l’enfant Jésus. Qigang Chen (né en 1951) : Instants d’un Opéra de Pékin. Karol Szymanowski (1882-1937) : Masques, opus 34 n°1 (Shéhérazade). William Bolcom (né en 1938) : Mirrors, Rag Infernal, Hymne à l’amour, extraits des 12 New Etudes. Kenneth Hesketh (né en 1968) : The Three Japanese Miniatures. Maurice Ohana (1913-1992) : Sonatine monodique. Luciano Berio (1925-2003) : Cinq Variations. Luca Francesconi (né en 1956) : Mambo. Francesco Tristano Schlimé (né en 1981) : Coda improvisée en prolongement de l’œuvre de Francesconi. Piano : Ya-Ou Xie, Reto Reichenbach, Daniel Becker, Francesco Tristano Schlimé.

Fondé en 1994, le Concours International de Piano XXe siècle d’Orléans réunit tous les deux ans des pianistes du monde entier. Visant à révéler de jeunes solistes, cette compétition s’adresse particulièrement aux futurs artistes de la musique contemporaine. Lors de la dernière édition en 2004, le grand prix a été attribué à (lire notre chronique). Trois autres jeunes pianistes ont également été récompensés lors de ce concert exceptionnel. Ce vendredi 20 mai 2005, nous avons retrouvé avec bonheur ces talents de demain. Un programme de prestige, semé d’embûches qui, l’espace d’une soirée, nous a fait revivre les riches heures de la salle Cortot.

Claude Debussy annonce déjà à son époque la musique savante contemporaine. L’utilisation nuancée de l’accord transfigure la tonalité au lieu de l’appuyer. Sollicitée pour sa couleur et son timbre, l’harmonie n’est plus fonctionnelle, elle devient pointilliste. La première pianiste à jouer ce soir est originaire de Guiyang dans le sud-est de la chine. reçoit dès son plus jeune âge l’enseignement de sa mère. Cet éveil à la musique lui confère une grâce gestuelle remarquable. Soutenant avec douceur les lignes impressionnistes des Collines d’Anacapri, caressant le halo lumineux puis l’incandescence des Feux d’artifice, sa technique révèle une expressivité sûre et affective qui ne laisse pas indifférent. Sa palette de nuances n’en finit pas d’étourdir, des plus subtiles aux plus imperceptibles. Le tempo lent des trois pièces redonne au temps sa dimension méditative. Aussi, la vision romantique qu’elle fait du Baiser de l’enfant Jésus, suggère un mystère à peine voilé. Frédéric Chopin est-il là, dans cette coda, éternel comme vivifié par le souffle d’Olivier Messiaen ? Très beau moment pianistique.

Dés le début, l’interprétation du jeune suisse est teintée de post-romantisme russe, proche des Etudes-Tableaux de Rachmaninov ou des Visions fugitives de Prokoviev. Pourtant, son programme est essentiellement atonal. Son jeu est épais et mat. Clairement à l’aise dans sa version de Masques, il nous amène avec pudeur dans un univers atonal où les fonctions harmoniques et leur hiérarchie disparaissent peu à peu. Sans nous imposer cette perte de repères si déstabilisante pour les oreilles de « non-initiés », il choisi une interprétation prudente qui gagne en transparence et en clarté. C’est dans le Rag infernal et Hymne à l’amour de William Bolcom que le jeune pianiste suisse suggère avec beaucoup d’humour une « pompe » espiègle et jazzy en main gauche. Le public adore et ne connaîtra pas l’ennui dans lequel sombrent souvent nos oreilles peu entraînées à l’écoute d’un programme si original.

a suivi les cours de l’Université de Cambridge et de l’Académie Royale de musique de Londres. Sa technique puissante souligne avec fermeté les fulgurances de l’écriture de Helsketh dans The Three Japanese Miniatures. Ce jeune compositeur qui a déjà travaillé avec Henri Dutilleux laisse échapper ces influences, reflets d’accords augmentés déjà esquissés dans la sonate pour piano opus 1 du Maître français.

est de loin le plus étonnant. La sonatine monodique de Ohana est une mise en bouche. Jeune interprète insatiable, ses yeux brûlent du désir de jouer. Soucieux des lignes contrapunctiques, il recherche toujours la clarté rythmique, le sens du dialogue des voix. Son approche musicale presque médiévale fait écho à la musique de Luca Francesconi. D’une sensibilité profonde, Francesco Schlimé conjugue avec aisance son amour de la musique classique, contemporaine, du jazz et de l’improvisation. Quelques mimiques de jazzman le rapprochent de nous. Sa musique respire. Les œuvres de sont programme, si difficiles à jouer, ne veulent pas le mettre à mort. Ni doutes, ni hésitations, son assurance pianistique est irréelle. Georges Masson dit de lui qu’» il est doué d’une sorte d’infaillibilité technique et musicale quand il déroule, le plus imperturbablement du monde, son ruban sonore effleurant les touches, sans même imaginer que puisse survenir le moindre accident de parcours…». Nul doute, l’erreur ne le concerne pas ; il a confiance en lui et en la musique.

Courrez l’écouter en concert, laissez vous séduire par sa version de Mambo et sa coda improvisée, par son imagination et son originalité. Et peut être, vous aurez l’espace d’un instant, comme nous l’avons eu ce soir là, l’impression de comprendre que le verbe musical est le même depuis fort longtemps, seul le souffle de l’interprétation le régénère.

Crédit photographique : © DR.

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Paris. Salle Cortot. 20-05-2005. Claude Debussy (1862-1918) : les Collines d’Anacapri, Feux d’artifice, extraits des Préludes pour piano. Olivier Messiaen (1908-1992) : Le Baiser de l’enfant Jésus, extrait n°15 des Vingt regards sur l’enfant Jésus. Qigang Chen (né en 1951) : Instants d’un Opéra de Pékin. Karol Szymanowski (1882-1937) : Masques, opus 34 n°1 (Shéhérazade). William Bolcom (né en 1938) : Mirrors, Rag Infernal, Hymne à l’amour, extraits des 12 New Etudes. Kenneth Hesketh (né en 1968) : The Three Japanese Miniatures. Maurice Ohana (1913-1992) : Sonatine monodique. Luciano Berio (1925-2003) : Cinq Variations. Luca Francesconi (né en 1956) : Mambo. Francesco Tristano Schlimé (né en 1981) : Coda improvisée en prolongement de l’œuvre de Francesconi. Piano : Ya-Ou Xie, Reto Reichenbach, Daniel Becker, Francesco Tristano Schlimé.

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