Un petit bijou sans prétention

La Scène, Opéra, Opéras

Nancy, Opéra de Nancy et de Lorraine. 22-V-2005. Giochino Rossini (1792-1833) : Il Barbiere di Siviglia opéra en 2 actes sur un livret de Cesare Sterbini. Mise en scène : François De Carpentries ; décors : Emmanuel Clolus ; costumes : Karin Van Hercke ; lumières : Philippe Berthomé. Avec : Sébastien Froy, Le Comte Almaviva ; John Lundgren, Le Docteur Bartolo ; Tuva Semmingsen, Rosine ; Nigel Smith, Figaro ; Carlo Lepore, Basilio ; Giogia Ellis Filici, Berta ; Xavier Szymczak, Fiorello ; Stéphane Cenier, Le Pantin, Le Notaire. Chœurs de l’Opéra de Nancy et de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre Symphonique et lyrique de Nancy, direction : Paolo Olmi

Le Barbier de Séville

De l’Opéra de Nancy et de Lorraine avait choisi de monter l’œuvre la plus célèbre, la plus populaire aussi, Il Barbiere di Siviglia (intitulée dans un premier temps Almaviva ossia l’inutile precauzione, pour éviter toute confusion avec le chef-d’œuvre homonyme de Paisiello). La première d’Almaviva fut un désastre, dû tout autant à la précipitation de l’entreprise qu’à la cabale montée par les partisans de Paisiello. Rossini reprit alors sa partition, la modifia et monta l’opéra à Bologne en 1816, sous le titre actuel. Immédiatement, l’ouvrage fut reconnu comme un apogée du théâtre comique. Le livret est peut-être le meilleur jamais proposé à Rossini (la fidélité au génie de Beaumarchais y est remarquable) : situations à effets, approfondissement psychologique des personnages, subversion d’un discours de protestation sociale, intense sentiment d’humanité, tout concourt à sa réussite dramatique, à la pérennité de son impact sur tous les publics.

Sur la scène nancéienne, la mise en espace d’un ouvrage dont on pouvait croire épuisées toutes les didascalies a constitué une éblouissante réussite. Dès la première sérénade Ecco ridente in cielo, chantée par le comte déguisé en étudiant (remarquable , élégant et fantaisiste) à la fenêtre de Rosine, les trouvailles abondaient. Pour se faire accompagner, Almaviva n’a pas hésité à louer les services d’une joyeuse troupe de musiciens ambulants ; ici, ce simple effet théâtral prenait soudain les dimensions d’une aventure picaresque. C’est l’occasion de rappeler que cette sérénade avait remplacé la chanson espagnole initiale, retirée par Rossini après le désastre de la création ; le metteur en scène s’est ainsi trouvé en phase avec le compositeur, deux siècles après la genèse de cette mélodie, charmante et souple, qui exprime à merveille l’amour du comte. Au moment où Almaviva se montre généreux avec ses musiciens, au moment même où il les prie de discrètement s’éloigner, ces derniers s’empressent autour de lui pour lui témoigner une reconnaissance de plus en plus bruyante. D’où l’emportement du comte et un paroxysme de vacarme et de fureur ! Ce passage burlesque, magistralement mis en scène ici, préparait immédiatement le spectateur à l’arrivée de Figaro (irréprochable d’un rare charisme), homme à tout faire, joyeux et vigoureux ; son air triomphal Largo al factotum della città fut d’ailleurs acclamé par le public. Puis ce fut au tour de Rosina (délicieuse Tuva Semmingsen malgré les costumes de Karin Van Hercke la rendant ridiculement sotte et parfaitement immature) de faire son apparition, avec son aria pétillante de jeunesse et d’éclat Una voce poco fa emportant l’adhésion immédiate d’une salle enchantée.

Le célébrissime La calunnia, tube d’un opéra fait de tubes, était attendu par le public averti de Nancy. Don Basilio (impeccable et volontairement détestable ), maître de musique de Rosine et complice de son tuteur, cherche à persuader ce dernier de créer une rumeur de scandale autour du comte Almaviva, de façon à le discréditer dans l’esprit de Rosine. C’est peut-être le plus remarquable – et assurément le plus célèbre – exemple du fameux « crescendo rossinien » qui repose sur une puissante progression dynamique de l’orchestre. La musique semble épouser le profil de vague montante de la calomnie, qui écrase tout sur son passage, dressant une étonnante analogie sonore de l’inoubliable tirade de Beaumarchais. L’occasion de rendre hommage à la direction toute de fermeté, de souplesse et d’intelligence lyrique du qui tenait ce soir-là la baguette. Et c’est ainsi que l’opéra a continué sa route sur la scène nancéienne, toujours aussi gai et inventif, animé de quelques morceaux de choix, tel le célèbre trio Ah qual dolce inaspettato, unissant Rosina, Lindoro et Figaro à l’instant où se prépare l’enlèvement de la jeune fille. Veut-on une ultime anecdote qui rende hommage au génie comique de l’Italie ? À un interlocuteur lui demandant s’il jugeait possible que Rossini ait écrit son opéra en treize jours, Donizetti riposta simplement : « Pourquoi pas ? Il est si paresseux ! »

Crédit photopgraphique : © Opéra de Nancy

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