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Maria Riccarda Wesseling, une mezzo chez Handel

À emporter, CD, Opéra

Handel, portraits of mezzo-soprano heroïnes. Georg Friederich Haendel (1685-1759) : extraits de Teseo (rôle de Medea), de Hercules (rôle de Dejanira) et de Radamisto (rôle de Zenobia). Maria Riccarda Wesseling, mezzo-soprano. Lautten Compagney Berlin, direction : Wolfgang Katschner. 1CD Claves 50. 2504. 2005. 1h. 08’38.

 

Maria Riccarda Wesseling, une mezzo chez HandelAlors qu’elle aurait pu s’attaquer au répertoire plus spectaculaire et plus valorisant des castrats, la mezzo-soprano suisse a préféré l’incarnation des personnages que le compositeur a spécifiquement dévolu au registre de mezzo. Chanter Giulio Cesare lui aurait été plus gratifiant, ceci d’autant plus qu’elle l’a récemment fort bien campé sur la scène du Stadttheater de Berne. Mais la chanteuse se sent « portée plus naturellement vers les femmes de chair et de sang ». Dans ce disque, elle laisse à l’écoute un choix d’airs moins connus du grand public. Un choix d’artiste engagé puisque déjà dans son (très bel) premier enregistrement (Claves 50-2312) dédiés à des airs viennois des années 1900, elle chantait des lieder d’Arnold Schönberg, d’Alexander Zemlinsky, d’Alban Berg et de Gustav Mahler. Comme dans son précédent album, il faut louer l’effacement des producteurs devant les désirs de l’interprète, oubliant l’aspect strictement commercial devant l’expression purement artistique.

Ainsi dans le livret accompagnant le CD, la mezzo grisonne s’installe dans la veste du journaliste, du musicologue, et commente en détail sa conception des diverses héroïnes qu’elle incarne. On y découvre son analyse des caractères qu’elle interprète. Tout au long de l’intéressant opuscule, elle décrit non seulement les situations dans lesquelles se trouvent ses personnages, mais encore elle en souligne les aspects psychologiques. Vocalement cela se traduit par une lecture musicale fouillée. Parfois peut-être un peu trop. Dans « O stringerò nel sen », au moment où Médée enrageant de jalousie se promet de se venger de sa rivale, distille un chant admirablement construit, alors qu’on aurait imaginé son personnage habité de quelques onces de folie. A ce qu’on attend des couleurs vocales de la rage, de la colère, de la vengeance, la mezzo suisse oppose une voix presque uniforme, comme celle d’une femme résignée. Techniquement, tout cela est superbe, admirablement conduit. La diction est parfaite. Rien dans l’instrument de la mezzo ne laisse entrevoir la moindre faiblesse. Une extraordinaire santé vocale qui s’exprime encore dans l’air final « Morirò, ma vendicata », démonstration époustouflante du pouvoir dominant qu’elle exerce sur son instrument.

Dans les extraits de Hercules, la préparation impeccable de la mezzo fait mouche. Difficile de ne pas s’intéresser à l’interprétation qu’ offre du même personnage dans l’intégrale qu’elle enregistrait au Théâtre de Poissy en 2002 aux côtés de et de ses . Si la chanteuse suédoise offre un personnage résolument théâtral, ses couleurs vocales n’apparaissent pas toujours du plus bel effet, passant du chanté au parlé avec des accents parfois à la limite de la vulgarité vocale. Rien de tel chez Maria Riccarda Wesseling. Dans l’air « Where shall I fly », la folie dans laquelle sombre Dejanira jamais ne laisse la mezzo abandonner la clarté de sa diction, ni le son contenu et soigné de son chant. Un modèle.

Artisan discret mais efficace de la beauté indéniable de cet enregistrement, l’ensemble Lautten Compagney Berlin administre un accompagnement cossu et charnu au chant de la cantatrice grisonne. Balançant admirablement le volume de ses interventions, subtil et tonique à souhait, c’est un rare régal d’intelligence musicale que son chef offre aux oreilles des plus exigeants « baroqueux ». Encore peu connu sous nos latitudes, cet ensemble allemand s’est vu récompensé du « Händel Preis 2004 » de la ville de Halle pour son investissement en faveur de ce compositeur. Cet album en est une des plus belles illustrations.

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