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Lanaudière, Amphithéâtre (Joliette). 23-VII-2005. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Ouverture, « Abscheulicher ! Wo eilst du hin ? » et « Gott ! Welch Dunkel hier !… In des Lebens Frühlingstagen » extraits de Fidelio. Richard Wagner (1813-1883) : « O sink hernieder, Nacht der Liebe » extrait de Tristan und Isolde ; « Dich, teure Halle » extrait de Tannhäuser ; « Morgenlich leuchtend im rosigen Schein » extrait des Meistersinger von Nürnberg ; Murmures de la forêt et « Ewig war ich, ewig bin ich» extrait de Siegfried. Deborah Voigt, soprano ; Ben Heppner, ténor ; Guang Yang mezzo-soprano ; Orchestre du Festival, direction : Asher Fisch.

L’amour, toujours l’amour

Le concert tant attendu de et de aura comblé les attentes de la plupart des mélomanes, rassemblés sous le chapiteau de l’Amphithéâtre par une nuit claire et fraîche, emmaillotés dès la brunante, ils ont répondu à l’appel des voix des deux interprètes, considérés comme la quintessence du chant wagnérien. Cependant, qu’il nous soit permis de déplorer encore une fois, la cruelle absence de L’ (L’OSM) qui en aurait assurément rehaussé la qualité sonore. Dès les premières mesures de l’ouverture de Fidelio, l’Orchestre du Festival, sous la direction d’, sonne comme un ersatz d’orchestre et nous fait craindre le pire.

La robe de , métamorphosée, lui sied à ravir. Chevelure blonde bouclée, resplendissante, elle arbore un large sourire qui ne la lâchera pas de la soirée, sans doute trop heureuse d’être sur scène. Faut-il rappeler ici les déboires de madame Voigt ? Victime du régime anorexigène de Covent Garden, son directeur imposa un casting anti-pachydermique, refusant du coup à la soprano américaine de se produire dans le rôle d’Ariadne auf Naxos de Richard Strauss pour cause «d’excès pondéral». Dès son entrée, dans l’air de Fidelio/Leonore, «Abscheulicher ! Wo eilst du hin?», la voix est ample, coule de source, capable de pianissimi et de toutes les nuances. Et quel appétit ! Quelle appétence naturelle de chanter ! La voix est bien équilibrée et d’une formidable vigueur rythmique. Certes, on pourra lui reprocher d’avoir constamment les yeux rivés sur sa partition. Mais tout au long de la soirée, particulièrement en deuxième partie, les qualités vocales qu’on lui connaît, deviendront de plus en plus évidentes. Le ténor , – on le sait fragilisé – malgré quelques ratés, donne une prestation dramatique fort honorable en Florestan. Dans son premier air, «Gott! Welch Dunkel hier !… In des Lebens Frühlingstagen» le ténor canadien connaît quelques problèmes d’émission et ne peut malheureusement pas faire oublier son aîné Jon Vickers dans le même rôle. Ayant renoncé à chanter Canio dans I Pagliacci de Leoncavallo à l’opéra de Los Angeles, – le rôle ne convenant plus à sa voix – le répertoire allemand constitue dorénavant son principal cheval de bataille. Il sera Tristan, Lohengrin et Parsifal l’an prochain, auquel s’ajoute l’opéra Fidelio.

Dans Tristan und Isolde, le Liebersnacht (La nuit d’amour) est sans doute le moment le plus intense de tout l’opéra et le plat de résistance de la soirée. Pour les besoins du concert, on commet une entorse au long duo du deuxième acte, prolongé par la voluptueuse apothéose à la dernière scène de l’opéra. Seules deux interventions de Brangäne, – l’excellente mezzo-soprano – viennent interrompre le discours des amants de Cornouailles. L’heureuse idée de jucher la servante d’Isolde dans les cintres de l’Amphithéâtre, agit sur nous comme une voix de l’au-delà, aérienne, qui survole les amants et les prévient du danger. Mais pour que le bonheur fût complet, – le nôtre – et qu’Isolde convolât dans les bras de son amant, encore eût-il fallu que ses deux mains lâchassent son lutrin. Le piège de l’amour ne consiste-t-il pas à se référer aux recettes apprises dans les livres, à deux doigts du coït interrompu ? Les deux protagonistes devraient pourtant connaître l’adage «en amour, rien n’est déshonnête» sauf le manque d’ardeur et de fièvre. On s’explique mal que des artistes d’une telle renommée, d’un tel calibre, se présentent sur scène négligeant de mémoriser leurs airs. Les concerts d’été et notamment le Festival de Lanaudière, seraient-ils des tremplins pour roder des concerts, avant de les présenter devant le vrai public des grandes métropoles ?

En deuxième partie, l’air d’Élisabeth «Dich, teure Halle» de Tannhäuser est d’une beauté absolue, un ravissement pour le cœur et les oreilles. Voix rayonnante qui ne faiblira pas. Ainsi, dans le duo final de Siegfried/Brünnhilde, les deux chanteurs se retrouvent non pas au crépuscule mais au zénith de leur art. Précédemment, l’air de Walter des Meistersinger avait agi comme un baume, le ténor ayant retrouvé toutes ses capacités. Malgré les réticences en ce qui a trait à l’orchestre, force est de reconnaître de très bons moments dans Murmures de la forêt.

En rappel, le lied de Richard Strauss, «Zueignung» (Dédicace), du Acht Gedichte ausLetzte Blättervon Hermann von Gilm, transformé en duo, clôt ce concert contrasté sur une page toute romantique et passionnée. L’amour ne s’embrase-t-il pas sur la natte des corps caressés ?

Crédit photographique : © DR

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Lanaudière, Amphithéâtre (Joliette). 23-VII-2005. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Ouverture, « Abscheulicher ! Wo eilst du hin ? » et « Gott ! Welch Dunkel hier !… In des Lebens Frühlingstagen » extraits de Fidelio. Richard Wagner (1813-1883) : « O sink hernieder, Nacht der Liebe » extrait de Tristan und Isolde ; « Dich, teure Halle » extrait de Tannhäuser ; « Morgenlich leuchtend im rosigen Schein » extrait des Meistersinger von Nürnberg ; Murmures de la forêt et « Ewig war ich, ewig bin ich» extrait de Siegfried. Deborah Voigt, soprano ; Ben Heppner, ténor ; Guang Yang mezzo-soprano ; Orchestre du Festival, direction : Asher Fisch.

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