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Verbier, Salle Médran. 03-VIII-2005. Giuseppe Verdi (1813-1901). Messa di Requiem. Barbara Frittoli (soprano), Dolora Zajick (mezzo-soprano) Marcello Giordani (ténor), René Pape (basse). The Collegiate Chorale, New-York. Robert Bass (chef des chœurs). UBS Verbier Festival Orchestra. James Levine (direction).

Impairs gagnent, pairs manquent

Lorsqu’une œuvre aussi imposante, aussi porteuse que le Requiem de Verdi est offerte aux mains de jeunes et enthousiastes musiciens comme ceux du UBS Orchestra, nul doute que chacun tentera d’y mettre le meilleur de lui-même. Bien qu’encore sagement aux ordres de leurs chefs, ils sont prêts à exploser dès que l’occasion pourrait leur en être donnée. Sourires entendus entre deux violonistes, clins d’oeils entre les bois, petits gestes complices entre un contrebassiste et un percussionniste. Le bonheur est dans l’orchestre. Encore faut-il que cet enthousiasme naturel soit quelque peu canalisé par une main de maître, par un chef d’orchestre pour lequel l’opéra-oratorio de Verdi porte en lui l’esprit du compositeur. Et parce que l’ambiguïté de l’œuvre verdienne que chacun s’accorde à dire qu’elle s’assimile plus à un opéra qu’à une véritable messe, l’importance de l’italianité de ce Requiem échappe à . Trop attaché à la stricte lecture de la partition, il en oublie le lyrisme, l’accord qu’on prolonge, le legato qu’on souligne. S’installe alors une certaine dureté, les cuivres ou le chœur couvrant fréquemment les cordes. On comprend que les tutti du Dies Irae soient excessifs, -ils le furent à souhait, montrant la puissance des quelque deux cents musiciens, instrumentistes et choristes confondus, réunis sur la scène de la tente de Médran- mais fallait-il que cette démonstration sonore débordante se prolonge au détriment de la musicalité de l’œuvre?

Chemises blanches et nœuds papillon noirs pour les messieurs, robes noires pour les dames, The Collegiate Chorale, New York démontre une belle unité de phrasé alliée à une étonnante précision pour un ensemble de cette dimension. On pourra cependant lui reprocher une couleur vocale par moments un peu trop terne, la faute à ce même manque d’italianité relevé plus haut.

Si vous faites partie des spectateurs assis aux places des rangs impairs, légèrement surélevés par rapports aux rangs pairs – d’ailleurs au même prix les uns des autres – vous n’aurez pas à faufiler votre regard entre les imposantes coiffures féminines pour apercevoir les solistes. Impairs gagnent, pairs manquent! Malheureux spectateurs des rangs pairs, pour peu que votre voisine de devant dodeline du chef, il ne vous restera guère d’autre option que de contracter un imminent torticolis en essayant d’entrevoir la scène entre sa tignasse et celle de sa voisine de siège ou de vous contenter de la vue de cet écran capillaire impénétrable. Cette dernière opportunité permettant l’analyse plus pointue du seul chant dès lors que l’admiration vestimentaire des quatre protagonistes aura déjà été faite à leur entrée en scène. Le Kyrie Eleison d’introduction permet à l’auditeur attentif (et caché!) de se forger une première opinion sur les qualités et défauts des solistes en présence.

Ainsi la mezzo-soprano empoigne sa partie avec une assurance déconcertante. La voix est ample, timbrée, chargée d’harmoniques et superbement expressive. Tout au long de sa prestation, la cantatrice américaine fera preuve d’une musicalité exceptionnelle, dosant à ravir son instrument apportant sens et profondeur au texte liturgique. De son côté, la soprano , seule interprète à chanter par cœur, jouit d’une expressivité phénoménale projetant son chant en puissance aussi bien dans le registre le plus grave que dans les aigus les plus saillants. A elle seule, elle redonne à l’œuvre de Verdi sa dimension lyrique que tend à gommer à travers ses instincts « bruyants ». Retrouvant ainsi « son » œuvre, la soprano italienne chante un Libera me final de toute beauté le sublimant d’un Requiem pianissimo superbe. Interprète sans doute le plus habité, la basse s’avère le digne descendant des plus grandes basses de ces cinquante dernières années. Quelle musique se dégage de cette voix! S’élevant sans peine au-dessus de l’orchestre pour, un instant plus tard, s’évanouir dans un susurrement magnifique, son duo du Lacrymosa avec fut un moment de régal total. Malheureusement moins à l’aise que ces collègues, le ténor s’est rapidement retrouvé aux limites de son instrument. Pas très en forme, craignant le couac, il se contient dans l’expression vocale, resserrant ses aigus qu’il n’a pas (ou plus). Contracté, n’arrivant pas à laisser sa voix s’exprimer naturellement, il montre très vite des problèmes de justesse qu’il masque intelligemment en se faisant discret face à la vocalité de ses collègues.

Si le public a réservé un accueil chaleureux à l’issue du concert, il semblait plus dirigé envers la prestation de l’orchestre, des solistes et du chœur qu’à l’adresse de l’interprétation générale de l’œuvre qui n’a pas apporté le « je-ne-sais-quoi » d’émotion attendue d’une œuvre aussi magistrale.

Crédit photographique : © DR

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Verbier, Salle Médran. 03-VIII-2005. Giuseppe Verdi (1813-1901). Messa di Requiem. Barbara Frittoli (soprano), Dolora Zajick (mezzo-soprano) Marcello Giordani (ténor), René Pape (basse). The Collegiate Chorale, New-York. Robert Bass (chef des chœurs). UBS Verbier Festival Orchestra. James Levine (direction).

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