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Paris, Théâtre des Champs-Élysées. 26-X-2005. Karl Amadeus Hartmann (1905-1963) : Symphonie n°6. Olivier Messiaen (1908-1992) : Turangalîlâ-Symphonie. Cédric Tiberghien, piano ; Valérie Hartmann-Claverie, ondes Martenot. Orchestre National de France, direction : Ingo Metzmacher.

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Curieuse idée que d’adjoindre une première partie à la Turangalîlâ-Symphonie, qui, avec une durée d’une heure vingt se suffit à elle-même pour un concert. La curiosité s’accentue sur le nom de , compositeur allemand dont on fête outre-Rhin le centenaire de la naissance. On ne peut pas dire que cette Symphonie n°6 ajoute en légèreté : un abondant pupitre de percussions (11 exécutants, dont une partie quasi-concertante de timbales) vient augmenter un orchestre pléthorique (vents par 3 ou 4), auquel se greffe une harpe, un piano et une mandoline. Cet effectif requis joue un condensé de musique d’à peine une vingtaine de minutes, qui essaie de tourner désespérément le dos au post-romantisme et à l’expressionnisme sans pour autant verser dans le néo-classique. Il en résulte un discours très personnel, cette œuvre ne se rattachant réellement à aucun grand courant esthétique. En écoute à l’aveugle, l’utilisation excessive de techniques contrapuntiques pourrait faire penser à du Honegger, mais la luxuriance de l’orchestration est dans la droite lignée de Richard Strauss, y compris au niveau de la complexité d’écriture. Une heureuse découverte menée de main de maître par , signataire avec l’Orchestre de Bamberg d’une intégrale discographique des 6 symphonies de Hartmann. Ce défenseur acharné de la musique contemporaine et du répertoire du siècle passé a su faire propager son enthousiasme pour cette œuvre à tout l’orchestre, et par conséquent au public. La tâche n’est pas aisée pour le National dans cette pièce, avec ses solos virtuoses, sa polyphonie complexe, ses périlleux sujets de fugues confiés aux altos ou aux bassons à découvert… Et cela en prélude à la symphonie-fleuve de Messiaen, qui n’est pas non plus un exemple de simplicité…

Tout ou presque a été dit sur la Turangalîlâ-Symphonie. Des conditions avantageuses de création (commande de Koussevitzky totalement libre quant à la durée et les effectifs, première exécution par l’Orchestre de Boston dirigé par Leonard Bernstein) aux parti pris compositionnels de Messiaen (modes à transpositions limitées, canons rythmiques, chants d’oiseaux, rythmes non-rétrogradables, …). Il en résulte pour nos oreilles actuelles une musique d’une grande modernité, une œuvre charnière qui fait ses adieux au néo-classicisme sans le renier, et qui ouvre tout un monde nouveau de recherche sur le timbre et le rythme, avec l’apports d’éléments extra-musicaux, le tout dans un langage aisément accessible en ce début de XXIe siècle. L’exécution de ce déluge torrentiel de couleurs et de rythmes est sans failles. Ingo Metzmacher ne tombe pas dans le piège de la lecture glaciale et analytique. Tous les détails de l’orchestration (et il y en a!) sont soignés, mais sans jamais oublier la sensualité, la joie ou le mysticisme propres à cette œuvre. sait déployer toute une palette de couleurs dans la redoutable partie de piano, soliste sans vraiment l’être, souvent associé à l’orchestre – surtout au célesta et aux deux vibraphones, judicieusement mis au premier plan devant les pupitres de cordes. prouve que les ondes Martenot est un instrument virtuose, aux possibilités sonores stupéfiantes et pourtant qui paraît tellement exotique, malgré la grande mode suscitée depuis sa création (1928) jusque dans les années 70. Le public, plutôt clairsemé malgré la présence de telles têtes d’affiche ne s’y est pas trompé en réservant un triomphe et de nombreux rappels aux artistes. De plus en plus de concerts en direct de Radio-France sont enregistrés et distribués par Naïve. On peut toujours se permettre d’espérer…

Crédit photographique : © Jens Wunderlich

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Paris, Théâtre des Champs-Élysées. 26-X-2005. Karl Amadeus Hartmann (1905-1963) : Symphonie n°6. Olivier Messiaen (1908-1992) : Turangalîlâ-Symphonie. Cédric Tiberghien, piano ; Valérie Hartmann-Claverie, ondes Martenot. Orchestre National de France, direction : Ingo Metzmacher.

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