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Renée Fleming envoûte la Ville Rose

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 17-XI-2005. Henry Purcell (1659-1695) : The Blessed Virgin’s Expostulation, I Take No Pleasure in the Sun’s Bright Beams et airs extraits de Pausanias, The Indian Queen, The Fairy Queen. George Crumb (né en 1929) : Apparition, Elegiac songs for soprano and amplified piano sur des textes de Walt Whitman. Georg Friedrich Händel (1685-1759) : Airs extraits de Semele, Samson, Alexander Balus. Alban Berg (1885-1935) : Altenberg Lieder op. 4 (version voix et piano). Robert Schumann (1810-1856) : Ständchen op. 36 n°2 ; Mondnacht op. 39 n°5 ; Er ist’s ! op. 79 n°24 ; Hauptmanns Weib op. 25 n°19 ; Hochländisches Wiegenlied op. 25 n°14 ; Aufträge op. 77 n°5 ; Stille Tränen op. 35 n°10. Renée Fleming, soprano ; Hartmut Höll, piano).

Standing ovation, cinq rappels et bien davantage si l’artiste n’y avait mis un frein – pas de doute, a enflammé le public du Capitole. C’est que, vraie diva, elle a tout d’une star, pas seulement pour magazines sur papier glacé : voix de lait et de miel, présence rayonnante et simple pourtant, disponible, souriante pour la horde de ses fans lors de l’obligatoire et interminable séance de signature. D’ailleurs comment ne pas tomber sous l’enchantement de ce timbre opalescent, d’une pâte riche et pleine, de ces sons filés si travaillés? Le glamour fait voix, mélange de sophistication extrême et de naturel, un naturel très étudié mais plein de séduction. Bien des amoureux de cette artiste unique auront eu ce qu’ils attendaient : une démonstration de chant, non pas virtuose – la vocalise est parfois imprécise -, mais tout naturellement beau.

Le piano d’Harmut Höll lui apporte un soutien exemplaire, qui semble imiter ce timbre liquide par un toucher d’une infinie douceur et pourtant puissant. L’effet est saisissant dans Morgen de Strauss, en bis, où le postlude du piano s’inscrit dans le prolongement de la voix sans aucune solution de continuité.

Et pourtant, on s’en voudrait presque de ne pas être tombé tout à fait sous le charme de la belle Renée. Le programme, d’abord : il est en effet pour le moins étrange de consacrer plus de la moitié d’un récital de chant et piano à des airs avec orchestre! Händel s’en sort assez bien, avec ses accompagnements volontiers carrés, mais l’excellent semble en terre étrangère dans l’écriture raréfiée de Purcell, et le piano est sans doute peu à-même de rendre les accents déchirants de l’air de La Plainte dans The Fairy Queen. Plus étrange encore apparaît le choix de la réduction pour piano des Altenberg Lieder d’Alban Berg, due non à l’auteur mais à un certain Hans Erich Apostel, alors que l’œuvre constitue son premier essai orchestral! Et que, justement, le défi de Berg résidait dans le traitement amplement symphonique de textes à la durée réduite, avec un orchestre imposant mais dont chaque ligne reste toujours très différenciée dans l’esprit de la musique de chambre. Au piano, il ne reste de tout cela qu’un squelette, la complexité polyphonique et harmonique aboutissant à l’impression d’une succession de clusters sur lesquels se détache un chant libéré, bien sûr, de tout rapport conflictuel à la masse orchestrale.

Et puis, si belle que soit la voix, une certaine inertie semble envelopper les répertoires abordés, comme si l’incarnation du timbre seule suffisait et que les mots comptaient moins que la démonstration d’un chant amoureux de lui-même. Sans vouloir réécrire Mythologies de Roland Barthes, on a parfois l’impression que l’art du « bien chanter » prend le pas sur le « bien dire ». C’est sans doute dans les deux lieder de Strauss donnés en bis, Cäcilie et Morgen, que l’émotion a été la plus prégnante, leur écriture purement instrumentale semblant idéalement correspondre au caractère de la voix.

Dépit d’amoureux déçu, d’une affiche si pleine de promesse qu’on ne pardonne pas un frisson simplement intermittent? Sans doute. Si tant de beauté s’impose d’elle-même, elle ne se suffit peut-être pas, et laissait espérer une émotion plus forte et plus complexe.

Crédit photographique : © Prashant Sehgal

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 17-XI-2005. Henry Purcell (1659-1695) : The Blessed Virgin’s Expostulation, I Take No Pleasure in the Sun’s Bright Beams et airs extraits de Pausanias, The Indian Queen, The Fairy Queen. George Crumb (né en 1929) : Apparition, Elegiac songs for soprano and amplified piano sur des textes de Walt Whitman. Georg Friedrich Händel (1685-1759) : Airs extraits de Semele, Samson, Alexander Balus. Alban Berg (1885-1935) : Altenberg Lieder op. 4 (version voix et piano). Robert Schumann (1810-1856) : Ständchen op. 36 n°2 ; Mondnacht op. 39 n°5 ; Er ist’s ! op. 79 n°24 ; Hauptmanns Weib op. 25 n°19 ; Hochländisches Wiegenlied op. 25 n°14 ; Aufträge op. 77 n°5 ; Stille Tränen op. 35 n°10. Renée Fleming, soprano ; Hartmut Höll, piano).

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