La Scène, Opéra, Opéras

Réjouissantes turbulences

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Dijon. Auditorium. 9-XII-2005. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Paladins (création 1760), comédie-ballet en trois actes, sur un livret attribué à Jean-François Duplat de Monticourt, d’après le conte en vers de Jean de La Fontaine : Le Petit Chien qui secoue de l’Argent et des Pierreries. (Version de concert). Mise en espace : José Montalvo et Dominique Hervieu. Avec : Anders Dahlin, Atis ; Katia Velletaz, Argie ; João Fernandes, Orcan ; Jeffrey Thompson, un Paladin ; Emiliano Gonzalez-Toro, Manto ; Danielle de Niese, Nérine. Chœur et orchestre des Arts Florissants, direction musicale : William Christie.

christie_dijon-300x232Les Paladins par et

Après l’opéra de Lyon en novembre dernier, c’est Dijon, ville natale du compositeur, qui accueille, sur la scène de l’Auditorium sis à deux pas du conservatoire…, ces Paladins en version de concert.

On se souvient du franc succès obtenu par , avec une tout autre distribution, sur la scène du Châtelet au printemps 2004 ; succès à peine tempéré par la controverse que suscitait le côté « déjanté » de la mise en scène voulue par le tandem Montalvo / Hervieu.

Pour mémoire, rappelons que l’histoire, d’époque vaguement médiévale, mélangeant allègrement tragi-comique, lyrisme et bouffe façon Platée, fait intervenir et illustre les personnages en situation suivants : un vieux barbon jaloux (Anselme) servi par le fanfaron et pleutre geôlier Orcan, une jeune beauté (Argie) séquestrée dans un triste château et éprise du jeune et beau chevalier-paladin Atis, une suivante complice (la pétulante et rouée Nérine), et la fée maure (de sexe indéfini) Manto qui, de l’austère château d’Anselme fera un somptueux et bluffant palais exotique entouré de jardins paradisiaques, avec naturellement au bout du…conte, l’amour triomphant dans l’union d’Argie et Atis.

L’absence de décors et de costumes spécifiques (mais sera fait ici un intéressant et habile usage de foulards de couleur), ne porte pas préjudice à la compréhension des péripéties de l’action. Le jeu infiniment expressif des chanteurs-acteurs, les mimiques, jeux de scène et chorégraphies – même simplifiées – palliant aisément le manque de figuration matérielle, l’imagination fait le reste…

Du plateau vocal de cette soirée, nous ne pourrons que louer qualité et engagement. Il est rare de constater, dans une production d’opéra, une implication collective à ce point éclatante et une aussi belle homogénéité. Il est vrai que ces chanteurs, en dépit de leur jeunesse (tous se situent dans la fourchette 25 / 35 ans), présentent déjà un passé scénique et un CV impressionnants. Nous soulignerons tout particulièrement les prestations de la basse puissante, profonde, magnifiquement timbrée de (Orcan), du délicieux soprano de Katia Velletaz (Argie), qui fait songer à , nous saluerons l’extraordinaire présence – et le charme ! – de qui, séduisant ses partenaires, vampe littéralement la salle entière ! Et si le ténor Anders Dahlin manque peut-être un peu de puissance, si l’émission semble parfois chez lui un tantinet nasale, la justesse de style et l’articulation ne sont jamais en défaut et sa présence est rayonnante. Mais tous, sans exception, ne méritent qu’éloges dans cette production. Des louanges qui s’adressent tout autant à l’orchestre des Arts Flo, irréprochable de bout en bout, présentant lui aussi une agréable homogénéité de tous les pupitres, avec une mention spéciale au corniste Claude Maury, souverain dans ses interventions, de même qu’au continuo parfait de David Simpson, Anne-Marie Lasla et , ainsi qu’aux percussions de Marie-Ange Petit.

Quant au chœur, plaisamment « chorégraphié » et vivement boosté par le duo Montalvo / Hervieu, ses interventions sont un enchantement chaque fois renouvelé et attendu. Tout ce beau monde est dirigé par un impérial, « sur un nuage », qui respire un visible bonheur à faire jouer cette musique. Il insuffle à sa troupe euphorique, entraînée dans une irrésistible pulsation (et qui ne manque pas d’humour), une énergie confondante. Quelle musique… ! Et quels interprètes ! En fait, un pur bonheur…partagé.

C’est tant à l’égard de son compositeur fétiche qu’à celui de ces interprètes d’exception, que le public dijonnais reconnaissant, réjoui et comblé, fait un triomphe… ô combien mérité.

Crédit photographique : (c) Michel Szabo

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Dijon. Auditorium. 9-XII-2005. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Paladins (création 1760), comédie-ballet en trois actes, sur un livret attribué à Jean-François Duplat de Monticourt, d’après le conte en vers de Jean de La Fontaine : Le Petit Chien qui secoue de l’Argent et des Pierreries. (Version de concert). Mise en espace : José Montalvo et Dominique Hervieu. Avec : Anders Dahlin, Atis ; Katia Velletaz, Argie ; João Fernandes, Orcan ; Jeffrey Thompson, un Paladin ; Emiliano Gonzalez-Toro, Manto ; Danielle de Niese, Nérine. Chœur et orchestre des Arts Florissants, direction musicale : William Christie.

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