Des passions toutes humaines

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Chapelle Sainte-Anne. 17-I-2006. Henry Purcell (1659-1695) : Suites extraites de The Fairy Queen, King Arthur et Didon and Ænas, danses et airs de musiques de scènes. Sophie Pattey, soprano ; Guillemette Laurens, mezzo-soprano ; Ensemble Les Passions, direction : Jean-Marc Andrieu.

Concert Purcell par l’ensemble

Il y a de rares concerts, bien rares, dont on sort léger, heureux, un peu ravi, en extase. Au dernier accord de la Mort de Didon, votre voisine de gauche lâche un petit soupir, mi-comblé mi-attendri ; après les applaudissements, votre voisine de droite, au maintien jusque-là réservé, se met à vous confier avec volubilité ses impressions enthousiastes. Et, au lieu de quitter la chapelle, des spectateurs se réunissent spontanément pour échanger entre les travées des considérations passionnées. Rares, bien rares, sont les concerts où, la dernière note envolée, on parle encore musique…

Il faut dire que le programme, habilement construit, avait tout pour enthousiasmer : empruntant à diverses œuvres théâtrales, il balayait de façon très intelligente toute la palette dramatique de Purcell, de ses emprunts à la musique populaire aux airs les plus déchirants, avec une dominante de cette allégresse à la fois robuste et raffinée qui caractérise sa musique. On passait ainsi d’une émotion à l’autre, de façon mesurée et progressive. On a beaucoup enregistré Purcell à une époque pas si lointaine, et pourtant, il est exceptionnel d’entendre un concert qui lui soit entièrement dédié. On en viendrait presque à oublier l’extraordinaire fraîcheur de cette musique tout sauf rabâchée.

Mais la fraîcheur et le charme sont des qualités artistiques rares. Et l’ensemble a réussi ici sans doute son meilleur concert à ce jour. Car tout y respirait le plaisir immédiat de faire de la musique, la simple franchise et l’humilité. Mais, attention! humilité ne signifie en rien effacement, et les rythmes avaient un allant, une netteté, un éclat pimpant, irrésistibles grâce à l’excellence technique des solistes. S’y ajoutait le charme de , voix pure et musicalité irréprochable, chanteuse sensible. n’a plus sa richesse de timbre passée, mais l’art de la tragédienne demeure : la Mort de Didon, déchirante, laissait pantelant. Un concert riche en émotions, dont il est difficile de rendre compte : tant de simplicité s’impose d’elle-même, qu’ajouter alors? Verum index sui. On signalera cependant que le succès public de cette saison des Passions semble en épouser le succès musical grandissant, ce qui est heureux. Il n’existe sans doute pas de meilleur encouragement pour des artistes qu’une salle pleine d’auditeurs satisfaits.

Crédit photographique : par Godfrey Kneller. Londres, National Gallery © DR

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.