La Scène, Opéra, Opéras

Hector Cellini dell’ arte

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Strasbourg. Opéra. 29-I-2006. Hector Berlioz (1803-1869) : Benvenuto Cellini, opéra en deux actes sur un livret de Léon de Wailly et Jules Barbier. Mise en scène : Renaud Doucet ; décors et costumes : André Barbe ; lumières : Guy Simard. Avec : Fernand Bernardi, Balducci ; Anne-Sophie Duprels, Teresa ; Paul Charles Clarke, Benvenuto Cellini ; Isabelle Cals, Ascagnio ; Philippe Duminy, Fieramosca ; Alain Gabriel, Francesco ; Chad Louwerse, Bernardino ; François Lis, Clément VII ; Mario Montalbano, Pompeo ; Christophe de Ray-Lassaigne, le cabaretier. Chœurs de l’Opéra National du Rhin (chef de chœur : Michel Capperon), Chœurs de l’Opéra de Nice (chef de chœur : Giulio Magnanini), Orchestre Philharmonique de Strasbourg, direction : Oleg Caetani.

Après Béatrice et Bénédict l’an dernier et avant Les Troyens de 2007, l’Opéra de Strasbourg poursuit sa série d’opéras d’, avec Benvenuto Cellini. Cette œuvre foisonnante est délicate à mettre en place, à la fois par son inventivité musicale et par son livret grouillant, mélangeant allègrement passages comiques et moments héroïques. Le pari est parfaitement réussi, grâce à l’excellent et aux excellents chœurs de l’Opéra National du Rhin et de l’Opéra de Nice sous la direction d’un sobre, qui, sans effets de manche, sans clinquant, tient fermement son petit monde. Pas un seul décalage, pas une seule fausse note ne sont venus entacher l’exécution.

Pari réussi également grâce à l’exceptionnelle mise en scène de , qui confirme son talent, si besoin en était encore. On est séduit par son imagination éloignée de tous poncifs, aussi bien ceux de la mise en images dite « traditionnelle », qui peut si vite basculer dans le poussiéreux et la routine, que des sirènes du pseudo-modernisme consistant à réactualiser à tout-va, à transposer dans une époque moderne sans que cela n’apporte quoi que ce soit, à encombrer la scène de gadgets inutiles, à vouloir choquer gratuitement pour le plaisir de créer un scandale superflu, travers qui ne sont finalement que de nouveaux poncifs…

Loin de tout cela, et son décorateur attitré possèdent une fantaisie naturelle, une aptitude à créer un univers cohérent bien que complètement imaginaire. Ce fût, sur cette même scène, une Cendrillon de Massenet à mi-chemin entre Happy Days et Mon Oncle de Jacques Tati, ce sera cette fois un Benvenuto Cellini type commedia dell’arte. Prenant appui sur la scène de carnaval de la deuxième partie de l’acte I, chaque personnage possède son double : Colombine est Teresa, Pasquarello Fieramosca, Arlequin Cellini, mais aussi et surtout… en personne, qui, en faisant exploser sa chaudière, ne donnera pas naissance à la statue de Persée, mais à une partition! Dès lors, les costumes, bariolés et joyeux, la gestuelle précise au millimètre près, la direction d’acteur tirée au cordeau nous entraînent dans un monde loufoque et coloré, dont la gaieté folle n’occulte pas le message de Berlioz, une réflexion sur l’indépendance de l’artiste. Car, cela se sent à chaque instant, Renaud Doucet aime cette musique et respecte le compositeur.

L’édition choisie (Berlioz a revu plus d’une fois sa partition) est la première version pour l’Opéra de Paris, sans l’air de Balducci « ne regardez jamais la lune », mais avec la cavatine de Teresa « entre l’amour et le devoir », l’air d’Ascagnio « mais qu’ai-je donc » et la romance de Cellini « la gloire était ma seule idole », quelques passages parlés, plus d’autres modifications de moindre calibre. Ce qui mis bout à bout revient, à quelques comas près, à celle enregistrée par Colin Davis. Pour l’interpréter, le choix s’est porté sur une troupe de chanteurs francophones, à l’exception du rôle-titre, tenu par . Celui-ci, annoncé souffrant au début de la représentation, n’a certainement pas les moyens du rôle, mais il le sait et négocie habilement les difficultés. Il ne force jamais ses moyens, et quand c’est possible, émet ses aigus en falsetto plutôt qu’en force. C’est tout à fait convaincant.

L’adorable Anne-Sophie Duprels, fraîche et piquante, croque de son joli timbre fruité, avec beaucoup d’abatage, une espiègle Teresa. Elle est un peu gênée dans les traits de virtuosité, mais le reste est si charmant et en même temps si corsé qu’on lui pardonne bien vite. Excellent Fieramosca de , le timbre est beau, la prononciation parfaite, le legato exemplaire, la composition hilarante. Une confirmation de son grand talent. Le Balducci de tout comme l’Ascanio d’ manquent en revanche de projection, et même, pour le premier, de présence scénique. C’est un peu dommage. On se gardera d’émettre un jugement sur le Pape de , annoncé comme souffrant.

En conclusion, une représentation dont on sort le sourire aux lèvres et la joie au cœur. Rendez-vous l’an prochain pour des Troyens qui devraient constituer un événement.

Crédit photographique : maquette des décors d’ ©

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Strasbourg. Opéra. 29-I-2006. Hector Berlioz (1803-1869) : Benvenuto Cellini, opéra en deux actes sur un livret de Léon de Wailly et Jules Barbier. Mise en scène : Renaud Doucet ; décors et costumes : André Barbe ; lumières : Guy Simard. Avec : Fernand Bernardi, Balducci ; Anne-Sophie Duprels, Teresa ; Paul Charles Clarke, Benvenuto Cellini ; Isabelle Cals, Ascagnio ; Philippe Duminy, Fieramosca ; Alain Gabriel, Francesco ; Chad Louwerse, Bernardino ; François Lis, Clément VII ; Mario Montalbano, Pompeo ; Christophe de Ray-Lassaigne, le cabaretier. Chœurs de l’Opéra National du Rhin (chef de chœur : Michel Capperon), Chœurs de l’Opéra de Nice (chef de chœur : Giulio Magnanini), Orchestre Philharmonique de Strasbourg, direction : Oleg Caetani.

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