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La Damnation de Faust. Diabolus in musica

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Hector Berlioz (1803-1869) La Damnation de Faust. Avec : Anne Sofie von Otter, Marguerite ; Keith Lewis, Faust ; José Van Dam, Méphitophélès ; Peter Rose, Brander. Chœur de la Cathédrale de Westminster (chef de chœur : James O’Donnell). The Chicago Symphony Chorus, The Chicago Symphony Orchestra, direction : Sir Georg Solti. Production : Kenneth Corben. Enregistré en 1989. Livret d’accompagnement, en anglais, français et allemand. 1 DVD Arthaus Musik 102 023. Durée : 134 min. Zone 0. NTSC.

 

Faust a sans doute été l’un des mythes les plus souvent visités autant en littérature qu’en musique, pour le meilleur et pour le pire. Mythe de la connaissance, poème universel de la destinée de l’homme, il a inspiré à , un chef-d’œuvre absolu, une « Légende dramatique », conçue pour une exécution en concert qu’il est préférable de ne pas déranger. Il représente le conflit romantique de la confrontation entre le Ciel et l’Enfer, le combat éternel entre le bien et le mal. Mais le compositeur a porté ce mythe pendant de longues années, comme une blessure intérieure, avant d’en libérer la forme définitive qu’on lui connaît. Issues des Huit Scènes de Faust, dans la traduction de Gérard de Nerval (1828), Berlioz les fait éditer aussitôt écrites. Enflammé par « ce merveilleux livre », le jeune homme téméraire ose écrire et envoyer un exemplaire à Gœthe, qui prenant l’avis du compositeur Zelter, ne répondra jamais au musicien français. C’est beaucoup plus tard, en 1845 que Berlioz reprend le travail et décide d’en faire un « opéra de concert ». Le travail de composition se fit alors très rapidement, « prompt comme la pensée » serions-nous tenter d’écrire. Voyageur infatigable, cette nouvelle conception de l’œuvre, – d’une inspiration soutenue que l’on ne peut prendre en défaut – voit le jour à travers toute l’Europe et ressemble en bien des points, à la Course à l’Abîme. Il écrit son nouveau Faust, entre deux villes, entre deux concerts. La première de la Damnation de Faust eut lieu à l’Opéra-Comique à Paris en 1846 dans la plus parfaite indifférence. Cela ruinera financièrement le compositeur, mais chevauchant « Vortex et Giaour, ces deux noirs chevaux » conquerront des terres aussi lointaines que la Russie.

Cette production de 1989, déjà ancienne, est assurément l’une des plus abouties parmi l’abondante discographie de l’œuvre. La magie opère dès l’arrivée de Sir au pupitre, qui sait tirer de l’orchestre les couleurs crues ou les nuances de cette partition protéiforme. C’est un hommage rendu au grand chef d’orchestre hongrois, on reconnaît le maître à son raffinement et à la quintessence de son art.

Le ténor aborde son air d’entrée « Le vieil hiver a fait place au printemps », avec une voix qui manque un peu de clarté et de tonus – il est difficile d’oublier la voix solaire de Richard Verreau dans « Nature immense, impénétrable et fière » – mais si la voix est plus soyeuse qu’irradiante, en général la prononciation est correcte. Certes, on pourra sans doute lui reprocher d’escamoter le nom de Marguerite, de s’embourber dans quelques phrases précipitées, d’avoir des aigus quelque peu forcés, à la limite de ses possibilités, mais partout il est crédible dans ce rôle exigeant. Écartelé entre nature et infini, son duo manque un peu de chaleur, plus près de la terre que d’un être assoiffé d’azur et d’actions. Il a à son avantage, d’être le seul parmi les quatre solistes à chanter du début à la fin, sans sa partition.

, fidèle à lui-même, campe un Méphisto tout en finesse. C’est un plaisir d’entendre cette merveilleuse voix, alors à son apogée. Peut-on imaginer « Une puce plus gentille chez son prince logeait » et « Voici des roses » plus sensuelles et enfin la sérénade « Devant la maison de celui qui t’adore » plus ironique ? Toute une gamme d’émotions passe par la voix. Méphistophélès ou mieux, Méphostophilès, « celui qui n’aime pas la lumière » a la voix éclatante qui claque comme un coup de fouet, brutale dans ses invectives, mais aussi caressante, mielleuse et fielleuse, pleine de reproches, trempant son fer dans la plaie de Faust. L’enfer est à Méphisto ce que le ciel est à Marguerite.

, en début de trentaine, encore timide, transie dans une immense robe bleu glacier, incarne avec justesse la femme divine, avec ce brin de sécheresse que l’on perçoit déjà. Mais la voix est admirable, la prononciation exemplaire, le phrasé éloquent. Elle est une Marguerite idéale, réservée, toute en noblesse, même si son duo manque un peu de chaleur. La progression dans son premier air « Il était un roi de Thulé » d’abord presque déclamé, atteint la surdose paroxysmique des sens dans « D’amour l’ardente flamme ». Elle semble craindre sa propre sensualité. Tout est senti et ressenti par la voix, dans le texte, dans le sens des mots, les sous-entendus, avec grâce et subtilité.

Le Brander de , sans être exceptionnel, est de bonne tenue. Motion particulière au Chœur du et au Chœur de la Cathédrale de Westminster, sous la direction intense de . Les chœurs souvent sollicités atteignent la perfection.

Faust, c’est l’homme écartelé, attiré par la nature et l’infini. Il représente l’âme romantique chère à Berlioz. Il y a des affinités électives entre l’auteur de la Fantastique et le mythe faustien. Cette version de concert est à retenir pour l’intelligibilité de son chef, de l’orchestre, des chœurs et des solistes. Le chef d’orchestre laisse toute licence aux temps forts d’une partition aux effets sonores envahissants. C’est véritablement le Diabolus in musica, qui sait ménager dans un entrelacs, les fureurs des cuivres aux voix sans jamais les couvrir, tout en marquant les tensions d’une œuvre intense, unique et romantique.

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