Benjamin Britten, miracle d’une nuit d’été !

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Benjamin Britten (1913-1976), Songe d’une nuit d’été, opéra en trois actes sur un livret du compositeur et Peter Pears, d’après William Shakespeare. Mise en scène : Robert Carsen ; décors et costumes : Michael Levine ; lumières : Robert Carsen et Peter van Praet ; chorégraphies : Matthew Bourne. Avec : David Daniels, Oberon ; Ofelia Sala, Tytania ; Gordon Gietz, Lysander ; Deanne Meek, Hermia ; William Dazeley, Demetrius ; Brigitte Hahn, Helena ; Peter Rose, Bottom ; Christopher Gillett, Flute ; Emil Volk, Puck. Escolania de Monserrat, Orchestre Symphonique du Gran Teatre del Liceu, direction : Harry Bicket. Enregistré sur le vif en avril 2005 au Gran Teatre del Liceu, Barcelone. 2 DVD Virgin Classics 339 202 9 3. Régie TV/Video : François Roussillon et associés, avec la participation de TF1. Sous-titres en anglais, français, allemand, italien, espagnol, catalan. DVD 9 / NTSC. Durée : 157 min.

 

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Le Songe d’une nuit d’été, chef-d’œuvre de William Shakespeare, a inspiré Britten et le ténor Peter Pears en 1960. Au final, le compositeur anglais lègue un ouvrage lyrique parsemé d’humour, d’amours, de magie et dont la partition révèle une multitude de procédés d’écriture : le rôle masculin central d’Obéron est confié à un contre-ténor, maintes tessitures se repèrent dans la distribution, des séries dodécaphoniques servent parfois de matériel thématique, une instrumentation très colorée étoffe l’effectif de la fosse d’orchestre, etc… Le Songe d’une nuit d’été de Britten est une œuvre dont le foisonnement d’idées et l’étendue de la créativité fait miroir au théâtre shakespearien dont il tire son substrat. Sans cesse aux confins du réel et de l’irréel, oscillant entre réalisme et fantaisie poétique, ce long opéra multiplie les intrigues et les personnages. Last but not least, une mise en abîme de l’art théâtral est au cœur de la trame, agissant comme une suite d’intermèdes comiques au cours des trois actes.

et Michael Levine ont conçu une scénographie sobre qui explore toutefois pleinement les ressources théâtrales afin que la poésie du livret et de la musique s’en exhale. Leur lecture brillante et intelligente se respire à pleins poumons, comme un air vivifiant susceptible de régénérer l’idée selon laquelle des conceptions modernes peuvent se mettre avec pertinence au service du théâtre lyrique. Créé en 1992 au Festival d’Aix-en-Provence, puis donné à l’Opéra de Lyon, ce spectacle a connu plusieurs reprises, notamment à Barcelone en 2005, où le contenu du présent DVD a été capté.

Sur scène, un immense lit vert et incliné tient lieu de plateau. Sa disproportion participe à l’évocation d’un monde onirique, irréel, lequel n’est dès lors pas uniquement dépeint par le truchement de costumes excentriques. Evoquant à l’envi un contexte pastoral, ou l’univers nocturne des rêves et des intrigues amoureuses, ce cadre baigné de très belles lumières autorise une direction d’acteurs enlevée, à commencer par celle qui régit le rôle muet de Puck. Il y a quelque chose qui semble porter la griffe de Lewis Carroll dans cette manière de convoquer le merveilleux pour que s’épanouisse le monde des songes. Les chœurs d’enfants, habilement chorégraphiés par , rajoutent encore à cette impression.

Obéron est campé magistralement par David Daniels. Le contre-ténor s’est rendu célèbre au travers de la musique baroque, notamment italienne, qu’il a chantée et enregistrée avec des pointures comme Fabio Biondi. Son répertoire touche toutefois à d’autres époques, à l’image de celui d’Alfred Deller, qui est le dédicataire du rôle masculin central de cet opéra. Fin interprète, David Daniels ne fait pas que ciseler le texte, mais profite de la très belle voûte de son chant pour le mettre au service – pour la deuxième fois dans sa carrière– de ce rôle vocalement plus élancé. Le suraigu afférent aux notes colorature d’Ofelia Sala (Tytania) a le mérite d’être nourri, sans évanescence maniérée. La prestation de la soprano est en tous points somptueuse, à l’instar de celle des couples chamboulés par le philtre floral administré par Puck. Avec un ténor dans le rôle de Lysander que l’on imaginerait tout aussi séduisant dans les rôles mozartiens, un baryton convaincant pour Demetrius, une vigoureuse mezzo pour Hermia et une soprano irréprochable pour Helena, on peine à imaginer distribution plus homogène pour cet opéra. Citons encore l’excellence et l’assise magnifique de Bottom, campé par une superbe basse () dont le chant est à la hauteur du jeu théâtral.

Quant à placé à la tête d’un orchestre superlatif, il imprime à ce conte féerique une musicalité ondoyante, impeccable, idéale.

Une parution à mettre en toutes les mains!

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