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Noé entre Palestiniens et extra-terrestres

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Fromental Halévy (1799-1862) et Georges Bizet (1838-1875) : Noé. Mise en scène : Pierre Jourdan. Décors et costumes : Jean-Paul Capeyron. Chorégraphie : Jean-Hugues Tanto. Lumières : Thierry Alexandre. Avec : Anne Sophie Schmidt, Saraï ; Jean-Philippe Courtis, Noé ; Philippe Do, Ituriel ; Matthieu Lécroart, Cham ; Karen Vourc’h, Ebba ; Mathias Vidal, Sem ; Céline Victores-Benavente, Japhet ; Paul Médioni, Eliacin. Ensemble vocal Cori Spezzati (chef de chœur : Olivier Opdebeeck). Orchestre Français Albéric Magnard, direction musicale : Emmanuel Calaf. Réalisation : Pierre Jourdan. Enregistré les 10 et 17 octobre 2004 au Théâtre Impérial de Compiègne. Sous-titrages en anglais et français. 1 DVD Cascavelle VELD 7007. Zone 0. 140 minutes.

 

Ce fut une petite sensation à Compiègne en octobre 2004 : la création mondiale dans la version française de Noé, opéra inachevé de , complété par et une troisième main anonyme, dont les seules représentations avaient eu lieu en Allemagne dans les années 1880. Aujourd’hui, le label suisse Cascavelle nous présente cette découverte en DVD.

L’enregistrement – disons-le d’emblée – nous laisse un peu perplexe. C’est d’abord la faute à l’œuvre elle-même, opéra on ne peut plus hybride, sorte de mélange entre L’Africaine, Les pêcheurs de perles et Samson et Dalila. Le livret est pathétique et l’intrigue des plus invraisemblables. En outre, pendant tout le premier acte, la musique est répétitive et peu inspirée. Ce n’est qu’au cours du deuxième que les mélodies se font plus variées et que l’orchestration devient plus riche et plus colorée. Mais même là, on ne parlera pas d’un chef d’œuvre…

Deuxième point fort problématique : la mise en scène de , qu’il a lui-même adaptée au petit écran. Au lieu de conférer un minimum de cohérence à cet opéra, Jourdan mise sur les effets tout en en soulignant les disparités. Au début, on se croirait dans un film biblique hollywoodien des années 1950 où font pourtant irruption à l’acte II des foulards palestiniens et des kalachnikovs. Au troisième acte, censé se dérouler dans le royaume des maudits, on se retrouve dans une parodie de film science-fiction, mélangeant de façon hallucinante styles et époques. Le déluge enfin, et cela pour le seul DVD, est représenté par des vidéos amateurs du tsunami. En dehors de cette approche hétéroclite, la mise en scène se démarque par une absence quasiment complète de toute direction d’acteurs. Dans les ensembles notamment, les chanteurs restent comme cloués au sol. En plus, le chœur a été placé dans la fosse d’orchestre. Sur scène, il y a des figurants plus ou moins capables de chanter en play-back. Si jamais cela a fonctionné sur scène, c’est absolument ridicule pour un DVD!

En ce qui concerne l’interprétation musicale, mis à part la prestation catastrophique d’un chœur faible et faux, l’impression est plutôt positive. L’orchestre est honorable et le chef en tire un maximum d’expressivité. Quant aux chanteurs, tous se jettent corps et âme dans leur rôle, même si certains d’entre eux n’en ont pas les moyens. C’est notamment le cas de Anne-Sophie Schmitt, soprano lyrique, égaré ici dans un authentique emploi de falcon. Il faut donc s’habituer à des graves souvent détimbrés et à des attaques poussives dans le bas-médium. L’aigu en revanche – malgré quelques petites stridences – est impressionnant tout comme ses beaux piani. De même , ténor léger au timbre particulièrement séduisant, à l’aigu facile et au chant nuancé, est mis en difficulté dans les moments de tension dramatique. Très convaincantes en revanche, les prestations du baryton Mathieu Lécroard, voix ample et bien projetée, de la soprano , dont le timbre clair et juvénile rappelle les voix d’une ou Mady Mesplé, et notamment celle de , soprano à la voix riche, belle et lumineuse. Le rôle-titre enfin – pourtant assez peu présent sur scène – est interprété par . Si, au premier acte, à côtés de superbes piani, on croit remarquer un certain manque de puissance, il nous surprend au finale, avec une entrée autoritaire et des aigus impressionnants.

Lire aussi le compte-rendu du spectacle

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