Philip Glass ou Luciano Berio, qui est le plus métissé ?

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Cité de la Musique. 24-III-2006. Philip Glass (né en 1936) : Concerto pour violon et orchestre. Luciano Berio (1925-2003) : Sinfonia. Gidon Kremer, violon ; The Swingle Singers ; Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Mario Venzago.

Dans le cadre des « métissages post-modernistes » à la Cité de la musique, qui ont vu de joyeux mélanges de différents styles musicaux, laquelle des deux œuvres présentées ce soir était la plus métissée ?

Le Concerto pour violon de , première pièce pour grand orchestre de son compositeur, est tout à fait représentative de l’esthétique de l’immobilisme de celui qui l’a conçue. Des accords parfaits répétés à saturation engendrent une monotonie fastidieuse, lassante et ennuyeuse, dont la seule originalité était le jeu imprécis de , grand défenseur de cette pièce, qu’il essayait tant bien que mal d’habiter en tentant de rendre expressive une musique qui intrinsèquement ne peut pas l’être. Reconnaissons tout de même une qualité à ce concerto, son orchestration transparente, quasi-diaphane, fort bien défendue par l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, mais dont le jeu privé d’élan rythmique prouvait à quel point les musiciens n’étaient pas eux non plus convaincus par ce langage musical atteint de bégaiement. , dont les défauts (attaques peu sûres, justesse approximative, vision très personnelles du tempo) ne cessent de s’accentuer, a toutefois prouvé avec un bis (une mélopée judaïque pleine de nostalgie, de Bloch peut-être ?) quel formidable musicien il est resté.

Changement radical de décor avec la Sinfonia de . De la Limite du pays fertile nous passons à un cocktail explosif (c’est de saison en ces temps sociaux troublés) d’esthétiques diverses et variées, dont le fameux 3ème mouvement donné ici dans une version dionysiaque. reste maître de cette vaste partition, dans laquelle The Swingle Singers se montrent dignes de leurs illustres aînés, créateurs et dédicataires de la Sinfonia. Véritables instruments vocaux intégrés à l’orchestre, alternant polyphonies délicates (mouvements n°2 O King et n°4) et jeux rythmiques (1er mouvement), assis derrières les cordes –et non en demi-cercle devant le chef- le célébrissime ensemble n’a pas failli à sa réputation. L’Orchestre Philharmonique de Radio-France, aguerri à ce répertoire, joue avec autorité cette pièce dont la profusion des idées musicales (de Beethoven à Boulez en passant par Berlioz, Strauss, Debussy, Ravel, Schœnberg et bien sûr Mahler et Berio lui-même) en dérouterait plus d’un. Comme un élan de générosité de ce court concert de moins d’une heure, les interprètes ont gratifié le nombreux public (qui a dit que la musique contemporaine se portait mal ?) de plus d’un quart d’heure de bis. D’abord les Swingle Singers dans un arrangement « historique » du maître Ward Swingle de la Fugue en sol mineur BWV 578, puis par la reprise intégrale du 3ème mouvement de la Sinfonia, qui se termine bien justement par ce « thank you mister  ».

Crédit photographique : © The Swingle Singers

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