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Un label récent – japonais – consacré aux enregistrements historiques

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon n°4. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Partita pour violon seul n°2. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Adagio de la Sonate pour piano et violon n°6. Bronislaw Huberman, violon ; Boris Roubakine, piano. New York Philharmonic-Symphony Orchestra, direction : Bruno Walter. 1 CD Opus Kura. Réf. : OPK-7019. Enregistré entre 1942 et 1945. Notices bilingues (japonais-anglais) bonnes. Durée : 56’10’’.

 

Dans le domaine de la restauration d’enregistrements historiques, il faudra désormais compter avec le label japonais Opus Kura fondé en 2000 par Satoru Aihara, et dont Internet permet une disponibilité bien plus aisée qu’auparavant.

En des transferts impeccables écartant un strict minimum de bruit de fond par crainte d’amputer le message musical, ce label nous livre l’essence même des gravures des tous grands interprètes d’hier comme , , , , , , , , , Josef Szigeti, , , , Emanuel Feuermann, Pablo Casalsou encore le Quatuor Capet trouvent en Opus Kura l’épanouissement sonore adéquat, ce qui n’est d’ailleurs pas si courant.

Mais laissons à son directeur artistique, Monsieur Satoru Aihara, le soin de présenter son label : « Kura est un mot japonais qui signifie un genre d’entrepôt historique habituellement fait de bois et de mortier. Opus Kura a débuté à partir de la collection énorme de disques de 78 tours/min possédés par notre ingénieur de transfert, Kiyoshi Yasuhara. Il a préservé sa collection dans un tel entrepôt (Kura). J’ai créé Opus Kura en 2000. J’avais été alors un discophile ordinaire pendant presque quarante années. Je n’étais pas intéressé par les enregistrements historiques à l’ère du microsillon (LP) simplement parce que le son transféré était pauvre. La technologie numérique a favorisé des transferts de qualité supérieure sur CD. J’ai commencé à rassembler beaucoup d’enregistrements historiques : en particulier j’admire le travail de Bryan Crimp (label APR) et de Ward Marston (pour le chant). J’ai rencontré Monsieur Yasuhara en 1998 et pendant notre contact sa technique sonore s’est améliorée : finalement j’ai estimé qu’elle était comparable aux modèles admirés. Nous transférons habituellement les gravures que nous écoutons souvent, c’est-à-dire les enregistrements anciens de grande notoriété. »

Parmi les dernières parutions d’Opus Kura dont le catalogue actuel comporte une soixantaine de CDs, il convient de mentionner un CD consacré à (1882-1947) et un autre dévolu à (1875-1962), tous deux monstres sacrés de l’archet. D’ailleurs, avec cinq CDs consacrés à Huberman, Opus Kura peut se flatter d’offrir aux discophiles le plus vaste panorama de ses gravures, notamment les Concertos pour violon de Bach et de Mozart – n°3 – dirigés par (OPK-2025), celui de Beethoven sous la baguette de (OPK-2006) et enfin, couplé à la Symphonie espagnole d’Édouard Lalo, le fameux enregistrement, toujours considéré comme l’un de ses meilleurs, du Concerto pour violon en ré de Tchaikovsky (OPK-2007) dirigé par le grand en décembre 1928, mais malheureusement entaché d’une énorme coupure dans le Finale. Il ne peut exister de violonistes aussi dissemblables que Bronislaw Huberman et Fritz Kreisler : alors que celui-ci, royal, joue toujours admirablement d’une manière immédiatement compréhensible et, en bon Viennois, avec ce charme si caractéristique et cette sonorité si merveilleusement veloutée, ce n’est pas renier l’art rayonnant de Kreisler de constater que les interprétations de Huberman donnent la sensation d’être plus profondes et philosophiques ; il défie constamment nos espérances, et nous convie à une écoute qui est loin d’être « facile ». Si parfois la sonorité de Huberman manque de cette beauté extérieure, c’est intentionnel : il a écrit que « la vérité, plutôt que la seule beauté » était son idéal ; ses enregistrements sont une revendication de cet idéal, la révélation de la vérité.

Le premier CD sous rubrique, consacré à Bronislaw Huberman (OPK-7019), comporte trois captations « live », témoignages sans prix d’interprétations vigoureuses, constamment sous tension : le Concerto pour violon et orchestre n°4 en ré, KV218 de Mozart, bénéficiant de la direction attentive du mozartien en décembre 1945, l’un des tout derniers témoignages du grand violoniste ; ensuite la Partita pour violon seul n°2 en ré mineur, BWV1004 de Bach dans la vision sans concession du violoniste polonais en décembre 1942 ; enfin l’Adagio de la Sonate pour piano et violon n°6 en la, op. 30/1 de Beethoven, accompagné par le pianiste Boris Roubakine, nous est restitué à partir d’un disque rare de 40 cm de diamètre de transcription radio récemment découvert, gravé lors d’un récital datant de 1943 en hommage au Premier Ministre polonais, le Général Sikorski récemment décédé dans un accident d’avion.

Fritz Kreisler (1875-1962) : Dix-huit pièces brèves pour violon et piano. Fritz Kreisler, violon. Franz Rupp, piano. 1 CD Opus Kura. Réf. : OPK-2058. Enregistré en septembre 1936 et février 1938. Notices bilingues (japonais-anglais) bonnes. Durée : 60’44’’.

Le second CD (OPK-2058) nous apporte ces petites pièces dont Fritz Kreisler avait le secret, reflet d’une époque où on ne cherchait pas de midi à quatorze heures, pages composées ou arrangées par l’immense et généreux violoniste afin de satisfaire ses nombreux admirateurs en « bis » de fin de concerts ou de récitals. Hormis la fameuse intégrale des dix Sonates pour violon et piano de Beethoven, il s’agit en l’occurrence de toutes les gravures réalisées avec son accompagnateur Franz Rupp en septembre 1936 et février 1938 ; toutes sauf une, curieusement, car Opus Kura, par appréciation artistique personnelle sans doute, a omis d’y inclure l’arrangement de Kreisler du 4ème mouvement (Rondo) de la Sérénade « Haffner » KV250 de Mozart. On peut le regretter. Il n’en reste pas moins de dix-huit pages délicieuses – et délicieusement interprétées, telles des gâteries viennoises – dont sept sont de réelles inventions du violoniste – écoutez donc l’admirable et humoristique Tambourin chinois qui dans sa partie centrale est aussi viennois que chinois ! – tandis que d’autres sont des arrangements de pages célèbres de provenances diverses, et même une – la Gavotte de la Partita pour violon seul n°3 de Bach – est en version originale, comme il se doit.

Précisons finalement que dans toutes ces productions Opus Kura, une certaine tolérance est requise au niveau du bruit de fond : dès que l’oreille l’a assimilé, c’est-à-dire que le cerveau s’y est adapté – on est prêt à savourer la qualité sonore étonnante que l’on n’aurait jamais soupçonnée de la part de ces vieilles cires. Pour ceux qui voudraient écouter un peu plus de ces bluettes à la Kreisler, et dans des enregistrements modernes, il est conseillé de s’en référer à l’article d’Isabelle Perrin

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon n°4. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Partita pour violon seul n°2. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Adagio de la Sonate pour piano et violon n°6. Bronislaw Huberman, violon ; Boris Roubakine, piano. New York Philharmonic-Symphony Orchestra, direction : Bruno Walter. 1 CD Opus Kura. Réf. : OPK-7019. Enregistré entre 1942 et 1945. Notices bilingues (japonais-anglais) bonnes. Durée : 56’10’’.

 
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