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Raisons d’aimer Gustave Charpentier : combattons les préjugés !

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Etre pour la postérité l’homme d’un seul ouvrage vous expose mécaniquement à des jugements aussi expéditifs que lacunaires : ainsi en est-il de Gustave Charpentier, méprisé par l’intelligentsia culturelle qui ne retient de Louise qu’une certaine naïveté dans la peinture du petit peuple parisien, et ce que le texte peut avoir parfois de suranné. C’est faire peu de cas de la générosité de l’inspiration mélodique et de la variété du coloris, qui situent le compositeur dans la droite ligne d’un Massenet, dont il pourrait bien être le plus proche héritier. Pour accéder au dossier complet : Gustave Charpentier

 

Etre pour la postérité l’homme d’un seul ouvrage vous expose mécaniquement à des jugements aussi expéditifs que lacunaires : ainsi en est-il de , méprisé par l’intelligentsia culturelle qui ne retient de Louise qu’une certaine naïveté dans la peinture du petit peuple parisien, et ce que le texte peut avoir parfois de suranné. C’est faire peu de cas de la générosité de l’inspiration mélodique et de la variété du coloris, qui situent le compositeur dans la droite ligne d’un Massenet, dont il pourrait bien être le plus proche héritier.

Il est vrai que l’on peine à évaluer sereinement la production française de la première moitié du siècle dernier, sous l’effet de l’inexplicable mépris affiché par la coterie dominante et du regrettable malentendu entretenu par ceux qui s’obstinent à l’aborder sous le seul angle de la comparaison debussyste et ignorent avec une obstination coupable les routes divergentes ouvertes par des maîtres respectés comme Fauré et d’Indy, ou des individualistes au talent aussi inclassable que celui de Chabrier. Comme si Pelléas avait surgi du néant et aussitôt effacé définitivement un demi-siècle d’enseignement et de composition !

Charpentier, le généreux, le social, souffre d’une étiquette « naturaliste », qui aux oreilles de ceux qui ignorent l’histoire de la littérature comme celle de la musique, peut apparaître comme un terme d’une insupportable vulgarité. Certains excès de Zola, condamnés par ses propres disciples dans le Manifeste des Cinq, ne sauraient pourtant nous détourner du théâtre à la modernité inentamée de Mirbeau, des tableaux provinciaux peints d’une plume si naturelle par Maupassant ou de la verve méridionale d’un Daudet, pour ne citer que quelques exemples parmi les plus indiscutables. Du reste, cette étiquette convient assez mal à un compositeur à la sensibilité poétique affirmée, qui se montrait à l’écoute de tous les courants artistiques de son temps et qui appartient davantage à la grande tradition du lyrisme français, dans la droite ligne d’un Gounod et d’un Massenet. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si succéda à ce dernier sous la Coupole de l’Institut de France et porta l’habit de celui qui était son professeur lorsqu’il remporta le Grand Prix de Rome (en 1887) ; il lui avait toujours témoigné, selon les propres termes du père de Manon, une « familiale affection »(1).

Il n’est pas question de mimétisme bien entendu – et le maître s’en fût d’ailleurs désolé, lui qui avait pour principe de n’imposer à ses élèves ni ses préférences, ni sa manière – mais plutôt d’une influence consciente et assimilée. La principale leçon que Massenet avait sans doute inculquée à son cadet était la nécessite de soumettre les idées musicales aux impératifs du texte, et Charpentier s’affirma d’emblée, en fait dès la cantate Didon composée pour le Prix de Rome, comme un véritable homme de théâtre, avec un instinct qui faisait cruellement défaut à nombre de ses contemporains. Ce sont du reste ces qualités dramatiques qui justifient, avec les grâces mélodiques qui irisent la partition, l’intérêt de grands artistes comme Renée Fleming qui a très justement déclaré : « Certains aspects de Louise peuvent paraître démodés, parfois ridicules, mais il y a des moments absolument magnifiques et, d’une certaine manière, c’est un opéra très moderne, un hymne à l’amour libre, qui reste toujours d’actualité. Avant de découvrir Louise, je pensais que ce concept avait été inventé à Berkeley dans les années soixante ! »(2).

Peu de compositeurs possédaient alors le souffle et la générosité qui ont permis à Charpentier de s’affirmer comme un grand poète lyrique, salué par les plus exigeants de ses contemporains. Pour les propos méprisants d’un Debussy, dans une célèbre lettre à Pierre Louÿs (3), que d’éloges avisés… Aussi, ResMusica est fière d’emboîter le pas à ceux qui, du vieux Gounod enthousiasmé par La Vie du Poète à Francis Poulenc qui rendit un hommage lucide au père de Louise, ont célébré le talent singulier et incontestable de Gustave Charpentier, sa fraîcheur inaltérée et son pouvoir d’émotion. Le mot est posé, pour un compositeur qui n’avait d’autre ambition que d’émouvoir par le spectacle de la vie, à cent lieues de ces musiciens qui, pour emprunter une expression heureuse de son biographe Marc Delmas, « ont toujours ignoré ce qui se passait au-delà de leur piano »(4). Charpentier est tout le contraire, son œuvre n’est que vie, et c’est en cela qu’elle nous est précieuse.

1. Jules Massenet, Mes Souvenirs, Editions Plume 1992, p. 232-233
2. Louise, Avant Scène Opéra n° 197, juillet/août 2000, p. 89
3. datée du 6 février 1900
4. Marc Delmas est l’auteur de Gustave Charpentier et le lyrisme français, Delagrave 1931

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