Dvorák au galop

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Toulouse. Halle aux Grains. 18-05-2006. Claude Debussy (1862-1918)  : Prélude à l’après-midi d’un faune ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Symphonie de psaumes ; Antonín Dvorák (1841-1904) : Symphonie n°8 en sol majeur op. 88. Orfeón Donostiarra (chef de chœur : Jose Antonio Sainz) ; Orchestre National du Capitole, direction : Tugan Sokhiev.

dirige Dvorák

Programme pour le moins hétéroclite – ou varié, versant optimiste – avec des œuvres d’atmosphères contrastées et ne présentant guère de rapport – Debussy n’aurait sans doute pas apprécié de voisiner avec Dvorák ! Mais il semble qu’il faille se résigner aux concerts pots-pourris et, après tout, si la Symphonie N° 8 de Dvorák a pu amener quelques-uns à la Symphonie des psaumes

À la sortie du concert, nombreux étaient ceux qui se louaient énergiquement et avec force hyperboles – mœurs toulousaines – de la présence à Toulouse de . Et de vanter le tempérament énergique, la précision, la force de travail, l’engagement du jeune chef, comme les progrès constants de l’orchestre. Certes, certes, et il serait bien absurde de prétendre le contraire ; pourtant, on osera, ici comme lors des précédents concerts, apporter quelques nuances.

La précision et la rigueur, voilà très exactement les qualités qui font mouche dans la Symphonie de psaumes, œuvre austère et même déroutante tant Stravinski y pousse loin son néoclassicisme par des tournures presque byzantines et une sorte de désincarnation expressive. Sokhiev exalte les arêtes de la partition, les jeux de rythmes et l’étrange combinaison sonore d’une formation orchestrale réduite et inhabituelle. Le chœur basque est correct, guère orant et manque de présence. Cette recherche de précision peut avoir son corollaire. Ainsi, le Prélude à l’après-midi d’un faune en devient presque pointilliste tant il semble se perdre dans le détail qui, parfois, prend le pas sur l’ensemble ; tels trémolos des violoncelles, pourtant marqués pianissimo, ressortent par exemple avec une netteté inhabituelle, au détriment de la ligne des bois. La clarté de l’ensemble est remarquable, par une attention constante portée aux équilibres, mais cette approche extrêmement détaillée n’évoque que bien passagèrement « l’heure fauve » et la « lasse pâmoison » du poète.

Œuvre bucolique, sereine, toute chargée de réminiscences de mélodies populaires, la Symphonie n°8 de Dvorák apparaît comme une pause bienheureuse après la sombre Symphonie n°7. Mais, foin des atmosphères pastorales et des climats à la Schubert, le Dvorák de Tugan Sokhiev est tendu, conquérant, violent presque jusqu’à une certaine sècheresse. L’option du chef est claire : filer droit devant dans des tempos rapides – bien plus rapides que ceux indiqués par le compositeur -, délaissant quelque peu au passage les subtiles indications agogiques et dynamiques d’une partition ou les pianissimos sont pourtant plus nombreux que les fortissimos. Très impressionnant, grandiose même, et l’orchestre se montre excellent ; mais il est difficile d’imaginer plus éloigné du style et de l’esprit originels de l’œuvre. On est à mille lieues de la souplesse, de la liberté et de l’effervescence rythmique que les interprètes tchèques apportent à ce répertoire – Talich, Ancerl, Kubelik hier, Zdenek Macal il y a peu à Toulouse. On admire, de loin, comme un tour de force : belle performance, bravo ! Mais la tendresse, l’abandon, n’étaient pas au rendez-vous.

Il ne s’agit pas de faire la fine bouche : les qualités du nouveau directeur de l’Orchestre de Toulouse sont patentes et sa venue a été manifestement heureuse pour l’orchestre ; mais, dût l’enthousiasme local en souffrir, le brillant technique n’est pas la seule qualité que l’on puisse attendre d’un chef permanent et, pour parfait techniquement qu’il soit, Tugan Sokhiev semble avoir des partitions qu’il dirige un abord musical plutôt univoque. Il est jeune, supérieurement doué et intelligent ; il y a là de quoi nourrir de grandes espérances, en reconnaissant qu’elles ne sont pas encore toutes comblées.

Crédit photographique : © Patrice Nin

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