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Nicolas Joel fait son cinéma

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Lausanne. Théâtre Municipal. 26-V-2006. Nino Rota (1911-1979) : Il Cappello di paglia di Firenze, farce musicale en 4 actes sur un livret d’Ernesta Rota et Nino Rota. Mise en scène et décors : Nicolas Joël. Costumes : Gérard Audier. Lumières : Alain Vincent. Avec : Massimiliano Tonsini, Fadinard ; Alessandro Svab, Nonancourt ; Luciano di Pasquale, Beaupertuis ; Thomas Morris, Zio Vézinet ; Vincent Deliau, Emilio ; Francis Dudziak, Achille di Rosalba/Un garde ; Delphine Gillot, Elena ; Isabelle Henriquez, Anaide ; Anna Steiger, La Baronessa di Champigny ; Ola Waridel, La modista. Chœur de l’Opéra de Lausanne (direction : Véronique Carrot). Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Gleb Skvortsov.

Il Cappello di Paglia di Firenze ()

L’après-guerre lyrique en Italie ne manquait ni de chanteurs, ni d’œuvres du répertoire traditionnel. Mais dans un pays gravement atteint par les années de guerre, la reconstruction industrielle a primé sur celle de la culture. Les difficultés économiques empêchant de rouvrir les théâtres lyriques, la majeure partie de l’inventivité artistique italienne s’est alors portée sur le cinéma. Cette industrie a rapidement conquis le public et s’est adjoint la collaboration de comédiens, de metteurs en scène de théâtre sans oublier nombre de musiciens et de compositeurs qui voyaient dans le cinéma le moyen de vivre convenablement. Ainsi compose pour le cinéma dès 1947. Sa notoriété devait voir son apogée avec les musiques qu’il signe pour les films de .

Dans le désœuvrement de la fin de la guerre, Nino Rota rencontre la comédie d’Eugène Labiche Un chapeau de paille d’Italie. Il décide, presque par jeu, d’en faire une œuvre lyrique. En compagnie de sa mère, il écrit le livret puis en orchestre les premières pages. Remisé dans un tiroir, Simone Cuccia le nouvel intendant du Teatro Massimo demande au compositeur de monter son opéra pour la saison palermitaine de 1955. Il Cappello di Paglia di Firenze est créé le 21 avril 1955. Le succès est immédiat et depuis, cette comédie est reprise partout dans le monde.

Et pourtant, l’œuvre de Labiche n’est pas transcendante. S’apparentant aux plus pures comédies de Georges Feydeau, elle cultive un genre aujourd’hui passé de mode. Elle permet cependant quelques scènes burlesques que traite avec beaucoup de verve inventive. Dans une belle diversité de décors, il fait son cinéma en rappelant les liens étroits qui lient le compositeur au cinéma avec des clins d’œil discrets et subtils au 7e art. Comme ce personnage trimballant, tout au long de l’opéra, un arbre à offrir comme cadeau de noces rappelant le fameux « Mr. Jones ! » du film d’Henry C. Potter Hellzapoppin’ (1941).

Si les deux premiers actes se passent dans l’agitation typique des comédies de boulevard, c’est que l’intrigue peine à s’affirmer. Le metteur en scène français s’en tire bien, au vu du faible matériel littéraire dont il doit s’occuper. Il devient cependant splendide de concision et d’efficacité comique dès que le nombre des acteurs sur scène se réduit. Ainsi, la scène de la jalousie de Beaupertuis, sorte d’ pathétique, n’est pas sans rappeler le monologue de Ford dans le Falstaff de . Traitant son personnage avec une superbe de tragédie, Nicolas Joël réussit à rendre le comique de la situation comme un véritable drame. C’est à partir de cette scène que le spectacle se décante et que l’intrigue se dénoue.

Dans l’ensemble, la distribution lausannoise est très homogène. Si (Beaupertuis) domine le plateau, il le doit en grande partie à un rôle taillé sur mesure et à d’excellentes qualités d’acteur comme à son chant superbe de précision et d’exécution vocale. A ses côtés, le ténor italien (Fadinard) offre l’image d’un jeune dandy sans pour autant qu’il en soit la malheureuse caricature. Très bon musicien, même si parfois la voix tend à devenir nasillarde, il s’est avéré appréciable dans son soutien musical à la soprano lausannoise (Elena) annoncée souffrante mais qui a tout de même tenu son rôle jusqu’à la fin du spectacle.

Le chef d’orchestre initialement prévu ayant été hospitalisé d’urgence le jour avant la première, c’est le jeune chef russe qui l’a remplacé dans la fosse. Après quelques inévitables hésitations, sa direction de l’ et du plateau s’est avérée d’un excellent niveau. De son côté, le Chœur de l’Opéra de Lausanne semble retrouver une verve que l’absence de sa cheffe, avait cruellement fait perdre. Le chœur des gardiens de la paix en était la preuve flagrante tant au point de vue vocal que scénique.

En conclusion, cette saison lausannoise se termine sur une production aussi brillante que celle avec laquelle elle avait débuté. Dommage qu’entre deux certains spectacles n’aient pas été à la hauteur des attentes d’une maison de la réputation de l’Opéra de Lausanne. Il est à espérer que la saison qui s’annonce saura répondre aux besoins culturels de haut niveau que l’opéra se projette d’offrir.

Crédits photographiques : © GTG/Ariane Arlotti

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Lausanne. Théâtre Municipal. 26-V-2006. Nino Rota (1911-1979) : Il Cappello di paglia di Firenze, farce musicale en 4 actes sur un livret d’Ernesta Rota et Nino Rota. Mise en scène et décors : Nicolas Joël. Costumes : Gérard Audier. Lumières : Alain Vincent. Avec : Massimiliano Tonsini, Fadinard ; Alessandro Svab, Nonancourt ; Luciano di Pasquale, Beaupertuis ; Thomas Morris, Zio Vézinet ; Vincent Deliau, Emilio ; Francis Dudziak, Achille di Rosalba/Un garde ; Delphine Gillot, Elena ; Isabelle Henriquez, Anaide ; Anna Steiger, La Baronessa di Champigny ; Ola Waridel, La modista. Chœur de l’Opéra de Lausanne (direction : Véronique Carrot). Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Gleb Skvortsov.

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