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Conte de fées et de plumes

La Scène, Opéra, Opéras

Reims, Grand-Théâtre, 04-VI-2006. Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’elisir d’amore, melodramma giocoso en 2 actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène et chorégraphie : Omar Porras ; décors et masques : Fredy Porras ; costumes : Coralie Sanvoisin ; lumières : Mathias Roche ; assistante mise en scène : Jane Piot. Avec : Maïra Kerey, Adina ; Simon Kang, Nemorino ; Nigel Smith, Belcore ; Till Fechner, Dulcamara ; Laure Baert, Giannetta. Chef de chant et continuo : Thierry Garin. Chœur de l’Opéra de Nancy et de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre d’harmonie de la Ville de Reims, Orchestre du Grand-Théâtre de Reims, direction : Sébastien Rouland.

L’Elisir d’amore

Comme le Docteur Dulcamara va de village en village pour proposer ses panacées, cette production de l’Elisir d’amore parcourt la France en ravissant le public des villes où elle est montée. Créée à Nancy, reprise à Rennes, à Caen, programmée la saison prochaine à Bordeaux, elle arrivait cette semaine à Reims dont le Grand-Théâtre aux petites dimensions était un cadre idéal pour une telle œuvre.

Signée par , la mise en scène est une petite merveille de drôlerie, de tendresse et de poésie. Le metteur en scène a choisi d’emmener les spectateurs dans un univers féerique et coloré, dans lequel les villageois sont des oiseaux, le sergent Belcore et ses soldats des poulets, et où Dulcamara annonce son arrivée par un lâcher de pétards. On ne s’ennuie jamais devant ce spectacle qui alterne avec brio des scènes de foule magnifiquement réglées et chorégraphiées, et des scènes intimistes tendres et sobres. La scène est très bien occupée par les choristes, les rôles principaux sont bien dirigés, et s’il se passe souvent beaucoup de choses en même temps, l’action reste parfaitement lisible.

La distribution se hisse, parfois avec difficulté, à un niveau de qualité proche de celui de la mise en scène. On lui reprochera globalement un manque de latinité : l’italien de cette troupe est un peu rude, et très peu idiomatique dans le cas du couple vedette, qui a quelques problèmes de diction. Adina est chantée par , artiste originaire du Kazakhstan et formée à Pékin, qui a assuré toutes les représentations depuis la création de la production. C’est une chanteuse en devenir, assez bonne comédienne, dotée d’un organe puissant et d’un timbre fruité très séduisant. Sa prestation est cependant assez inégale, car elle a tendance à chanter trop bas, à hacher sa ligne, et ses aigus sortent parfois à l’arraché. Les secondes moitiés d’acte la stimulent, surtout le II, et elle arrive alors, en chantant juste, à faire parler ses qualités : une projection très intéressante, des vocalises assurées, et des aigus qui peuvent être ravissants.

Simon Kang est le second ténor à chanter le rôle de Nemorino dans cette production après Soner Bülent Bezdüz. Simon Kang n’a pas les qualités d’un Nemorino : l’émission est trop en force, la voix bouge, la souplesse est absente, et sa prestation se caractérise par un à peu près stylistique flagrant, avec coups de glotte, aigus mal placés, et phrasés brutaux et raides. Malgré tous ces défauts, il fait cependant bonne figue, car il chante avec une évidente sincérité, joue l’innocent des campagnes avec talent, et est doté d’une voix puissante, au timbre assez plaisant. Déguisé en coq, est très à l’aise dans son rôle de militaire vaniteux et roué. Il chante avec une très louable attention à la légèreté de la ligne vocale, le timbre est toujours aussi riche, et les phrasés sont d’une grande élégance. Encore un sans faute pour l’excellent baryton basse après ses superbes apparitions récentes sur la scène de Tourcoing. privilégie peut être un peu trop l’aspect comique par rapport à la tenue et à l’élégance vocale, mais c’est un Dulcamara de bon niveau, sonore, et à la justesse impeccable. Enfin, fait entendre de jolies choses et fait preuve de beaucoup de tempérament dans le rôle assez peu développé de Gianetta.

Le Chœur de l’Opéra de Nancy est homogène, concerné, et très bien préparé, et l’, aux sonorités pas toujours flatteuses, réagit cependant avec beaucoup de discipline à la direction élégante et équilibrée de qui soutient l’action en adoptant des tempi très justes et très souples.

D’un haut niveau musical, cet Elisir d’amore d’origine lorraine est magnifié par une mise en scène de conte de fées, et clôture en beauté une saison riche en succès au Grand Théâtre de Reims.

Crédit photographique : © Grand-Théâtre de Reims

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