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Ola pour Jean-François Lapointe

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Québec. 10-VII-2006. Salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec. Gioacchino Rossini (1792-1868) Le Barbier de Séville Ouverture, « Largo al Factotum » ; Giacomo Puccini (1858-1924) La Bohème, « Quando m’en vo » ; Yoav Talmi, Le Double Mariage de Figaro ; Ruggero Leoncavallo (1857-1919) I Pagliacci, « Stridono Lassù », « Silvio ! A quest’ora » ; Charles Gounod (1818-1893) Faust, « Ô Sainte Médaille – Avant de quitter ces lieux » ; Antonin Dvorak (1841-1904) Rusalka, « Chanson à la lune », « Danse slave » ; Jacques Offenbach (1819-1880) Les Contes d’Hoffmann, « La Barcarolle » ; Ambroise Thomas (1811-1896) Hamlet, « Ô vin, dissipe la tristesse », « Doute de la lumière ». Hector Berlioz (1803-1869) Le Corsaire Ouverture. Avec : Marie-Josée Lord, soprano ; Jean-François Lapointe, baryton. Orchestre symphonique de Québec. Yoav Talmi, direction.

Festival d’été de Québec 2006

Soirée lumineuse au Grand Théâtre de Québec et concert d’été festif avec deux chanteurs québécois qui ont su empoigner la salle Louis-Fréchette, remplie à craquer ! Le baryton mérite tous nos éloges. Il est à l’aise dans l’opéra italien et excellent comédien dans le «Largo al Factotum» du Barbiere di Siviglia de Rossini, joué en pleine «forme physique et athlétique» et chaudement applaudi par le public dès son entrée sur scène. Encore pourrait-on lui trouver quelques défauts dans le vérisme tonitruant de Leoncavallo ! Ne boudons pas notre plaisir, même si la voix d’une justesse exemplaire, semble trop bien éduquée dans ce répertoire. Cela étant dit, nous avons affaire à un Silvio plus noble que de nature et le duo d’I Pagliacci, «Silvio ! A quest’ora» est interprété de belle manière. Mais c’est surtout dans l’opéra français qu’il s’impose, d’une belle retenue dans le Faust de Gounod, «Avant de quitter ces lieux» – air pourtant rabattu tant de fois – et qu’il réussit à nous convaincre entièrement. Après un Lescaut lumineux donné à l’Opéra de Québec, on imagine sans peine qu’il serait un excellent Hamlet dans l’opéra de Thomas, le rôle lui va comme un gant et c’est sans doute dans l’air «Ô vin, dissipe la tristesse» suivi du duo «Doute de la lumière» que l’on retrouve ses belles qualités de baryton. De l’adret à l’ubac, il a pour lui la prestance, la noblesse, l’impétuosité, mais aussi l’intériorité, l’introspection. Son style épuré, châtié, lui confère la première place dans le répertoire français qui semble fait pour lui. La langue française jamais ne chavire dans la préciosité. Chez-lui, tout est clair et l’on comprend sans difficulté qu’il soit un excellent Pelléas.

La soprano Marie-Josée Lord fait son miel depuis quelques années dans Puccini. Nous gardons en mémoire la Mimi de La Bohème et plus encore la Liù de Turandot, deux rôles qu’elle a brillamment interprétés à l’Opéra de Montréal. Mais elle modifie Musetta en une garce candide, dans l’air archi-connu «Quando m’en vo». Nous la retrouvons mieux inspirée dans la prière à la lune de Rusalka d’Antonin Dvorak. Peut-on lui reprocher un vibrato quelque peu dérangeant sans que la voix s’émancipe ! Mais le caractère mutin de la jeune femme, son charisme et son charme aussi, tempèrent les quelques défauts observés. Passons sous silence une Barcarolle arrangée pour baryton et soprano. Il eut été plus habile de choisir parmi les duos qui foisonnent pour ces deux voix.

En rappel, d’ailleurs, deux fois plutôt qu’une, l’incontournable duo «l’Heure exquise» de La Veuve Joyeuse de Franz Lehàr. Une première entrée ratée par la soprano – peut-être toujours dans la lune de Dvorak ? – mais avec la reprise, nous ne retrouvons plus ce charme intime, presque éthéré de l’opérette viennoise, mais bien ce fou rire constant qui lui va à ravir.

On aurait pu se passer de la longue paraphrase mozartienne de Yoav Talmi, bâtarde comme toute musique de chef d’orchestre qui s’adonne à la composition et reconnaissable entre mille. Musique inutile, écorchée de quelques accords d’un modernisme poli. Laissons à Mozart ce qui est à Mozart. On retrouve le maître autrement mieux inspiré, et à la tête d’un orchestre preste et sanguin qu’il mène admirablement. D’emblée, l’Ouverture du Barbier est menée avec fougue, – les violons sont excellents – tout comme un extrait des Danses slaves de Dvorak et enfin, pour clore le concert, l’ouverture du Corsaire de Berlioz.

Crédit photographique : © DR

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