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Otello vaincu par le chef

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Stuttgart, Staatsoper, 29-VII-2006. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Otello, drame lyrique en quatre actes, livret d’Arigo Boito. Mise en scène : Martin Kušej ; décors : Martin Zehetgruber ; costumes : Heide Kastler ; lumières : Reinhard Traub. Avec : Gabriel Sadé, Otello ; Eva-Maria Westbroek, Desdemonna ; Marco Vratogna, Iago ; Maria Theresa Ullrich, Emilia ; Johan Weigel, Cassio ; Daniel Ohlmann, Rodrigo ; Roland Bracht, Lodovico ; Mark Munkittrick, Montano ; Christoph Sökler, un héraut. Chœur et chœur d’enfants du Staatsoper de Stuttgart, direction : Michael Alber ; Staatsorchester Stuttgart, direction : Nicola Luisotti

Après Munich, c’est au tour de l’Opéra d’État de Stuttgart de changer de direction. Après quinze saisons passées à la tête de la maison du Bade-Wurtemberg, l’intendant Klaus Zehelein s’en va poser ses baguages à Munich pour prendre la conduite de l’Académie Bavaroise de Théâtre « ». En regardant le programme de cette maison, on remarque rapidement à travers le nom des metteurs en scènes, nous sommes dans un des haut lieux du Regietheater germanophone ! Pourtant, le public local, assez décontracté, est d’une fidélité totale à son institution et le choix des metteurs en scène était validé et salué par les tutelles politiques. Ce travail s’attira les faveurs de nos collègues allemands et ce théâtre s’est vu remette à de nombreuses reprises le titre d’» Opéra de l’Année » par le magazine Opernwelt tandis que le directeur musical recevait celui de « chef d’orchestre de l’année ».

Pour prendre la mesure du niveau d’une maison d’opéra, rien ne vaut une reprise du répertoire. À ce titre là, cette production d’Otello créée en janvier 2005 comblait, à une exception près, le public le plus exigeant. Comme encore de très nombreux théâtres allemands, l’Opéra de Stuttgart possède une troupe de chanteurs qui alternent les différents rôles aux côtés de solistes plus prestigieux invités pour certaines productions. Souvent convié à se produire sur cette scène le ténor est un Otello très décevant. Si on peut lui reconnaître un timbre cuivré assez intéressant, ce chanteur est complètement égaré dans la tessiture impitoyable du Maure. Son arrivée au premier acte s’avère complètement ratée, la conduite du chant déraille plus d’une fois et la voix ne passe pas l’orchestre. Les actes III et IV seront mieux venus, le musicien y faisant preuve d’une certaine finesse. Membre de la troupe du Staatsoper, la soprano ne fait qu’une bouchée du rôle de Desdemona : la technique est irréprochable, le timbre magnifique et l’engagement dramatique total. Marco Vratogna manque un peu de legato dans son chant, mais il campe un très intéressant Iago, qui monte en puissance au fil de la représentation. Fortement acclamé par le public, le jeune Johann Weigel, s’affirme comme un ténor de grand talent. Il n’a pas vraiment les couleurs requises pour le répertoire italien, mais sa technique, son beau timbre et son indéniable charisme servent son personnage. Le reste de la distribution est d’un très haut niveau, même le Lodovico du bien peu verdien Roland Bracht.

Le gros point fort de ce spectacle résidait dans la direction quasiment miraculeuse du jeune chef italien . Ce musicien est de la trempe des plus grands maestri italiens, il galvanise un orchestre du Staatsoper de Stuggart vif, saillant et tranchant. La première scène, impressionnante d’impact et de tension, fige le spectateur. Mais Luisotti, n’est pas une machine à décibels, il sait tirer de l’orchestre les plus fines nuances pour nous gratifier de merveilleux passages dans les deux derniers actes. Emporté par une telle direction, le chœur local témoigne d’une projection et d’une homogénéité digne d’éloges.

La mise en scène de fonctionne bien. On saura gré au scénographe de débarrasser l’œuvre de son fatras de fonds de teint dégoulinants, même au prix d’une certaine tentation d’enfoncer les portes ouvertes. L’action se déroule dans un décor unique qui semble symboliser une sorte de quai de gare en travaux. Les costumes sont résolument modernes avec des Jeans Versace, des mallettes à ordinateurs portables et des chemises à manches courtes ! Pourtant, Kušej se montre, comme à son habitude, d’une démonstrative virtuosité dans sa gestion du jeu des acteurs et il explore certaines relations ambiguës comme celles entre Otello et Iago et entre Iago et Emilia. Selon Kusej, le sens même de l’œuvre est soumis à un questionnement. À la fin de la partition, Desdemona et Otello, morts, se lèvent et quittent la scène. Pièce tragique, tragi-comédie contemporaine, série TV ? L’esprit du spectateur reste marqué par le doute.

Crédit photographique : © A. T. Schaefer

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Stuttgart, Staatsoper, 29-VII-2006. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Otello, drame lyrique en quatre actes, livret d’Arigo Boito. Mise en scène : Martin Kušej ; décors : Martin Zehetgruber ; costumes : Heide Kastler ; lumières : Reinhard Traub. Avec : Gabriel Sadé, Otello ; Eva-Maria Westbroek, Desdemonna ; Marco Vratogna, Iago ; Maria Theresa Ullrich, Emilia ; Johan Weigel, Cassio ; Daniel Ohlmann, Rodrigo ; Roland Bracht, Lodovico ; Mark Munkittrick, Montano ; Christoph Sökler, un héraut. Chœur et chœur d’enfants du Staatsoper de Stuttgart, direction : Michael Alber ; Staatsorchester Stuttgart, direction : Nicola Luisotti

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