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Festival Berlioz 2006 Vol III : Grandiose et époustouflant

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La Côte Saint André. Château Louis XI. 26 VIII 2006. Hector Berlioz (1803-1869) : Carnaval Romain, ouverture ; La mort de Cléopâtre ; Chasse Royale et Orage ; Symphonie fantastique. Béatrice Uria-Monzon, mezzo. Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire, direction : Laurent Campellone

Ouverture franche et nette, une incroyable maîtrise des doubles forte, une très grande lisibilité des accords et une facile appréhension des pupitres, quelques relatives anicroches des trompettes et des altos un peu poussifs, un jeu entre pupitres un rien décousu et décidément une nette puissance dans les graves, posés avec un aplomb inébranlable, voilà ce qui aurait pu ressortir de ce concert. Un ensemble très correct pour une interprétation agréable et classique quoiqu’un peu forcée sur les accents. Beaucoup de vigueur, à l’image de son chef, une partition bien interprétée avec brio, bref, de quoi satisfaire le public mélomane et averti du Festival pour une très agréable soirée, c’est en quelques mots ce qu’avec de légères enluminures littéraires nous aurions pu retranscrire de cette soirée.

Oui mais … Mais il y a eu la Symphonie Fantastique et pour une fois c’est l’interprétation finale qui donne la clef de lecture de tout le concert. Un programme exclusivement Berlioz. Un Berlioz savamment choisi et représentatif de l’ensemble de son œuvre musicale quant aux extraits et de son œuvre de théoricien quant à l’interprétation. L’exécution choisie par brille par le courage d’un tel choix, la justesse de ce choix et l’intelligence avec lequel il a su amener le public à recevoir ce choix d’une nouveauté radicale, tranchant avec les plus grandes interprétations. Un courage que son jeune âge ne fait que rehausser. Déjà les premières mesures du Carnaval Romain nous font pénétrer dans un univers de force et de puissance, avec des accentuations venant légèrement, mais réellement contrarier la mélodie. L’incroyable netteté des instrumentistes répondant à la perfection aux injonctions du chef nous habitue peu à peu à l’aspect tranchant de l’éclat des différents tutti. A l’inverse et comme pour mieux faire ressortir l’apport des accentuations et l’importance de l’amplitude extrême des nuances, la mort de Cléopâtre fait la part belle à la magnifique Béatrice-Uria Monzon. La puissance de sa voix s’équilibre parfaitement avec l’orchestre, allant même jusqu’à le dominer quand la partition l’exige. Ensemble ils font monter des profondeurs la puissance de l’angoisse et du drame de cette mort inéluctable. Issu de plus profond d’un pupitre de basses alliant légèreté, puissance et vie (non sans quelques lourdeurs parfois), les crescendo extrêmement bien construits nous portent vers fortissimo d’une netteté sans accrocs, incontestablement berliozien pour culminer dans un final rien moins qu’époustouflant de puissance équilibrée.

Il est réellement dommage que les nuances intermédiaires soient moins précises et habitées. Chasse Royale et Orage, extrait des Troyens, nous fait franchir un pas supplémentaire. Berlioz qui insistait sur la place et l’importance des percussionnistes, loin d’être désavoué est peut être, au contraire rétabli, à une époque où il est de bon ton de minimiser les accents marqués, considérés comme lourds et patauds. On ne peut pas ne pas saluer les contrebasses, les timbales et la grosse caisse, les trombones, les cors et trompettes, époustouflants de force, de netteté, de clarté, de rigueur et de précision. Culminant dans un forte qui aurait été impossible dans une salle fermée, le final n’est jamais cuivré ou désagréablement insupportable. Il est là, présent, imposant, avec une réelle identité propre. Il n’est pas le simple passage obligé de la fin un peu plus enlevée. Mais tout cela n’est finalement qu’un prétexte pour la Fantastique qui arrive. Toutes les qualités rencontrées jusque là se retrouvent dès l’ouverture de Rêveries et Passions. Mais très honnêtement, on peine à reconnaître l’œuvre pourtant si connue. Une impression trop rapide, inachevée, toujours marcato, jouant sans cesse contre la ligne mélodique qui jamais ne prends vraiment le dessus sur des accords toujours plus présents qui s’imposent de façon quasi rigide. Pourtant…Pourtant ne fait qu’interpréter cette œuvre majeure, comme il a interprété les autres. Il ne fait que forcer les traits de sa logique jusqu’aux limites du possible. Et s’il avait raison ? En se replongeant dans les divers écrits de Berlioz on ne peut que constater qu’une part de sa nouveauté qui déstabilisa tant son époque repose sur ce volume sonore et ses accentuations, sur le jeu et la place des accentuations soutenues par des cuivres et percussions renforcées. Il n’est qu’à étudier d’un peu plus près les caricatures de Berlioz à l’époque pour s’en convaincre. En plein romantisme, alors que la ligne mélodique fait son grand retour, il vient la briser par la mise en exergue des accords harmoniques qui finalement le caractérisent en partie. Alors Campellone qui empêche la si célèbre mélodie de « Rêveries » de s’imposer n’est-il pas plus proche de la réalité de ce rêveur emprunt d’opium qui tente de s’envoler sur les ailes du rêve, mais est incessamment rappelé à la réalité pour venir s’écraser lourdement à terre, comme la mélodie contre ces accords toujours plus puissants et présents.

Il fallait en tout cas énormément de courage au jeune chef pour imposer contre toute attente et contre tous les canons actuels, une version de la Fantastique qui pourrait bien avoir retrouvé de véritables accents berlioziens. Comme le déplore son chef, il est dommage que ce soit l’unique représentation. A moins que des producteurs aient à leur tour un tel courage…

Crédit photographique : © CNIPAL Marseille

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La Côte Saint André. Château Louis XI. 26 VIII 2006. Hector Berlioz (1803-1869) : Carnaval Romain, ouverture ; La mort de Cléopâtre ; Chasse Royale et Orage ; Symphonie fantastique. Béatrice Uria-Monzon, mezzo. Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire, direction : Laurent Campellone

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