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Paris. Maison de la Radio, salle Olivier-Messiaen. 24-IX-06. Musiques de l’Age d’Or et du Moyen-âge arménien (Ve au XIVe siècles). Ensemble Ochaghan, arrangements, kemani solo et direction : Grigor Arakelyan.

Année de l’Arménie en France

Curieux voyage musical que celui-là, qui nous transporte au cœur d’un peuple qui ne fut réellement souverain que très récemment. Du Ve au XIVe siècle, l’Arménie fut partagée au fil des invasions entre les perses sassanides, les arabes, les mongols et les turcs ottomans. Cela n’a pas empêché l’émergence d’une culture propre, entretenue par un alphabet particulier établi par Mesrop Machtots (entre 400 et 430) et la religion Grégorienne (l’Eglise Arménienne s’est définitivement séparée de Rome en 552). Dès le Ve siècle le répertoire religieux s’enrichit de charakans (hymnes) écrits en notation neumatique et chantés exclusivement a capella et à l’unisson (bien sûr uniquement par des hommes).

La tradition s’est perpétuée jusqu’à la fin du Moyen-âge, mêlant dans les chants sacrés des thèmes populaires (à l’instar des innombrables messes sur l’Homme armé en Europe occidentale). Ce répertoire oublié, fugitivement ressuscité au début du XXe siècle par qui en fit une harmonisation à quatre voix sous le titre de Divine Liturgie, a été remis au goût du jour par Grigor Arakelyan et son ensemble Ochaghan, créé en 2004. Des mélodies originales, polaires comme sacrées, Arakelyan les harmonise pour huit chanteurs et les arrange pour quatre instruments (serin’g, flûte oblique ; duduk, hautbois-musette ; kanon, cithare et kemani, sorte de viole de gambe).

Ce qui frappe l’auditeur sur ces versions « modernes » (mais toujours respectueuses) de chants anciens est leur évidente parenté avec la musique d’Europe centrale revue et corrigée sous les doigts de Kodaly, Bartok ou Ligeti. L’utilisation du double tétracorde (l’octœchos cher à la liturgie byzantine) et les cadences finales à la tierce de la tonique de départ sont la preuve que durant des siècles, Orient et Occident n’ont cessé de communiquer et d’échanger. Impossible de ne pas trouver un écho de la Mitteleuropa dans ces mesures à 5 temps, ni une influence arabe ou juive dans l’utilisation parcimonieuse des quarts de tons dans certaines vocalises.

L’ensemble Ochaghan défend avec vigueur cette musique unique aux frontières abolies. La finesse des arrangements de Grigor Arakelyan est rendue par ses troupes avec un soin méticuleux du détail et de la couleur, sachant alterner les moments de recueil dans les extraits liturgiques (Ahegh Dzayn [la Voix terrible], dont un excellent solo du baryton Seyran Avagyan) avec la verve populaire propre aux diverses chansons à danser qui émaillent le programme.

L’année de l’Arménie en France semble musicalement s’annoncer sous les meilleurs augures, surtout portée par un ensemble dont le message va au-delà de particularismes culturels d’un peuple ou d’une diaspora.

Crédit photographique : © Roger Piranian productions

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