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Paris. Cité de la Musique. 21-IX-2006. Joseph Haydn (1732-1809) : symphonies n°93, 95 et 96. Orchestra of the Age of Enlightenment, direction : Frans Brüggen.

Cycle « Londres » à la Cité de la Musique

Ce concert faisait partie du cycle « Londres » organisé par la Cité de la musique du 20 septembre au 7 octobre 2006. Il faut saluer ce genre d’initiative portant sur une thématique très riche, composée de 12 concerts et de colloques réunissant les meilleurs spécialistes, permettant à l’amateur qui le souhaite d’aborder une question dans son ensemble et sous tous ses aspects. En l’espèce, il s’agissait de Londres ville de Purcell, de Britten, un peu ville de Haydn, on y reviendra, mais aussi l’un des berceaux de la pop et des Beatles.

Londres, un peu ville de Haydn, car de ses deux séjours dans cette ville, de 1791 à 1795, résultent de nombreuses œuvres majeures, mais en particulier, ses 12 dernières symphonies, dites « Londoniennes » et à un degré moindre, l’oratorio la Création, que l’on peut considérer comme un chef d’œuvre absolu de l’histoire de la musique.

La venue de Haydn à Londres était espérée depuis longtemps, du fait de sa célébrité européenne. Elle fut enfin rendue possible par la mort, en 1790, de son employeur Nicolas le Magnifique, Prince Esterhazy. La proposition de l’imprésario JP Salomon était fort alléchante au plan artistique et financier. Ces deux séjours furent des triomphes artistiques suivant 30 ans de demi-solitude, avec concerts payants dans de grandes salles, réceptions et distinctions au plus haut niveau, et gains financiers énormes. Les 12 symphonies londoniennes comptent par leur splendeur orchestrale, leur diversité, leur puissance expressive comme une musique moderne pour l’époque. On a là de multiples qualités et centres d’intérêt musicaux : virtuosité de l’écriture orchestrale, profondeur, liberté, esprit d’aventure, le tout dans une grande cohérence.

Ces qualités caractérisent le corpus des 104 symphonies de Haydn. En les écoutant toutes, ce qui est rendu possible par de nombreuses versions CD excellentes et au moins 2 intégrales, excellentes elles aussi, de Antal Dorati et de Adam Fischer, et ce qui n’est en rien fastidieux, on se rend compte que chacune a sa particularité, son aventure propre, son excentricité, sa dose d’humour ou de sublime, bref que chacune est en soi une petite aventure musicale. Une conséquence en est l’abondance de surnoms, provenant le plus souvent d’éditeurs et évoquant telle ou telle particularité : « Le Philosophe, Hornisignal, Le Feu, L’ours, Les Adieux, La Reine, Roulement de Timbales, La Surprise »…

C’est dire que cette intégrale des symphonies londoniennes à la Cité de la Musique était et est une occasion à ne pas rater pour pénétrer un univers musical dont bien des aspects méritent mieux qu’un détour. 2 concerts la semaine dernière, 102, 103 et 14, puis 93, 94 et 96, par l’ dirigé par , 2 concerts ce week-end, 94, 97 et 98, puis 99, 100 et 101 par les musiciens du Louvre-Grenoble, dirigés par Marc Minkowski.

C’est du 2ème concert qu’il est question ici. Il présentait les Symphonies 93 en ré majeur, 95 en ut mineur et 96 en ré majeur « le Miracle ». Les œuvres ont bien entendu tenu toutes leurs promesses, mais il faut bien parler de légère déception à propos de ce que nous en a donné et ses musiciens. Il est ici question du parti pris instruments anciens, absence de vibrato aux cordes. Bien sûr, les sonorités sont d’une extrême qualité et d’un grand raffinement, mais on souhaiterait dans cette musique plus d’ampleur et de dynamique, plus de puissance, voire plus d’engagement musical dans les phrasés. Nous avons beaucoup de contrastes sonores, parfois brutaux, avec même des cuivres tonitruants qui dominent les cordes, et donc pas cette chaleur humaine qui caractérise Haydn et qu’il est tellement bon d’avoir en contrepoint de son humour parfois irrésistible. On en prendra pour exemple le largo cantabile de la 93 dont la mélodie principale est toute en suspension, crée une atmosphère d’attente, plusieurs fois ponctuée par des passages orchestraux modulants, et qui se termine par une cadence poétique avec timbales, flûtes se perdant dans le silence et brutalement interrompue par un très incongru coup de basson fortissimo dans le grave. Quel dommage que ce mouvement ait été pris trop rapidement, atténuant ainsi gravement cette atmosphère essentielle de suspension et l’effet conclusif très humoristique de basson. ; mais il faut « oser » le faire !!! Pour autre exemple, on prendra cette insuffisance sonore et de timbre des cordes par rapport aux cuivres, en nombre insuffisant ; ces symphonies ont été composées pour de grandes salles et un grand orchestre, qui dépasse largement ce qu’on appelle maintenant « l’orchestre Mozart » ; nous n’avions pas la pâte sonore requise par ces œuvres et donc une expression musicale un peu amputée par rapport à ce que ces partitions requièrent. Mais à coté de ces quelques réticences, que de beaux et grands moments, dus autant à la musique qu’aux musiciens qui nous ravirent au point de nous proposer le finale de la 96 en bis, 2ème fois encore plus enlevée et dynamique que la 1ère, et parfait exemple de ce que sait faire Haydn avec un matériau musical réduit au minimum.

En définitive une très bonne soirée qui en annonce d’autres bien belles avec le reste de ces symphonies londoniennes proposées ce prochain week-end par Marc Minkowski.

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Paris. Cité de la Musique. 21-IX-2006. Joseph Haydn (1732-1809) : symphonies n°93, 95 et 96. Orchestra of the Age of Enlightenment, direction : Frans Brüggen.

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