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Mozart et Kenneth Branagh œuvrent pour la paix dans le monde

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) La Flûte Enchantée, opéra en deux actes sur un livret original de Emanuel Schikaneder, adapté en anglais par Stephen Fry. Réalisation : Kenneth Branagh. Distribution les films du losange, une production Idéale Audience pour la Fondation Peter Moores. Avec : Joseph Kaiser, Tamino ; Amy Carson, Pamina ; Benjamin Jay Davis, Papageno ; Lyubov Petrova, la Reine de le nuit ; René Pape, Sarastro ; Tom Randle, Monostatos ; Silvia Moi, Papagena jeune ; Liz Smith, Papagena âgée ; Teuta Koço, Louise Callinan, Kim-Marie Woodhouse, les trois dames ; William Dutton, Luke Lampard, Jamie Manton, les trois garçons ; Rodney Clarke, Charne Rochford, les deux officiers. Chœur Apollo Voices, Chamber Orchestra of Europe, direction : James Conlon.

 

Délaissant pour une fois les adaptations de son dramaturge fétiche, s’attaque au chef-d’œuvre de Mozart, La Flûte Enchantée. On savait le réalisateur soucieux du rythme et de la mélodie dégagés par les vers de Shakespeare, notamment depuis son époustouflant numéro de claquettes dans Peines d’amour perdues, il confirme cette fois son affinité avec la musique en général, en concoctant un film-opéra à la fois original, captivant, et respectueux de l’œuvre.

On s’en rend compte dès une brillante ouverture, dans laquelle des avions évoluent en plein ciel, tandis que l’on découvre petit à petit des soldats terrés au fond des tranchées. Car l’action a été resituée pendant la guerre de 14-18, plus ou moins stylisée. Tamino est un poilu, Papageno le soldat qui s’occupe des pigeons voyageurs et des canaris utilisés pour détecter la présence de gaz dans les tranchées, Sarastro un officier désabusé de « l’autre bord » qui recueille dans son château bombardé les blessés et les populations déplacées. Nous n’en dirons pas plus, car l’un des intérêts majeurs de ce film consiste à se demander comment va se dépatouiller de la scène des épreuves dans un tel contexte, Tamino paraissant souvent bien mal embarqué dans des situations belliqueuses contraires au message pacifique de Mozart et Schikaneder ! Mais tout fonctionne à merveille, et le réalisateur délivre un message cohérent, un discours de paix, de monde sauvé par l’amour de deux jeunes gens. Un peu simpliste, réducteur des intentions plus universelles de Mozart que la modeste fin d’une guerre ? Peut-être. Mais les propos les plus limpides et les plus généreux sont toujours bons à entendre, le spectateur marche à fond, et sort du cinéma la joie au cœur et l’âme emplie de bons sentiments !

Qui connaît l’univers de Kenneth Branagh retrouvera sans peine l’ambiance de ses précédents films, voire ses tics : la jeunesse et la joie de Beaucoup de bruit pour rien, la fin de Peines d’amours perdues, la grandiloquence de Hamlet…grandiloquence qui, dans certaines scènes, confine au kitsch le plus revendiqué. On aime ou on n’aime pas…

Pour l’occasion, le livret a été traduit en anglais et actualisé par Stephen Fry, comédien, auteur et metteur en scène. C’est fou ce qu’un simple petit mot changé par-ci par-là parvient à moderniser l’action, à la situer dans un contexte différent ! Cette révision est très réussie : les dialogues parlés sont réduits au strict minimum, le film durant malgré tout 2 heures 18, et parviennent tout à fait à rendre l’intrigue compréhensible, même au néophyte. La musique est quant à elle parfaitement respectée, non seulement il n’en manque pas une note, mais la prosodie est soignée, et se place naturellement sur la partition mozartienne.

Il ne s’agit pas d’une version enregistrée plaquée sur des gestes d’acteurs, ce sont les chanteurs que l’on voit à l’écran, et bonheur, ils ont tous le physique de l’emploi, et jouent à la perfection ! Ce sont aussi, pour l’essentiel, d’excellents chanteurs, contrairement au film d’Ingmar Bergman, handicapé par les prestations vocales.

On retiendra ainsi un Tamino (, lauréat d’Operalia 2005) au timbre viril, à la gueule d’ange et à la remarquable implication physique, un amusant et sonore Papageno (Benjamin Jay Davis), une bonne Reine de la nuit (Lyubov Petrova) terrifiante au plan scénique, vocalisant bien, mais un peu trop mollement pour ce rôle, un Monostatos () qui parvient à rendre son personnage émouvant, une pétillante Papagena (Silvia Moi) et surtout un fantastique Sarastro (). Non seulement la voix est splendide, bien timbrée, abyssale, mais le personnage est fort, marquant, omniprésent, d’autant plus qu’il tient également à cette occasion la partie du Sprecher. Déception en revanche du coté de Pamina (Amy Carson), à la voix un peu bringuebalante, toujours sur le fil de la justesse, et moins glamour que son amoureux n’est joli garçon. Citons pour terminer les trois dames (Teuta Koço, Louise Callinan, Kim-Marie Woodhouse) qui ne méritent que des éloges, les trois garçons (William Dutton, Luke Lampard, Jamie Manton) qui, une fois n’est pas coutume, chantent juste et d’une voix pas trop blanche, et les excellents officiers de Rodney Clarke et Charne Rochford. Les chœurs Appolo voices sont bien en situation et parfaitement intégrés à l’action, le , sous la direction de (qui nous gratifie d’une figuration en officier) sonnant un peu mou.

Sortie officielle le 13 décembre 2006. A ne manquer sous aucun prétexte !

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) La Flûte Enchantée, opéra en deux actes sur un livret original de Emanuel Schikaneder, adapté en anglais par Stephen Fry. Réalisation : Kenneth Branagh. Distribution les films du losange, une production Idéale Audience pour la Fondation Peter Moores. Avec : Joseph Kaiser, Tamino ; Amy Carson, Pamina ; Benjamin Jay Davis, Papageno ; Lyubov Petrova, la Reine de le nuit ; René Pape, Sarastro ; Tom Randle, Monostatos ; Silvia Moi, Papagena jeune ; Liz Smith, Papagena âgée ; Teuta Koço, Louise Callinan, Kim-Marie Woodhouse, les trois dames ; William Dutton, Luke Lampard, Jamie Manton, les trois garçons ; Rodney Clarke, Charne Rochford, les deux officiers. Chœur Apollo Voices, Chamber Orchestra of Europe, direction : James Conlon.

 
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