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Rostro dirige Chosta avec l’Orchestre de Paris

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Paris. Salle Pleyel. 22-XI-2006. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°10 en mi mineur op. 93  ; Concerto pour piano trompette et cordes en ut mineur op. 35 ; Cinq entractes tirés de Lady Macbeth de Mzensk op. 29. Cédric Tiberghien, piano ; Frédéric Mellardi, trompette ; Orchestre de Paris, direction : Mstislav Rostropovitch.

A la tête de l’, revenait sur la scène de Pleyel pour deux concerts les 22 et 23 novembre, dans un deuxième programme Chostakovitch (lire le compte-rendu du 15 novembre) – et non des moindres – affichant la Symphonie n°10, le Concerto n°1 pour piano et trompette et les cinq interludes de son opéra Lady Macbeth de Mzensk regroupés sous forme de suite par lui-même en juin 1935 avant la terrible condamnation de Staline qui allait foudroyer le compositeur russe désormais considéré par le Parti comme « ennemi du peuple ».

La Symphonie n°10 en mi mineur qui débutait le concert voit le jour en 1953, quatre mois après la mort de Staline. Chostakovitch, démis de ses fonctions de professeur depuis 1948, n’a retrouvé depuis ni l’élan ni l’occasion d’écrire pour la grande forme symphonique se limitant à des commandes alimentaires – le Chant des forêts en 1949 pour glorifier la politique de reboisement stalinienne – qui lui permettaient « de retrouver la voie qui le mènerait au cœur du peuple ». La dixième symphonie naît donc sous le signe de la détente, ouvrant de nouvelles perspectives au compositeur qui, pour la première fois dans l’orchestre, s’exprime à la première personne en faisant apparaître le motif DSCH formé sur les initiales de son nom.

Chantant « dans son arbre généalogique », dont on sent le rapport presque charnel à la partition, fait passer dans l’orchestre un souffle puissant, donnant à cette musique oppressante, foncièrement pessimiste et obsessionnellement répétitive sa dimension humaine et son envergure tragique. Cohérente jusqu’à la dernière note, sa direction sans faiblesse fait surgir de l’orchestre des couleurs étonnantes – celle des bois, somptueuse dans l’écriture chostakovienne – et obtient une homogénéité rare du pupitre des cordes à travers lequel passe toute la charge émotive.

Tout aussi saisissante, la deuxième partie du concert débutait par le Concerto pour piano et trompette « obligée » défendu de main – et de doigts – de maître par et . Œuvre d’un tout jeune compositeur – Chostakovitch n’a que vingt six ans – elle oscille entre l’effronterie d’un Poulenc, l’énergie d’un Prokofiev et la virtuosité débridée d’un Ravel. Avec une solidité de jeu et une palette de couleurs éclatantes, Cédric Thiberghien s’engage sans retenue dans cette bourrasque sonore, négociant avec beaucoup d’humour et de brio toutes les facéties de l’écriture.

Grand défenseur de l’opéra Lady Macbeth de Mzensk qu’il a souvent dirigé, Mstislav Rostropovitch terminait le concert avec la suite d’orchestre des cinq entractes de cet ouvrage dramatique, « cinq îlots se rapportant à des sensations particulières à des moments donnés de l’opéra, qui offrent un éventail assez juste de son climat » précise-t-il. Si ces pages sont loin de rendre compte de la force dramatique de l’ouvrage, elles ont sonné, sous la direction habitée du maître Rostropovitch, avec une plénitude et une opulence des timbres qui laissaient là encore apprécier les qualités de l’ galvanisé ce soir par la présence, à sa tête, de cet immense artiste à qui le public de Pleyel rendait un hommage chaleureux par des salves d’applaudissements très enthousiastes.

Crédit photographique : © Festival Van Vlaanderen 2004

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Paris. Salle Pleyel. 22-XI-2006. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°10 en mi mineur op. 93  ; Concerto pour piano trompette et cordes en ut mineur op. 35 ; Cinq entractes tirés de Lady Macbeth de Mzensk op. 29. Cédric Tiberghien, piano ; Frédéric Mellardi, trompette ; Orchestre de Paris, direction : Mstislav Rostropovitch.

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