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Paris, Salle Pleyel. 07-XII-2006. Robert Schumann (1810-1856) : Scènes de Faust. Annick Massis, Cassandre Berthon, sopranos ; Yvonne Naef, Elsa Maurus, mezzo-sopranos ; Jing Yiang, alto ; John Mark Ainsley, ténor ; Matthias Gœrne, Alan Held, barytons ; Michail Schelomianski, basse. Maîtrise de Paris (chef de chœur : Patrick Marco) ; Chœur de l’Orchestre de Paris (chefs de chœurs : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain) ; Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach.

Enfin un oratorio de Schumann donné en concert dans cette année de cent-cinquantenaire. Et pas n’importe lequel : Scènes de Faust est l’œuvre la plus complexe et la plus longue de son auteur, à mi-chemin entre l’opéra et la cantate, dont la gestation s’étale sur près de dix ans. Composé à rebours, Scènes de Faust commence sur une tortueuse première partie dans laquelle est exclue le pacte de Faust avec Méphistophélès.

Le « rideau » s’ouvre sur la scène de séduction de Marguerite par Faust, puis ont saute gaiement à l’attente désespérée de Marguerite, une fois abandonnée (mais sans la romance du Roi de Thulé), et à la scène de l’Eglise, où, venant prier, elle se fait harceler par Méphisto. Puis on passe directement à l’évocation de la Nature par Ariel, à la scène symbolique de Faust aveuglé par le Souci, et à sa mort. Ainsi est expédié le Premier Faust par une série de tableaux lapidaires dans lesquels se retrouvent les poncifs de l’esthétique romantique.

Composées à la fin de sa vie, ces deux premières parties de l’oratorio sont typiques du style tardif et décousu de Schumann, alternant passages magnifiques et errances musicales dont on ne pressent pas l’aboutissement. Comme à l’accoutumée, n’homogénéise pas le propos déjà bien hétéroclite de cette partition et nous livre en une heure trente le meilleur comme le pire. L’évocation d’Ariel avec ses accords diaphanes de harpes et ses ponctuations de bois sonne lourdement, , plus habituée aux rôles de soprano colorature n’est pas à l’aise dans la tessiture centrale de Gretchen et manifeste quelques difficultés avec la langue de Gœthe. Curieuse idée aussi que de faire chanter nasalement la Maîtrise de Paris dans leur incarnation des Lémures, ces êtres qui creusent la tombe de Faust.

Le Chœur de l’, fort sollicité, n’entre qu’après une longue attente, donc « à froid », dans la scène de l’Eglise, et a bien du mal à donner l’impression de terreur suscitée par le texte du Dies Irae tandis que Marguerite tente d’échapper au Diable. En revanche les trois interprètes masculins (Matthias Gœrne – Faust, – Méphisto et – Ariel) ainsi qu’ (le Souci) se jouent des difficultés de leurs longues arias, dans une écriture vocale qui rappelle tout à la fois Mozart et Beethoven et qui annonce Wagner.

La troisième partie (la Transfiguration de Faust) n’attire que des éloges. Mise en musique de sept sections du Second Faust (parabole finale de l’œuvre qui a pris plus de 60 ans à Gœthe pour la mener à bien) cette fin allégorique glorifiant l’Eternel Féminin a eu bien du mal à trouver preneur chez les compositeurs romantiques. Gounod et Berlioz en leurs temps l’ont soigneusement évitée, seul Schumann s’y est risqué, suivi ensuite par Liszt (Faust-Symphonie, dont le dernier mouvement reprend le chœur final « Alles vergänglische ») et bien sûr par Mahler (Symphonie n°8). Plus dense et équilibrée que les deux parties précédentes, plus homogène aussi, elle supporte mieux sa place au concert par ses vastes pages chorales. Schumann emploie force de figuralisme pour personnifier les trois Pater (Extacticus, Seraphicus et Profundus), les cinq allégories féminines (Mater Dolorosa, Magna Peccatrix, Mulier Samaritana, Pœnitentia/Gretchen et Mater Gloriosa) et les cohortes d’anges, d’enfants et de pénitentes qui accueillent l’âme de Faust. L’ensemble des interprètes est aussi plus à l’aise dans cette vaste partie finale, à commencer par , à qui l’écriture éthérée et les vastes tenues du rôle de la Pénitente lui conviennent mieux. Matthias Gœrne est à n’en pas douter un Doctor Marianus d’exception, grand maître d’œuvre de l’arrivée de Faust au Paradis. dirige cette vaste masse avec l’emphase nécessaire, sans tomber dans la grandiloquence ou le vulgaire, et l’ensemble des chœurs sollicités ne défaille pas un instant.

L’année Schumann se termine dignement. Les autres grands oratorios (Der Rose Pilgerfahrt et Das Paradis und die Peri) ainsi que son unique opéra (Genoveva) n’ont pas vu le jour cette saison sur les scènes parisiennes, mais célébrer ce compositeur sans les Scènes de Faust, c’est un peu comme glorifier Mozart en oubliant sa Flûte enchantée.

Crédit photographique : © Orchestre de Paris

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Paris, Salle Pleyel. 07-XII-2006. Robert Schumann (1810-1856) : Scènes de Faust. Annick Massis, Cassandre Berthon, sopranos ; Yvonne Naef, Elsa Maurus, mezzo-sopranos ; Jing Yiang, alto ; John Mark Ainsley, ténor ; Matthias Gœrne, Alan Held, barytons ; Michail Schelomianski, basse. Maîtrise de Paris (chef de chœur : Patrick Marco) ; Chœur de l’Orchestre de Paris (chefs de chœurs : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain) ; Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach.

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