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Lointaines et subtiles correspondances

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Paris. Musée d’Orsay 15-XII-2006. Claude Debussy (1862-1918) / Benno Sachs (1868-1939) : Prélude à l’après-midi d’un faune ; Claude Debussy / Michaël Levinas (né en 1949) : La romance d’Ariel ; Maurice Ravel (1875-1937) : Trois poèmes de Stéphane Mallarmé ; Hugo Wolf / Gérard Grisey (1946-1998) : Wolf Lieder ; Jonathan Harvey (né en 1939) : One Evening…pour soprano mezzo soprano, huit musiciens, trois techniciens et électronique. Kasuko Matsumoto, soprano ; Katalin Karolyi, mezzo-soprano ; Ensemble InterContemporain, direction : Susanna Mälkki.

Cycle Maurice Denis et la musique au Musée d’Orsay

Prolongeant l’exposition Maurice Denis qui se tient actuellement au Musée d’Orsay, l’Auditorium de ce même Musée recevait le vendredi 15 décembre en soirée l’ dirigé par son chef dans un programme où l’esthétique française du siècle dernier allait dominer même si la deuxième partie du concert donnait à entendre One Evening…, une œuvre du compositeur anglais, mais néanmoins familier de la scène parisienne, .

Est-ce le goût pour les défis qui mit sur le pupitre des solistes de l’InterContemporain cet arrangement – très risqué dans une acoustique aussi sèche que celle de l’auditorium – du Prélude à l’après midi d’un faune de Debussy réalisé pour onze instruments par Benno Sachs – un élève de Schœnberg – répondant à la demande de la société d’exécutions musicales privées fondée en 1918 par Schœnberg ? Si la flûte ondoyante d’Emmanuelle Ophèle ne manquait ni de charme ni de sensualité, l’habillage instrumental – avec un piano, deux violons, un violoncelle et quelques vents – ne restituait que le fantôme squelettique d’un Faune qui manquait cruellement de « toute la lumière qui soufflera Debussy ». On goûtera davantage dans cette atmosphère un peu froide de l’auditorium l’épure ravélienne des Trois poèmes de Stéphane Mallarmé ; Ravel semble ici prolonger l’aventure du Pierrot lunaire de Schœnberg qu’il vient d’entendre en écrivant ces trois pièces pour voix et neuf instruments dans un dépouillement où le mot mallarméen sonne souvent à nu. C’est cette mise en valeur du mot qui manquait malheureusement dans l’interprétation de la soprano Kasuko Matsumoto qui avait rejoint l’ pour ces trois mélodies de Ravel. Elle chantait avec plus de bonheur la Romance d’Ariel, une mélodie de jeunesse de Debussy à laquelle Michael Levinas, répondant à l’appel « de ce délicat Ariel », apporte ses couleurs instrumentales pour tendre vers l’extraordinaire sensibilité du verbe de Paul Bourget.

La première partie du concert se terminait dans les couleurs sombres de Wolf Lieder, quatre Lieder d’ sur des poèmes d’Eduard Mörike et Paul Heyse transcrits par pour voix de mezzo soprano et petit ensemble instrumental ; face aux belles trouvailles sonores de Grisey, la voix certes chaleureuse de Katalin Karolyi était un peu en retrait pour défendre une poésie dont on regretta l’absence de la traduction française dans les fiches de programme.

Avec One Evening… de , l’Ensemble Intercontemporain sous la direction très investie de se retrouvait dans un environnement plus familier – dispositif sonore avec retour d’écoute pour chaque interprète – dans lequel l’électronique, selon les propos mêmes du compositeur, donne au son « le pouvoir de voler librement dans l’espace acoustique ». Sur des textes des poètes Han Shan et Radindranath Tagore chantés par les deux voix solistes mises ici en valeur dans leur plein éclat, la musique de Jonathan Harvey, avec ce charme dont on ne saurait détailler précisément les moyens, nous immerge dans une atmosphère poétique et mystique, cet état de conscience Zen « dans lequel le sujet ne pense ou ne sent plus rien » : un cheminement spirituel qui prolonge l’expérience sonore chez Jonathan Harvey tels ces dessins de Maurice Denis illustrant les Fioretti de Saint François d’Assise qui sont présentés en parallèle aux expositions de peintures et de photographies de l’artiste : A voir au Musée d’Orsay jusqu’au 21 janvier.

Sur ResMusica : l’entretien avec Pierre Korzilius, directeur de l’Auditorium du Musée d’Orsay

Crédit photographique : © Tanja Ahola

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Paris. Musée d’Orsay 15-XII-2006. Claude Debussy (1862-1918) / Benno Sachs (1868-1939) : Prélude à l’après-midi d’un faune ; Claude Debussy / Michaël Levinas (né en 1949) : La romance d’Ariel ; Maurice Ravel (1875-1937) : Trois poèmes de Stéphane Mallarmé ; Hugo Wolf / Gérard Grisey (1946-1998) : Wolf Lieder ; Jonathan Harvey (né en 1939) : One Evening…pour soprano mezzo soprano, huit musiciens, trois techniciens et électronique. Kasuko Matsumoto, soprano ; Katalin Karolyi, mezzo-soprano ; Ensemble InterContemporain, direction : Susanna Mälkki.

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