Orientalisme et Belle Epoque

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Dijon, Auditorium. 13-I-2007. Albert Roussel (1869-1937) : Le Festin de l’araignée, suite op. 17 ; Paul Dukas (1865-1935) : la Péri ; Maurice Ravel (1875-1937) : Shéhérazade, ouverture de féerie  ; Shéhérazade, mélodies pour mezzo-soprano et orchestre. Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Matthias Bamert.

Orchestre Philharmonique de Radio-France

Le choix de ce programme répond de toute évidence à une volonté d’unité : unité thématique, qui repose sur une certaine idée de l’Orient, d’une part, et unité chronologique d’autre part, qui d’ailleurs conforte la première. Ces œuvres ont toutes été présentées à Paris entre 1899 (l’ouverture de féerie Shéhérazade) et 1913 (le Festin de l’araignée) ; les mélodies de Ravel datent de 1904 et La Péri de 1912.

L’attrait exercé par l’Orient est nourri par tous les fantasmes européens de cette époque et il est présent dans la littérature depuis Les Orientales de Victor Hugo ; les arts plastiques et la musique n’échappent pas à cette fascination. Serge Diaghilev arrive à point nommé à Paris pour « surfer » sur cette vague. La commande d’un ballet à Paul Dukas est bien révélatrice de l’engouement général pour l’Orient.

De nos jours, le choix d’un programme de concert orientalisant de la Belle Epoque peut sembler à la fois ambitieux et risqué. Il réjouit de prime abord le public, car cette période est un des grands moments de l’histoire de la musique française, mais le danger est peut-être que ce programme ne paraisse ensuite trop monochrome ; il pourra alors être plus ressenti comme le témoignage d’une époque, que l’on écoute d’une oreille de musicologue, que susciter une réelle émotion chez les mélomanes actuels.

A y regarder de prés, le choix des œuvres fait pourtant preuve d’originalité : le ballet le Festin de l’araignée est assez peu joué ; de La Péri on ne connaît que la fanfare précédant le poème, que l’on est quand même déçu de ne pas entendre dans ce programme. Quant à l’ouverture Shéhérazade, elle est tombée dans l’oubli, à juste titre sans doute, car elle supporte difficilement la comparaison avec les œuvres ultérieures. On ne saurait d’ailleurs blâmer Maurice Ravel pour cette œuvre de jeunesse, lui qui a su ensuite être si raffiné dans son écriture d’orchestre, et si délicieusement concis dans son propos.

L’ est tout à fait à l’aise dans l’œuvre de Dukas. L’écriture encore romantique, touffue mais somptueuse par ses sonorités, est bien mise en valeur par le chef d’orchestre , imposant par son palmarès et remarquable par son professionnalisme. Il est toujours impressionnant de voir diriger un orchestre de cette ampleur et ce chef, très précis dans sa gestique, dompte avec efficacité la masse des cordes, entraînée avec brio par son violon solo. Le public a aussi apprécié les interventions des bois, et la belle prestation des cors.

L’orchestre est un peu plus réduit pour le Festin de l’araignée, ce qui met en valeur l’écriture aérée de Roussel et son évocation quelque peu hédoniste de la nature. C’est presque le même ensemble qui accompagne les mélodies de Ravel. Tout a déjà été dit sur la grande mezzo-soprano qu’est . Dans Shéhérazade, elle confirme toutes ses qualités : une présence et une distinction qui s’allient remarquablement avec le texte sensuel de Tristan Klingsor et le commentaire si voluptueux de l’orchestre ; une diction parfaite, une prononciation remarquable ; une souplesse, une grande maîtrise de l’émission vocale ; une musicalité sans défaut qui a enfin apporté ce qu’on espérait depuis le début du concert : une vraie émotion.

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Crédit photographique : © Eric richmond

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