Musique et cinéma

La musique de film se fait une petite place

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« Le Cinéma a ses festivals, ses palmarès, ses rencontres, ses marchés, ses fêtes. Les Salons existent dans tous les domaines, de l’Auto au Chocolat en passant par l’andouillette ou la salle de bains. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’a jamais existé à ce jour de Salon du Cinéma ».

Premier salon du cinéma

« Le Cinéma a ses festivals, ses palmarès, ses rencontres, ses marchés, ses fêtes. Les Salons existent dans tous les domaines, de l’Auto au Chocolat en passant par l’andouillette ou la salle de bains. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’a jamais existé à ce jour de Salon du Cinéma ».

Ainsi le dossier de presse résume-t-il les raisons qui ont poussé Moïse Kissous, Gad Abitbol et Jonathan Bryant à créer le premier Salon du Cinéma, qui s’est déroulé Porte de Versailles du 12 au 14 janvier.

Bien entendu la première réaction de l’amateur de bandes originales que nous sommes fut alors de se demander si la musique, ingrédient essentiel du film, allait avoir toute sa place dans cette manifestation inédite, désireuse de faire découvrir au grand public les coulisses du 7e Art. Très impatient, nous avons aussitôt parcouru avec une grande fébrilité le programme du salon [musique de Psychose], pour en émerger quelques secondes plus tard, avec le sourire béat de l’enfant qui vient de dévorer un chocolat [musique de Charlie et la Chocolaterie]. C’est ainsi que votre envoyé très spécial [musique de James Bond] s’est retrouvé dans le Hall 6 à couvrir l’événement.

1er jour : Patrick Doyle, l’invité surprise du salon

Le premier jour, un peu après 16 heures, dans un bruit assourdissant, le compositeur d’Indochine, A Much Ado About Nothing, Eragon et Harry Potter and The Goblet Of Fire fait discrètement son entrée sur le stand de l’ANPE Culture Spectacle, relégué au fond du forum, dans une indifférence quasi générale. Tant mieux, l’intimité nous permettra de dialoguer sans protocole avec le compositeur britannique, qui n’était pas prévu, et ceux qui l’accompagnent : François Lemporte (Nocturne), Maggy Redford (agent d’artiste), Jean-Marie Arquié (superviseur musical à Film Music Services), Alain Bédier (compositeur) et Bernard Grimaldi (compositeur, président de la FFACE).

Sans surprise, le débat s’est avant tout polarisé sur la carrière de Patrick Doyle. Quelques questions sur la musique qu’il a composée pour sa cinquième collaboration avec Régis Warnier : Pars Vite et Reviens Tard, premier film psychologique du compositeur qui, selon ses propres mots, a choisi d’utiliser ici son art afin de tromper le spectateur en semant de faux indices. Un journaliste l’interroge sur sa brève carrière en tant qu’acteur : la réponse du compositeur est sans ambiguïté, il a toujours voulu faire de la musique. Un inévitable retour en arrière avec Harry Potter 4 : Patrick Doyle a-t-il eu des difficultés à succéder à  ? Le compositeur répond avec humour que ce sont ses enfants qui l’ont convaincu, et qu’il s’est senti privilégié d’être le premier à succéder au maestro. La relation privilégiée qu’entretient Patrick Doyle avec le réalisateur suscite également la curiosité : bon prince, le compositeur consacre le réalisateur comme l’une personnes les plus intelligentes qu’il ait rencontrée.

La table ronde a également discuté des difficultés récurrentes rencontrées par le compositeur : les musiques temporaires utilisées par les monteurs qui contraignent le compositeur, le manque de temps, l’absence de prise de risque aujourd’hui. Bernard Grimaldi nous rappelle à cet égard que dans l’ancien temps les producteurs ne découvraient la musique qu’à l’enregistrement. Patrick Doyle refuse ainsi de faire des démos : résultat, Jerry Bruckheimer ne veut pas travailler avec lui ! Mais ne comptez pas sur les intervenants pour condamner l’» industrialisation » de la musique engagée par la compagnie d’, favori du producteur américain. Bernard Grimaldi loue l’honnêteté du compositeur, qui est le premier à avoir montré qu’il s’entoure alors que le système américain a toujours fonctionné de cette façon. Patrick Doyle enfonce le clou : beaucoup des grands peintres que l’on admire aujourd’hui déléguait la réalisation d’une partie de leur toile…

Pour être compositeur de film, serait-on tenté de se demander, faudrait-il mettre définitivement son ego de côté et privilégier la collaboration à la vision artistique ?

3e jour : La difficulté d’être un compositeur pour le cinéma

Le surlendemain, à 10 heures du matin, dans le cadre des « rencontres métier », organisées en partenariat avec l’ANPE, l’ISC animait une conférence autour du métier de compositeur de film, devant un public très nombreux. La sublime Hélène Blazy, Serge Perathoner et Yves de Bujadoux ont évoqué les différentes facettes de leur activité avec le public du Forum des Métiers. A quel stade le compositeur intervient, comment se fait la synchronisation de la musique sur un film, quel rôle l’informatique joue dans ce métier, comment fait-on pour demeurer original, le compositeur a-t-il un droit de regard sur le montage, comment fait-on pour se faire connaître dans ce milieu, à quoi peut servir un agent, quels sont les tarifs pratiqués, comment décide-t-on de la sortie d’un disque ? Autant de questions pertinentes qui une heure et demi plus tard appellent la même réponse : dans ce métier il n’y a pas de règles. A peine peut-on noter quelques différences remarquables entre la télévision et le cinéma (sur le petit écran, la liberté du compositeur se réduit à une peau de chagrin)…

Vers 13 heures 30, nous passons par hasard au Grand Forum où Christophe Barratier répond aux questions du public. Impossible pour le réalisateur des Choristes de ne pas évoquer la musique de , qui a pour beaucoup contribué au succès de ce film… On apprend ainsi que Christophe Barratier a été musicien mais qu’il a préféré devenir réalisateur, qu’il a rencontré sur le tournage de Microcosmos de Jacques Perrin, et que le choix de Jean-Baptiste Maunier, chanteur vedette du film fut une évidence. Plus étonnant, le réalisateur semble considérer non sans agacement que le succès de la bande originale du film, diffusée souvent à la radio, a participé à propager une rumeur fausse selon laquelle Les Choristes, réalisé avec peu de moyens mais devenu selon lui « une machine à gagner de l’argent », aurait été un film commercial formaté pour être diffusé sur TF1. Pourtant le scénario n’avait pas encore réglé dans le détail tout ce qui concernait la musique. Au contraire, la mention de chorales d’enfant dans le scénario était plutôt de nature à faire fuir les investisseurs !

Bilan

Séverine Abhervé, coordinatrice de l’UCMF fait le point sur la manifestation… » Je trouve ça bien qu’il y ait de la musique de film dans ce salon. Ce n’est pas encore à la hauteur de ce qui peut être fait : la question est de savoir ce qu’on peut faire dans un salon avec le bruit et l’animation qu’il y a. Mais pour une première édition intervenir en conférences c’est déjà bien, c’est un premier pas. » Pour la seconde édition, on nous promet de faire encore plus fort… Mais elle ne nous en dira pas plus.. On ne peut que faire des suppositions/suggestions : un concert grandeur nature, un enregistrement live, de la composition en direct, des improvisations sur film muet ? En tout cas, à voir le nombre de visiteurs qui faisaient la queue dimanche à 14 heures, le Salon du Cinéma s’avère assurément une réussite.

Rendez-vous l’année prochaine !

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« Le Cinéma a ses festivals, ses palmarès, ses rencontres, ses marchés, ses fêtes. Les Salons existent dans tous les domaines, de l’Auto au Chocolat en passant par l’andouillette ou la salle de bains. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’a jamais existé à ce jour de Salon du Cinéma ».

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