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Pierre-Laurent Aimard et Péter Eötvös : arrêt sur Images

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Paris. Maison de la Radio, salle Olivier-Messiaen. 26-I-2007. Marco Stroppa (né en 1959) : Tangata manu, extrait de Miniature estrose pour piano seul ; Upon a blade of grass, concerto pour piano et grand orchestre (création française). Claude Debussy (1862-1918) : Images pour orchestre. Pierre-Laurent Aimard, piano ; Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction  : Péter Eötvös.

Si les concerts Portes ouvertes proposés gratuitement et pratiquement tous les mois par Radio France attirent un public souvent difficile à canaliser, les frilosités de l’hiver semblaient en avoir découragé certains ce vendredi 26 janvier malgré l’affiche très attirante du programme conviant deux grandes personnalités de la musique d’aujourd’hui, le pianiste et qui dirigeait ce soir l’Orchestre Philharmonique et que l’on retrouvera le vendredi 9 février à la Cité de la Musique à la tête de l’Ensemble InterContemporain et de l’Orchestre du Conservatoire de Paris dans l’interprétation d’une de ses œuvres, Atlantis, où il entend placer les auditeurs « tous sous l’eau » !

était seul en scène pour débuter le concert avec une des pièces pour piano extraite de Miniature estrose du compositeur , Tangata Manu qui fonde le mouvement central du concerto qu’il jouait immédiatement après. Malgré des problèmes de « troisième pédale » qui obligent cet interprète exigeant à reprendre le tout, Pierre-Laurent Aimard nous fascine par sa digitalité brillante d’où jaillissent les résonances mises en jeu par l’écriture du compositeur.

Notre soliste se retrouvait bientôt au centre d’un immense orchestre disposé symétriquement autour de lui ; mais aucune manifestation bruyante n’émanera de ce gros effectif utilisé au contraire par touches légères et flux colorés dans une texture très claire et transparente tel « un brin d’herbe auquel sont suspendues des gouttes de rosée » nous dit le compositeur. S’inspirant de la poésie de W. B. Yeats qui nourrit souvent son imaginaire, nous invite à partager ses propres images intérieures dans un parcours très évocateur conduisant, après une cadence frénétique du piano, au mouvement central du concerto. Selon l’itinéraire du voyage décrit par Stroppa, nous sommes sur l’île de Pâques où revient, orchestré – « transmuté » comme le disait Edgar Varèse – par les couleurs instrumentales le « Tangata Manu » faisant référence au rituel de l’homme oiseau. Risquée mais très réussie, « l’écriture oiseau » de prend son plus bel envol sous l’impulsion du geste précis et habité de qui cerne dans le moindre détail les configurations sonores de ces espaces inhabitables. Souvent immergé dans le flux orchestral très dépaysant, le piano ressurgit plusieurs fois dans des cadences volubiles nous rappelant sa position de soliste au sein du concerto.

L’interprétation en concert des Images pour orchestre de est toujours un moment de pleine jouissance auditive permettant de goûter avec délices tous les ressorts de l’orchestration et l’alchimie sonore de ce maître de la couleur et du mouvement. Procédant avec une précision analytique qui ne nuit en rien à la cohérence générale, Péter Eötvös donne à Gigues, la première des Images, une lumière et une fluidité idéales. On aurait peut-être souhaité plus de lascivité dans Les parfums de la nuit et si un rien de folie manquait aux Rondes de printemps, on apprécia tout au long la qualité et l’investissement de l’orchestre dans un des répertoires de concert les plus périlleux.

À l’issue du concert, Péter Eötvös recevait des mains du président de l’association Presse Musicale Internationale le Prix Antoine Livio 2006 rendant un hommage vibrant au compositeur de Trois sœurs – un opéra qui aujourd’hui fait figure de référence du genre – et au musicien et chef d’orchestre dont le concert du soir nous confirmait l’excellence.

Crédit photographique : © Guy Vivien

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Paris. Maison de la Radio, salle Olivier-Messiaen. 26-I-2007. Marco Stroppa (né en 1959) : Tangata manu, extrait de Miniature estrose pour piano seul ; Upon a blade of grass, concerto pour piano et grand orchestre (création française). Claude Debussy (1862-1918) : Images pour orchestre. Pierre-Laurent Aimard, piano ; Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction  : Péter Eötvös.

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