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Nantes. Cité des Congrès. 2-II-2007. Béla Bartok (1881-1945) : Suite En plein air Sz. 8 ; Deux Danses populaires roumaines op. 8a Sz 43 ; Danses populaires roumaines pour orchestre Sz. 68. Georges Enesco (1881-1955) : Carillon nocturne ; Rhapsodie roumaine pour orchestre n°1 transcription pour piano ; Musique tzigane de Roumanie. Antonin Dvorak (1841-1904) : Danses slaves op. 46 et 72. Maurice Ravel (1875-1937) : Tzigane. Eugène Ysaÿe (1858-1931) : Sonates pour violon seul n°2, 3 et 4. Taraf de Haïdouk ; Dana Ciorcarlie, piano ; Nemanja Radulovic, violon ; Orchestre Philharmonique de Varsovie, direction : Antoni Wit ; Orchestre d’Auvergne, direction : Gordan Nikoslitch
Nantes. Cité des Congrès. 3-II-2007. Zoltan Kodaly (1882-1967) : Duo pour violon et violoncelle op.7 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Sonate pour violon et violoncelle en ut majeur. Renaud Capuçon, violon ; Gautier Capuçon, violoncelle.
Nantes. Cité des Congrès. 4-II-2007. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Liturgie de Saint Jean Chrysostome op.41. Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor à cordes en sol mineur op.10 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Quatuor à cordes en fa majeur. Leoš Janáček (1854-1928) : Sonate en mi bémol mineur « 1er octobre 1905 » ; Sur un sentier herbeux. Bela Bartok (1881-1945) : Mikrokosmos Sz. 107, extraits arrangées pour deux pianos par le compositeur Sz. 108 ; Sonate pour deux pianos et percussion Sz. 110. Cappella de Saint-Pétersbourg, direction : Vladislav Tchernouchenko. Quatuor Ysaÿe : Guillaume Sutre, 1er violon ; Luc-Marie Aguéra, 2nd violon ; Miguel Da Silva, alto ; Yovan Markovitch, violoncelle. Alain Planès, piano. Dezsö Ranki et Edit Klukon, pianos ; Zoltan Racz et Aurél Hollo, percussions.

Nantes. Cité des Congrès. 2-II-2007. Béla Bartok (1881-1945) : Suite En plein air Sz. 8 ; Deux Danses populaires roumaines op. 8a Sz 43 ; Danses populaires roumaines pour orchestre Sz. 68. (1881-1955) : Carillon nocturne ; Rhapsodie roumaine pour orchestre n°1 transcription pour piano ; Musique tzigane de Roumanie. Antonin Dvorak (1841-1904) : Danses slaves op. 46 et 72. (1875-1937) : Tzigane. (1858-1931)  : Sonates pour violon seul n°2, 3 et 4. Taraf de Haïdouk ; Dana Ciorcarlie, piano ; Nemanja Radulovic, violon ; , direction :  ; , direction : Gordan Nikoslitch

Nantes. Cité des Congrès. 3-II-2007. Zoltan Kodaly (1882-1967) : Duo pour violon et violoncelle op. 7  ; (1875-1937) : Sonate pour violon et violoncelle en ut majeur. , violon ; , violoncelle.

Nantes. Cité des Congrès. 4-II-2007. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Liturgie de Saint Jean Chrysostome op. 41. (1862-1918) : Quatuor à cordes en sol mineur op. 10 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Quatuor à cordes en fa majeur. Leoš Janáček (1854-1928) : Sonate en mi bémol mineur « 1er octobre 1905 » ; Sur un sentier herbeux. Bela Bartok (1881-1945) : Mikrokosmos Sz. 107, extraits arrangées pour deux pianos par le compositeur Sz. 108 ; Sonate pour deux pianos et percussion Sz. 110. Cappella de Saint-Pétersbourg, direction : Vladislav Tchernouchenko.  : Guillaume Sutre, 1er violon ; Luc-Marie Aguéra, 2nd violon ; Miguel Da Silva, alto ; Yovan Markovitch, violoncelle. , piano.  et Edit Klukon, pianos ; Zoltan Racz et Aurél Hollo, percussions.

Cette Folle Journée consacrée aux musiques nationales aura été à la hauteur des ambitions de René Martin qui n’a pas seulement voulu rassembler de grands interprètes mais aussi offrir aux auditeurs un voyage émotionnel très particulier. On peut comparer cette « folie » musicale à celle qui fut consacrée en 2001 à la musique russe : les larmes ont coulé et c’est bien ce que souhaitait René Martin.

Debout, sanglés dans leurs costumes du dimanche à la tzigane, le regard allumé, les membres du Taraf de Haïdouk ne vous laisseront pas sortir indemne. À peine ont-il mis le pied sur la grande scène de l’auditorium de la Cité des Congrès, que ce groupe de mauvais garçons (erreur : il y a une femme, mais quelle femme ! on ne peut louper sa chevelure rousse), à l’allure crâne, démarre à un rythme d’enfer une musique tzigane qui vous ferait faire les pires bêtises s’il vous venait à l’idée de quitter votre siège. On reste assis, on résiste et puis les bandits sortent pour laisser entrer l’ qui restera debout aux côtés de Gordon Nikolitch pour interpréter les fabuleuses danses populaires roumaines de Béla Bartok. Mais cela ne suffit pas pour un seul concert, les machinistes de la cité des congrès investissent à nouveau le plateau et l’, tout entier, vient prendre place avec à la direction. Après une interprétation haute en couleur des danses slaves de Dvorak, a droit à une slave d’applaudissement à laquelle il tente désespérément de mettre fin, suppliant le public, hilare, de lui laisser le droit de terminer le programme.

Tout le monde se doute que cette fin de programme sera splendide et c’est un retard volontaire pour mieux apprécier ce miracle du violon, ce demi-dieu selon certains auditeurs, le très jeune serbe Nemanja Radulovic qui vient nous interpréter la rhapsodie de concert pour violon et orchestre Tzigane de Ravel. Ce passage dans le cours d’un seul et même concert d’une formation tzigane traditionnelle à une formation orchestrale classique puis vers un orchestre plus large, soldée par l’entrée d’un soliste exceptionnel, met en valeur un trait commun à toute la musique des écoles nationales. C’est un cœur qui bat, cette musique, et elle a besoin d’élargir parfois ses moyens d’expressions alors qu’à d’autres moments, elle se resserre intimement sur une seule voix, celle d’un soliste, qui semble chanter pour tout le monde. Ce même violoniste nous avait interprété un peu plus tôt dans la journée des sonates époustouflantes du compositeur belge . Musique dense, serrée, tourmentée, imaginée par le grand violoniste qu’était Ysaÿe, écrites en hommage à différents grands interprètes dont il a cherché à rendre le style, et qui aujourd’hui, incarnée par Radulovic, trouve son maître, qui dépasse tous les autres, nous sidère et nous sourit comme un gamin heureux de sa farce, heureux de nous plaire avec sa virtuosité extraordinaire, qu’il nous montre, nous donne généreusement et en toute simplicité.

Une pianiste, aussi, dans la même journée du vendredi 2 février, nous a fait beaucoup d’effet. C’était dans une petite salle, le piano trop large pour cet espace avait du mal à trouver son espace sonore, et pourtant cette jeune roumaine, Dana Ciorcarlie, nous a époustouflé par son jeu puissant, sans tabou. Elle a joué des pièces de Bartok, des extraits de la suite En plein air, deux danses populaires roumaines, et puis pour finir la Rhapsodie roumaine pour orchestre n°1 de , transcrite pour le piano par le compositeur. Enesco, que et Dinu Lipatti ont considéré comme leur père spirituel, nous a laissé une musique emprunte du folklore roumain, mais qui comme chez Bartok, trouve son bonheur instrumental dans une manière de jouer sans vergogne, directe, qui demande aux interprètes beaucoup de sincérité et une frappe juste, sans affectation. Dana Ciorcarlie a une sincérité lorsqu’elle joue qui bouleverse, on ne peut que souhaiter qu’elle la garde et la développe. Sa discographie, originale, exigeante, qui nous propose un enregistrement, entre autres, d’un disque consacré à Béla Bartok, Gyorgy Ligeti, Gyorgy Kurtag et Peter Eötvos (L’empreinte digitale, 2005) ne nous en laisse pas douter une seconde.

Les frères Capuçon nous ont offert une interprétation intense, presque incestueuse, de la Sonate pour violon et violoncelle en ut majeur de Ravel. Les chanteurs de la sublime Capella de Saint-Petersbourg nous ont littéralement ébloui par une prestation de la Liturgie de Saint Jean Chrysostome de Tchaïkovski : ce sont des chanteurs mûrs mais plus expérimentés que ceux d’ et ils ont un « son » qui leur est propre. Ils ont su, sous la direction de Tchernouchenko, protéger leurs timbres magnifiques des effets pervers de la mondialisation musicale. Le n’ont pas déçu leurs fans : ils sont merveilleux à écouter en concert, leur interprétation des quatuors de Debussy et Ravel était mallarméenne, créant une construction sonore, par la qualité de leurs nuances et de leurs phrasés, très précise, presque visible au-dessus des musiciens, alors même qu’ils jouaient dans une salle au plafond très bas.

Un grand moment de la journée de dimanche fut la prestation d’ dont l’enregistrement des pièces pour piano de Janáček chez Harmonia Mundi (901508) ne fait pas seulement référence, il est pour beaucoup, « un disque de chevet ». C’est avec une grande émotion que nous l’avons écouté donner le cycle Sur un sentier herbeux et la Sonate en mi bémol mineur. Alain Planès a un don stupéfiant pour le legato : il fait chanter les mélodies avec la délicatesse d’un ténor léger, tout en nous faisant entendre, avec une fougue terrienne, entraînante, les rythmes binaires couplés de rythmes ternaires, ces rythmes nerveux, excitants. Les pièces pour piano de Janacek sont probablement parmi les plus belles pages de ce répertoire des écoles nationales. Alain Planès nous a raconté comment il a découvert Janáček en jouant le Capriccio pour la main gauche avec l’ dirigé par Boulez. À l’occasion d’un concert à la Roque d’Anthéron, Rudolf Firkusny, qui a reçu des leçons de piano de Janáček lui-même, lui a donné quelques indications de jeu et de phrasé.

La fin de cette Folle Journée s’est terminée pour beaucoup d’auditeurs par un concert de clôture avec et l’ dans le grand auditorium. D’autres auditeurs auront eu l’extrême privilège d’écouter le grand pianiste hongrois Dezsö Ranki interpréter avec son épouse des pièces pour deux pianos de Bartok extraites du Mikrokosmos. En compagnie de deux percussionistes, Eoltan Racz et Aurel Hollo, qui font partie de l’Ensemble de Percussions Amadinda, ils nous ont interprété l’extraordinaire Sonate pour deux pianos et percussion. Ce fut une expérience forte, sans pathos ou sentimentalité. Mais au fond, cette manière de conclure, par une musique qui reste une des plus étonnantes du vingtième siècle, était extraordinaire. Le monde de Bartok aura été mis en valeur par ces journées consacrées aux écoles nationales pendant lesquels on aura vécu concrètement la proximité entre musique traditionnelle et musique classique. C’est tout l’humanisme de Bartok, développé par une expérience authentique auprès des musiques traditionnelles qu’il est allé chercher jusqu’en Turquie, qu’il nous aura été donné de mieux percevoir pour encore mieux l’apprécier.

Crédits photographiques : © Eric Manas, Françoise Jan & DR

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Nantes. Cité des Congrès. 2-II-2007. Béla Bartok (1881-1945) : Suite En plein air Sz. 8 ; Deux Danses populaires roumaines op. 8a Sz 43 ; Danses populaires roumaines pour orchestre Sz. 68. Georges Enesco (1881-1955) : Carillon nocturne ; Rhapsodie roumaine pour orchestre n°1 transcription pour piano ; Musique tzigane de Roumanie. Antonin Dvorak (1841-1904) : Danses slaves op. 46 et 72. Maurice Ravel (1875-1937) : Tzigane. Eugène Ysaÿe (1858-1931) : Sonates pour violon seul n°2, 3 et 4. Taraf de Haïdouk ; Dana Ciorcarlie, piano ; Nemanja Radulovic, violon ; Orchestre Philharmonique de Varsovie, direction : Antoni Wit ; Orchestre d’Auvergne, direction : Gordan Nikoslitch
Nantes. Cité des Congrès. 3-II-2007. Zoltan Kodaly (1882-1967) : Duo pour violon et violoncelle op.7 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Sonate pour violon et violoncelle en ut majeur. Renaud Capuçon, violon ; Gautier Capuçon, violoncelle.
Nantes. Cité des Congrès. 4-II-2007. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Liturgie de Saint Jean Chrysostome op.41. Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor à cordes en sol mineur op.10 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Quatuor à cordes en fa majeur. Leoš Janáček (1854-1928) : Sonate en mi bémol mineur « 1er octobre 1905 » ; Sur un sentier herbeux. Bela Bartok (1881-1945) : Mikrokosmos Sz. 107, extraits arrangées pour deux pianos par le compositeur Sz. 108 ; Sonate pour deux pianos et percussion Sz. 110. Cappella de Saint-Pétersbourg, direction : Vladislav Tchernouchenko. Quatuor Ysaÿe : Guillaume Sutre, 1er violon ; Luc-Marie Aguéra, 2nd violon ; Miguel Da Silva, alto ; Yovan Markovitch, violoncelle. Alain Planès, piano. Dezsö Ranki et Edit Klukon, pianos ; Zoltan Racz et Aurél Hollo, percussions.

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