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La Nuit Transfigurée et Métamorphoses par l’ensemble Les Dissonances

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Arnold Schoenberg (1874-1951) : La Nuit Transfigurée op. 4. Richard Strauss (1864-1949) : Métamorphoses. Les Dissonances : David Grimal, Axel Schacher, violons ; Krzysztof Chrozelski, Maya Rasooly-Chrozelski, altos ; François Salque, Antoine Lederlin, violoncelles. 1 CD Naïve AM 110. Enregistré Auditorium Cœur-de-ville, Vincennes, en août et septembre 2006. Notice bilingue (anglais- français). Durée : 54’21’’

 

L’ensemble propose ici deux œuvres de compositeurs bien différents – quoique… –, quasi-contemporains, n’ayant que dix ans de plus que , lui-même ne survivant que deux ans à son aîné. Ce qui pourrait éloigner les deux œuvres choisies est le style et la place dans l’histoire de leur compositeur respectif, Schœnberg le « révolutionnaire » censé ouvrir une ère nouvelle, dans une quasi première œuvre, son opus 4, La Nuit Transfigurée, créée en 1902 à Vienne, versus Strauss « le conservateur » en terminant une autre avec une presque dernière œuvre Métamorphoses créée en 1946. Néanmoins le rapprochement des deux opus est parfaitement justifié. Il s’agit de deux poèmes mi-symphoniques mi-musique de chambre, joués par des cordes traitées en solistes (un sextuor violons, altos, violoncelles par deux pour Schœnberg, dix violons, cinq altos, cinq violoncelles et trois contrebasses pour Strauss). Les deux sont ouvertement post-romantiques : Schœnberg en est à ses balbutiements et Strauss clôt, après-guerre, toutez un esthétique issue de Wagner.

nous propose la version originale pour sextuor à cordes de La Nuit Transfiguré, c’est donc l’option musique de chambre qui prévaut ici. L’interprétation qui nous est présentée ne réussit pas totalement la gageure de réaliser toutes les nuances scrupuleusement notées par le compositeur, éliminant les extrêmes et restant entre le pp et le ff avec pour conséquence de limiter un peu la vie et le frémissement interne permanent de cette musique – donc une partie de son romantisme. Les différents épisodes sont néanmoins bien caractérisés, même si, là encore, un peu plus de contraste n’aurait pas nuit, mais la progression d’ensemble reste belle. Est-ce la prise de son, mais cette version manque d’un peu de charme sonore, en particulier sur les violons qui ne sont pas très chatoyants. Au final, cela reste très propre, bien maîtrisé – peut-être trop justement – qui s’écoute agréablement. Un petit coup de pouce de « Monsieur Plus » sur le charme sonore, la dynamique, l’intensité des contrastes, en aurait fait sans doute une version de premier plan.

On retrouve dans les Métamorphoses de la même propreté dans la réalisation et les mêmes limites d’interprétation. Mais cette fois, grâce à l’apport d’instruments en plus grand nombre, les limitations dynamiques ressenties précédemment ont disparu. De même la prise de son, sans doute plus globale, et pour cause, ne pose plus le problème de son des violons. L’esprit reste un celui d’un un romantisme sous contrôle, peut-être du à l’absence d’un chef d’orchestre. Cette version assez posée ne semble jamais lente, mais avance toujours, même si elle ne s’emballe jamais. Le son y est plein et prenant sur les accords tutti. Musicalement le caractère donné à ces Métamorphoses est presque positif (rapporté au contexte!), pour une œuvre en général très sombre, pessimiste voire sinistre, évoquant plus facilement la destruction et la fin d’un monde (elle fut commencée sous le coup de la destruction de l’opéra de Munich en 1943), ponctuée, comme si le dernier souffle de vie venait de d’éteindre, par la citation de la Marche Funèbre beethovénienne, – écoutez Furtwängler, exceptionnel dans cette optique-là. Pas vraiment cela ici, la fin étant plutôt détendue, jouée comme un apaisement après les épisodes plus tendus et agités qui ont précédé, mais qui, eux-mêmes n’étaient pas oppressants, ni évocateurs d’une destruction totale. Du coup le thème de la Marche Funèbre n’est plus une mort, une fin irréversible, mais un repos temporaire, laissant une porte ouverte plus optimiste. Même s’il est permis de préférer des versions plus sombres et dramatiques (Furtwängler déjà cité), à l’orchestre plus virtuose (magistral Philharmonia avec Klemperer), cette version est assez réussie, et fait regretter que les mêmes artistes n’aient pas tenté aussi la version orchestre à cordes de La Nuit Transfigurée.

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Arnold Schoenberg (1874-1951) : La Nuit Transfigurée op. 4. Richard Strauss (1864-1949) : Métamorphoses. Les Dissonances : David Grimal, Axel Schacher, violons ; Krzysztof Chrozelski, Maya Rasooly-Chrozelski, altos ; François Salque, Antoine Lederlin, violoncelles. 1 CD Naïve AM 110. Enregistré Auditorium Cœur-de-ville, Vincennes, en août et septembre 2006. Notice bilingue (anglais- français). Durée : 54’21’’

 
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