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Signé Vénus, une déesse à New York

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Dijon. Grand Théâtre. 19-II-2007. Kurt Weill (1900-1950) : Signé Vénus, comédie musicale sur un livret de Sidney J. Peterman et Ogden Nash. Mise en scène : Jean Lacornerie. Décors : Bruno de Lavenière. Costumes : Robin Chemin. Lumières : Laurent Queyrut. Chorégraphie : Philippe Chevallier. Avec : Hélène Delavault, Vénus ; Gilles Bugeault, Rodney ; Florence Pelly, Molly ; Jacques Verzier, Savory ; Julie Morel, Gloria ; Mimi Roussin, Mrs Kramer. Orchestre du Duo-Dijon, direction musicale : Scott Stroman.

One touch of Venus, Signé Vénus, comédie musicale en deux actes, est une œuvre majeure de la période américaine de . Celui-ci a fui le nazisme et émigré aux Etats-Unis en 1935 ; il y a fait carrière après avoir pris la nationalité américaine et n’est jamais retourné en Allemagne. A cette époque, il était déjà très réputé en Europe comme compositeur d’opéras et sa collaboration avec Bertold Brecht a fait évoluer sa conception de l’œuvre lyrique (L’Opéra de Quat’sous, Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny) vers une conception plus épique et plus orientée vers la critique sociale. On perçoit déjà nettement dans les chansons proches de la ballade populaire que l’on trouve dans ses deux productions, le mélange entre jazz et musique « sérieuse ». Il est donc logique que se soit enthousiasmé facilement pour la comédie musicale de Broadway sans pour autant oublier son propre style. C’est ce qui fait de Signé Vénus une œuvre très bien écrite, notamment sur le plan de l’orchestration.

Ces qualités sont bien mises en valeur dans cette reprise produite par l’Opéra de Lyon et dirigée par  : celui-ci a été tromboniste de jazz, et il est très à l’aise dans ce style typiquement américain. Le scénario est assez tarabiscoté et riche en rebondissements. , collectionneur richissime d’art contemporain, réussit à retrouver, grâce à un homme de main nommé Taxi, une statue antique de Vénus, qui lui est livrée dans une caisse : cette statue ressemble à la femme qu’il a aimée autrefois. Rodney, son coiffeur occasionnel alors fiancé à Gloria, reste par hasard seul avec la statue ; il lui passe au doigt la bague de fiançailles qu’il vient d’acheter. Vénus s’anime et tombe amoureuse de ce garçon coiffeur sans prétention. Il va s’ensuivre toute une série de quiproquos, jusqu’au moment où Vénus réalise qu’elle ne saurait vivre une vie de bourgeoise dans un quartier pavillonnaire avec mari et enfants. Alors elle retourne dans son Olympe, laissant comme cadeau de mariage à Rodney une étudiante paisible, qui est physiquement son double.

Cette comédie musicale bien enlevée en profite pour égratigner quelques milieux new-yorkais. Gloria et sa mère n’échappent pas aux coups de patte anti-féministes et anti-bourgeois, et le milieu snobinard de l’art n’est pas du tout épargné. Les costumes de Gloria et de sa mère sont des chefs-d’œuvre de kitsch américain. Quant à ceux de Savory et de sa secrétaire, ils sont très bien trouvés : Savory est à l’évidence Andy Warhol, et Molly est une assistante sans scrupules déguisée par . Pour notre plaisir, elle est servie par le joli timbre de voix avec des nuances blues de . La mise en scène offre des moments fort intéressants en manipulant quelques poncifs de la comédie musicale telle que nous la voyons de ce côté de l’Atlantique. Nous voyons défiler des personnages typiques, comme le cop de service, et quelques ballets, dont le réglage est parfois un peu approximatif. Les acteurs chanteurs sont bons dans l’ensemble, mais plus efficaces dans le jeu de scène que dans le chant. Néanmoins on garde un excellent souvenir d’un quatuor d’hommes au premier acte, qui a été très applaudi.

Le personnage de Vénus, incarné par , joue le rôle de la naïve qui bouscule les préjugés petit-bourgeois d’une manière fort convaincante. C’est elle qui a concocté la traduction, et lui a donné un côté gouailleur tout en conservant le côté farfelu que devait avoir le texte original de  ; celui-ci avait en effet travaillé avec les Marx Brothers.

L’esprit léger de la comédie musicale reste donc présent, et bien épicé par les allusions culturelles que permet le recul des soixante années qui nous séparent de la date de la création de cette œuvre pleine de vitalité.

Crédit photographique : © Duo Dijon 2007

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Dijon. Grand Théâtre. 19-II-2007. Kurt Weill (1900-1950) : Signé Vénus, comédie musicale sur un livret de Sidney J. Peterman et Ogden Nash. Mise en scène : Jean Lacornerie. Décors : Bruno de Lavenière. Costumes : Robin Chemin. Lumières : Laurent Queyrut. Chorégraphie : Philippe Chevallier. Avec : Hélène Delavault, Vénus ; Gilles Bugeault, Rodney ; Florence Pelly, Molly ; Jacques Verzier, Savory ; Julie Morel, Gloria ; Mimi Roussin, Mrs Kramer. Orchestre du Duo-Dijon, direction musicale : Scott Stroman.

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