Éditos

La Victoire de la Nouvelle Star

 

Victoires de la Musique classique 2007

8, 6% de part d’audience, malgré un décapage salutaire qui a permis à cette cérémonie d’être moins une soirée d’auto-congratulation entre amis que de par le passé, les Victoires de la Musique classiques ne pèsent rien face à la Nouvelle Star, qui a raflé 1/5ème des téléspectateurs ce mercredi 28 février au soir. France-Télévision s’est fait concurrence à elle-même puisque la 2 présentait PSG-Sochaux – bon le public visé n’est pas le même, certes. Quant à TF1, rien ne vaut les grands classiques de la série TV avec Les Experts. Rude concurrence ce soir-là pour Marie Drucker et Frédéric Lodéon, France 3 trouvant son score de 1, 9 millions de téléspectateurs « honorable ». C’est toutefois moins que l’année précédente, mais certainement le prix à payer de la gabegie des Victoires 2006, dont le palmarès avait frôlé le ridicule.

Cette année, « moins de blabla et plus de musique », avec un temps imparti d’une minute pour chaque heureux lauréat désireux de faire sa litanie des remerciements. L’émission a gagné en rythme et en concision, 2h15 au total (contre 2h45 l’an dernier), avec l’excellente participation de l’Orchestre National de France, récompensé d’une juste Victoire d’Honneur. Le lieu, la salle Pleyel, par son étroitesse, limite aussi les possibilités de déplacement et de mise en scène tapageuse.

Le palmarès fut moins « téléphoné » et le répertoire joué plus varié par conséquent : du Bartok dès 21h05, la découverte pour ces presque 2 millions de personnes devant leurs télés d’Henri Tomasi (bon, certes, pour le Concerto pour trompette, son œuvre la moins inconnue), un air de Bizet qui ne vient pas de Carmen, et une fois n’est pas coutume, la victoire d’honneur n’a pas été remise à une septuagénaire essoufflée mais à une pimpante quinquagénaire, , qui a livré une véritable leçon de bel canto dans le célébrissime « Casta Diva ». Autre incongruité disparue : la victoire de la « révélation internationale ». Déjà que les deux « révélation lyrique » et « révélation instrumentale » par leur nécessaire arbitraire prêtent à discussion, autant ne pas en rajouter.

La diversité de ces Victoires 2007 a permis d’écouter autre chose qu’exclusivement du violon et du piano. La « Révélation instrumentale » a permis de faire découvrir à une large audience l’alto et le « Soliste instrumental de l’année » fut David Guerrier (pour la seconde fois, après avoir remporté cette distinction en 2004). Enfin une plus large place était laissée à la musique contemporaine. L’édition 2003 avait présenté à deux reprises du en début de soirée, ce qui avait été vivement critiqué. Cette année le contemporain en question reste très gentillet, avec un trio de belle facture mais pas spécialement moderne de et une pièce pour basson et orchestre (encore un instrument qui pour beaucoup dut être une révélation) absolument inintéressante de Philippe Hersant. Avec Pascal Dusapin, primé pour son opéra Fautus the last night (« Création contemporaine de l’année »), les Victoires préfèrent miser sempiternellement sur ce trio gagnant, au détriment cette année de et surtout de (avec l’Autre coté).

Malgré la récompense du baryton Jean-Luc Ballestra (« Révélation lyrique ») les sopranos ont continué à envahir la scène : déjà citée, dans le désopilant air « Glitter and be gay » de Candide de Bernstein, et Sandrine Piau, qui loin des fioritures du baroque qui l’ont fait connaître, a déployé tout son talent dans un air langoureux de comédie musicale américaine. Malgré ce tel concentré d’émotion elle n’est décidément pas suffisamment télégénique, puisqu’une fois de plus Philippe Jarroussky passe devant tout le monde comme « Artiste lyrique de l’année ». Une nomination qui laisse songeur… Surtout lors de l’interprétation d’un air de Vivaldi avec son comparse Jean-Christophe Spinosi, dont le principal rôle dans cette cérémonie fut de se faire remarquer par tous les moyens possibles, sauf musicaux. D’ailleurs le fait que plutôt que Mathéus ait obtenu le prix de l’» ensemble de l’année » n’est que justice. Dommage que et ses troupes n’aient pas été conviés à interpréter quoi que ce soit.

Evidemment il faut aussi une dose de « grands classiques », mais à l’exception de « Casta Diva » déjà cité, de la Danse hongroise n°5 transformée en exercice pyrotechnique par Maxim Venguerov et une ouverture de Carmen lourde à souhait dirigée par le maître de cérémonies, (autre Victoire d’honneur) a préféré le Concerto en fa de Gershwin plutôt que la célèbre Rhapsody in blue, Nicolas Angelich a programmé Brahms plutôt que Liszt ou Chopin. Point de vue « musique américaine », qui était l’axe central de la soirée, Gershwin et Bernstein restent les seuls compositeurs d’outre-Atlantique digne de passer à la télévision. Enfin point de vue « musique people » outre l’amusant arrangement par le jeune Quatuor Ebène du tube du film Pulp Fiction et le duo Vincent Delerm et Irène Jacob, on se demande encore la pertinence des interventions de Jean-François Zygel, venu pour surtout ne rien dire. L’autre interrogation de la soirée vient des disques et DVD primés, tous sous l’étiquette jaune de Deutsch Grammophon, dont le distributeur (Universal) ne s’est guère fait connaître par ses prises de risque artistique en classique.

Espérons qu’au milieu de cette cérémonie de cri d’alarme lancé par sur le mauvais état du spectacle vivant et l’absence de véritable projet culturel dans les programmes des prétendants à la Présidence de la République ne soit pas passé inaperçu. Et pitié, que Marie Drucker cesse de répéter à tout va que ces Victoires sont « le plus grand concert classique télévisé de l’année ». forcément, vu l’absence de musique classique aux heures d’écoute de France-Télévision, il peut bien être le plus grand comme le plus petit, puisque c’est le seul… Quant à Frédéric Lodéon, si les lauréats n’étaient pas ceux qu’il avait souhaité, il n’est pas nécessaire de critiquer dans son émission du samedi sur France-Musique « Plaisir d’amour » la récompense léguée à au détriment de ses deux poulains, et surtout Jean-Frédéric Neuburger.

Lauréats des Victoires de la Musique classique 2007 :

Enregistrement de l’année : Nocturnes de Chopin par (Deutsch Grammophon)

Soliste instrumental de l’année : David Guerrier (trompette)

Artiste lyrique de l’année : Philippe Jarroussky (contre-ténor)

Ensemble de l’année : (direction : )

Création de l’année : Faustus the last night de Pascal Dusapin

Révélation Soliste instrumental de l’année : (alto)

Révélation Artiste lyrique de l’année : Jean-Luc Ballestra (baryton)

DVD de l’année : La Traviata de Verdi (Deutsch Grammophon)

Victoires d’honneur : June Anderson (soprano), (piano), Orchestre National de France.

 
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