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Le Barbier de Séville de Giovanni Paisiello : Rosine au Pays des Merveilles

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Lausanne. Théâtre Municipal. 3-III-2007. Giovanni Paisiello (1740-1816) : Il Barbiere di Siviglia, dramma giocoso en quatre actes sur un livret de Giuseppe Petrosellini. Mise en scène : Omar Porras ; décors : Fredy Porras ; costumes : Coralie Sanvoisin ; maquillages et perruques : Cécile Kretschmar ; lumières : Mathias Roche. Avec : Stefano Ferrari, Il conte Almaviva ; Daniela Bruera, Rosina ; Luciano di Pasquale, Bartolo ; Carlos Esquivel, Figaro ; Fernand Bernardi, Don Basilio ; Humberto Ayerbe-Pino, Giovinetto, un alcade ; Sylvain Muster, Lo svegliato, un notaire. Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Emmanuel Jœl-Hornak.

Lorsqu’on se confronte à l’écoute d’Il Barbiere di Siviglia de , on se prend à regretter la version que Gioachino Rossini devait composer quelque trente-quatre ans après le compositeur de Tarente. Si la musique de Paisiello est plaisante, elle n’apporte pas grand-chose au livret de Beaumarchais, comparée à l’invention qui jaillit à chaque mesure de la composition du maître de Pesaro. Si l’un y met du poisson de mer un peu fadasse, l’autre nous y fait savourer une viande rouge avec, par-dessus, un foie gras fondant. Il suffit pour s’en convaincre d’entendre l’air de la calomnie de Don Basilio dans l’une et l’autre des compositions. La première n’est qu’un moment de l’intrigue alors que chez Rossini, c’est le canon qui tonne après l’insinuation de la parole allusive. Dès lors, l’intérêt de monter le « barbier » de Paisiello au lieu de celui de Rossini pourrait se résumer à une question purement économique et l’on sait aujourd’hui combien cet aspect du spectacle frappe de plein fouet nos théâtres lyriques. En effet, avec Paisiello, on peut se passer du chœur alors qu’avec Rossini, il faut l’engager toute la soirée pour n’intervenir qu’en fin d’acte ! Mais s’arrêter à ce compte d’épicier n’était pas la motivation de l’Opéra de Lausanne mais plutôt d’offrir un inhabituel divertissement. Et de ce côté, c’est une réussite totale.

Avec , on connaît les mondes inhabituels du metteur en scène de théâtre. On sait moins de sa passion pour l’art lyrique. Après s’être attaqué à L’histoire du Soldat de Stravinsky d’après le roman de Ferdinand-Charles Ramuz en 2003, le metteur en scène signe coup sur coup deux mises en scène d’opéra en l’espace d’une année. D’abord un remarqué Elisir d’Amore de Donizetti qui, de Nancy à Bordeaux, a sillonné les théâtres lyriques de France avec un énorme succès. Et son dernier-né, Il Barbiere di Siviglia de Paisiello qui, après ses débuts au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, pose ses bagages à l’Opéra de Lausanne. Aucun doute, l’homme de théâtre qu’est domine son sujet avec un talent qui fait de ce « nouveau venu » dans le monde de l’opéra, un personnage dont il faudra compter à l’avenir. Prions le destin qu’il garde sa fraîcheur ! Le monde de l’opéra en a tant besoin.

Dans des costumes kitch magnifiquement dessinés par Coralie Sanvoisin, Omar Porras raconte admirablement. A l’image des costumes, avec ses chaises bancales, son piano de guingois, le décor est délicieusement farfelu. Se soumettant aux rythmes imposés par la musique, le metteur en scène déroule son discours scénique avec brio. Choisissant de traiter la comédie de Beaumarchais sur un mode burlesque déjanté, Porras se devait de réunir un plateau de comédiens hors pair. Si à des degrés divers, on peut minauder sur les qualités vocales de celui-ci ou de celui-là, l’homogénéité du plateau est égale au plaisir de jouer la comédie que l’on ressent chez chacun. (Il conte Almaviva), (Figaro) et (Don Basilio) jouissent de cette indispensable théâtralité. Indiscutables et souvent désopilants, ils sont moins convaincants sur le plan vocal. En revanche, le charme de la voix de (Rosina) n’a d’égal que sa présence scénique adorablement juvénile. Magnifique Rosine au Pays des Merveilles, elle survole les vocalises avec joliesse, dominant son phrasé avec une diction rare de qualité. Le barbon de (Bartolo) confirme l’excellente impression qu’il avait laissée lors d’Un Capello di paglia di Firenze de Nino Rota à l’Opéra de Lausanne en juin dernier. Bien placée, sans jamais donner l’impression de la forcer, il joue de la voix avec le même naturel qu’il joue la comédie.

Dans la fosse, la direction d’orchestre d’Emmanuel Jœl-Hornak est d’une précision remarquable avec un tout en souplesse et haut en couleurs orchestrales. Le public lausannois ne s’y est pas trompé en réservant un triomphe à cette très belle production.

Prochaines représentations : les 7, 9 et 11 mars 2007

Crédits photographiques : © Marc Vanappelghem

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Lausanne. Théâtre Municipal. 3-III-2007. Giovanni Paisiello (1740-1816) : Il Barbiere di Siviglia, dramma giocoso en quatre actes sur un livret de Giuseppe Petrosellini. Mise en scène : Omar Porras ; décors : Fredy Porras ; costumes : Coralie Sanvoisin ; maquillages et perruques : Cécile Kretschmar ; lumières : Mathias Roche. Avec : Stefano Ferrari, Il conte Almaviva ; Daniela Bruera, Rosina ; Luciano di Pasquale, Bartolo ; Carlos Esquivel, Figaro ; Fernand Bernardi, Don Basilio ; Humberto Ayerbe-Pino, Giovinetto, un alcade ; Sylvain Muster, Lo svegliato, un notaire. Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Emmanuel Jœl-Hornak.

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