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Requiem sans âme pour un XXXe anniversaire

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Salle Pleyel. 15-III-2007. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. June Anderson, soprano ; Guang Yang, alto ; Miroslav Dvorsky, ténor  ; Mikhail Petrenko, basse. Chœur de l’Orchestre de Paris (chef de chœur : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain). Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach.

Une fois n’est pas coutume, ce concert consacré au Requiem de Verdi a débuté par le bis, puisque le Chœur de l’ en a profité pour fêter ses 30 ans en offrant au public, sous la direction de Didier Bouture, le rare Pater Noster pour chœur a cappella, que Verdi composa en 1873, soit un an avant la création du Requiem. Cette œuvre a permis de constater immédiatement que le chœur constituait un ensemble d’excellent niveau, capable d’articuler des mots presque compréhensibles, gageure toujours difficile pour un grand chœur, et capable de jouer dans la nuance piano-pianissimo tout en restant expressif. Dans l’entretien publié dans le programme du concert, dit à propos du chœur, que l’acoustique de la nouvelle salle Pleyel « a permis d’atteindre une qualité de pianissimo inimaginable dans l’ancienne salle Pleyel ou au Théâtre Mogador ». Le bis joué en introduction de ce concert en était la preuve patente.

Mais nos chanteurs et leurs chefs auraient du se méfier de ces plus faciles pianissimi, car les fortissimi du Requiem, sans doute encore sur le modèle de ceux nécessaires à Mogador, ont parfois produit un son trop saturé dans les aigus, agressant nos oreilles, heureusement sur de très courtes durées. Sans doute question de réglage et d’adaptation à la nouvelle acoustique de la salle, ce qui demande un peu de temps et de pratique.

Oublions le son et revenons à la musique car l’œuvre au programme est une des plus belles de son auteur, basée sur la messe des morts, tiraillée entre la douleur et la rédemption, entre le repos bienheureux du paradis éternel et la terreur des enfers, entre opéra et liturgie. Et ce soir entre frustration et ennui poli. La faute sans doute au chef qui n’a pas trouvé l’atmosphère propre à transmettre la profonde émotion que les plus belles pages de ce Requiem portent en elles, aussi au quatuor vocal, valeureux, mais manquant cruellement de magie et d’harmonie. Le plus intéressant était la basse , plutôt bon dans toutes ses interventions. Le ténor , sans doute pas au mieux de sa forme vocale, était le plus en difficulté, en particulier dans le bas registre et dans les nuances piano où sa voix détimbrait systématiquement. Les deux chanteuses et s’en tiraient mieux, mais sans soulever l’enthousiasme, la première n’atteignant jamais les sommets de douceur angélique (Agnus Dei) ou la tension poignante (Libera me), la seconde manquant un peu de puissance, et les deux voix n’ayant aucune affinité particulière, leurs interventions en duo ou quatuor manquaient d’harmonie et de pure beauté sonore. Des passages comme l’Offertorio entièrement basé sur le quatuor vocal, ou l’Agnus Dei basé sur le duo féminin en souffrait plus que les grandes explosions du Dies Irae.

Hormis le premier mouvement Requiem pris dans un tempo très retenu, Eschenbach a choisi un rythme assez soutenu voire rapide, sans alanguissement, ce qui est bien, mais l’a conduit à survoler quelque peu les passages les plus poignants, comme le Lacrimosa, un des sommets de l’œuvre, bien froid, et à mettre son orchestre en difficulté dans les passages les plus difficiles du Dies Irae (les cuivres ayant parfois du mal à bien articuler). Autre sommet où nous sommes passés un peu à côté, le Sanctus¸ avec son cœur à huit voix, passage de grande virtuosité, qui n’était pas le plus clair qu’on ait entendu.

Le seul vrai vainqueur de la soirée fut le chœur, irréprochable, hormis les bien pardonnables fortissimo déjà évoqués, mais on aurait aimé fêter ses trente ans avec une interprétation plus poignante et engagée, avec une âme, un de ces concerts qui restent ancrés dans la mémoire longtemps après, ce n’était pas pour ce soir …

Crédit photographique : © DR

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