Samson et Dalila, oratorio biblique

La Scène, Opéra, Opéras

Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 23-III-2007. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Samson et Dalila, opéra en trois actes et quatre tableaux sur un livret de Ferdinand Lemaire (version de concert). Avec : Olga Borodina, Dalila ; Carl Tanner, Samson ; Jean-Philippe Lafont, Le Grand prêtre de Dagon ; Federico Sacchi, Abimélech ; Chester Patton, un vieil hébreu ; Tie Min Wang, un messager ; André Grégoire, premier philistin ; Bernard Giovani, deuxième philistin. Chœur de la Monnaie (chef de chœur : Piers Maxim). Orchestre symphonique de la Monnaie, direction : Kazushi Ono.

L’Opéra français n’a pas été très bien servi du point de vue quantitatif durant le mandat de Bernard Foccroule à la Monnaie. Les productions furent rares, malgré leur succès artistique, le dernier fut monté en 2003, le Roi Arthus de Chausson, pour le centenaire de sa création, et plus rien depuis, si on excepte l’unique acte de Monsieur Choufleuri restera chez lui le… le mois dernier. Cette courte série de Samson et Dalila vient donc comme un rattrapage après des années de disette, et a réussi à très bien remplir le Palais des Beaux-Arts, bien qu’il s’agisse d’une version de concert.

L’absence de mise en scène peut décevoir, mais on peut rappeler que cet opéra fut d’abord conçu comme un oratorio biblique, et créé sous cette forme en 1877 à Weimar, avant d’être transformé en ouvrage scénique en 1892 seulement, à Venise. Néanmoins, il est dommage de constater qu’à la Monnaie, c’est toujours le même genre d’œuvres qui sont présentées en version de concert, les œuvres « populaires », alors qu’on ne fait jamais subir ce traitement aux opéras « à haut contenu intellectuel ». Enfin ! Ne boudons pas notre plaisir, car cette soirée est au moins l’occasion d’entendre cette œuvre de moins en moins jouée, dont la dernière représentation à Bruxelles datait de 1959.

Au premier rang des satisfactions de ce Samson et Dalila, le chœur de la Monnaie, en parfait ordre de marche, juste, puissant et stylé, et dont les timbres sont riches et brillants. Le français est correct, mais pas toujours parfaitement intelligible, et leur premier numéro « Dieu ! Dieu d’Israël », est marqué par un phénomène de saturation dans les forte assez gênant, mais qui disparaît complètement par la suite.

Il y a beaucoup de remarques à faire sur la distribution, particulièrement sur les deux rôles-titres. Carl Tanner est un Samson consciencieux, mais assez moyen. L’émission est très nasale, avec un timbre éteint, et manquant de métal. Le chant est un peu forcé, pas très viril, et il s’étrangle dans certains aigus. En revanche, il fait de beaux efforts de diction, et son français est intelligible et pas trop exotique. Son meilleur passage est au troisième acte : il donne une prière émouvante et sincère, et parvient à alléger la voix sans problème. Le reste du temps, on a affaire à un chanteur qui n’a pas tout à fait les moyens de Samson, en matière de puissance, d’éclat et d’endurance. Dalila attitrée sur toutes les scènes mondiales, fournit une prestation curieuse, alternant le chaud et le froid à quelques mesures d’intervalle. La diction française est souvent superlative, acérée et révélant une profonde compréhension du texte, et parfois inexplicablement relâchée et imprécise. Les aigus sont parfois superbement filés, et polis avec un soin extrême, et deux minutes plus tard tout à fait hors de la portée, pincés et trompettants. On en prendra pour exemple son duo de la fin du premier acte avec le vieil hébreu : le début « Printemps qui commence » est défait, anarchique de ligne et détonant, alors que la suite « Chassant ma tristesse » est bien plus égale, mélodieuse et veloutée. Les moyens et l’intelligence du rôle donc, mais un manque de constance troublant, rendant sa prestation un peu décevante, en regard de sa réputation. est lui aussi un habitué du rôle du Grand prêtre de Dagon. Là encore, le constat est mitigé : la voix bouge beaucoup et semble fatiguée, la diction française n’est pas très naturelle, et il manque de souffle. Très débraillé au premier acte, il est cependant meilleur dans les deux suivants, où il se fait plus subtil et plus léger vocalement. En Vieil hébreu, Chester Patton est assez consternant : caverneux et tonitruant, il gâche de beaux moyens naturels par une technique des plus sommaires, et ce jeune chanteur risque de faire une très courte carrière s’il continue à poitriner aussi sauvagement, et à malmener le souffle de cette manière. Finalement, le seul qui soit irréprochable dans cette distribution est , Abimélech d’une tenue splendide, au chant stylé, et au français superlatif.

Aux manettes de ce Samson et Dalila, Kazuchi Ono est égal à lui-même : excellent et racé. Sa direction est fluide, élégante et détaillée, et a un impact dramatique formidable. Imposant dans les grandes pages chorales et les passages les plus pompeux, tranchant dans les danses et les interludes orchestraux, sensuel et épicé dans les pages amoureuses, le chef de la Monnaie réalise un sans faute, et est comme souvent le grand triomphateur de la soirée.

Crédit photographique : © DR

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