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Lang Lang, une découverte fascinante pour le public avignonnais

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Avignon. Opéra-Théâtre. 20-III-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en ut majeur K330. Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate n°3 en si mineur op. 58. Robert Schumann (1810-1856) : Kinderszenen op. 15. Sergueï Rachmaninow (1873-1943) : Prélude n°2 en si bémol majeur op. 23 ; Prélude n°5 en sol mineur op. 23, Franz Liszt (1811-1886) : Sonetto del Petrarca n°104 ; Rhapsodie hongroise n°2 en ut dièse mineur. Lang Lang, piano.

A quoi reconnaît-on un artiste de génie ? A la qualité de l’écoute durant les premières minutes… Dès les premières secondes, tout l’opéra d’Avignon a été sous le charme : magique ! a été éblouissant dans Mozart, étourdissant dans Rachmaninov, sublime dans Liszt…

Une seule voix discordante, et non des moindres, puisqu’il s’agit d’un conférencier de l’opéra, l’a taxé de « mécanique froide ». Certes, on peut trouver quelque emphase dans la gestuelle pour le Sonetto del Petrarca n° 104 de Liszt même si le contraste permanent entre les harmonies majeures et mineures le réclamait peut-être. On peut saluer la parfaite maîtrise technique, la mémoire implacable, le jeu rapide et souple ; mais est-ce là mécanique froide ? La vivacité même des réactions du public, et l’affectivité qui s’en dégage, témoignent de cet investissement personnel, de ce supplément d’âme, qui font les grands artistes.

Le style est tout entier dans le spectacle qu’il offre sur scène : des mains aériennes, un corps qui ondule autour de la musique jusqu’à se courber sur le clavier, une main gauche qui se déploie en corolle, un bras gauche qui s’arrondit pour envelopper les notes trop promptes à s’échapper… On aime ou on déteste, mais on ne reste pas indifférent. Osons dire que le jeune chinois est exceptionnel, mais non point parfait, et c’est cette fragilité, cette vulnérabilité toujours perceptible, qui rend magique chacun des accords, dans un état de grâce qui n’est jamais définitivement acquis ; c’est pourquoi nous suivrons avec la plus grande attention, au même titre que son père qui ne le quitte pas d’une semelle, la suite de sa carrière.

Dès la Sonate en ut majeur de Mozart, Lang Lang a donné toute la spécificité de son talent, en particulier la légèreté du jeu, dans la fluidité de la main droite et la méditation intérieure suggérée par la main gauche. La Sonate n°3 de Chopin, s’est trouvée comme embrassée par la souplesse du phrasé, dans le Scherzo tout particulièrement ; le public a retenu son souffle, longtemps, après la fin du morceau, avant d’éclater en applaudissements nourris.

Dès le début de la deuxième partie, Schumann, dans une page très attendue, a dégagé une émotion particulière ; l’interprétation manquait peut-être d’une homogénéité de bon aloi, néanmoins l’amplitude du jeu a démontré toute la virtuosité de Lang Lang, toute sa force de conviction également. Mais c’est la fin du récital qui a, plus encore, soulevé une admiration sans bornes. Rachmaninov, qu’on entend beaucoup en ce moment, n’est pas vraiment un compositeur facile. On peut l’affubler d’une mièvrerie incongrue, ou, comme un Arthur Aharonian que nous avons récemment entendu à Avignon aussi (au Théâtre du Balcon), le marteler tout aussi indûment. Lang Lang s’est tenu à égale distance de ces deux excès, et a offert aux deux préludes une ampleur, une force, inattendues, comme si l’artiste luttait avec la musique pour lui donner sa pleine puissance. Et que dire du bouquet final ? Le Sonetto, dans une région tout imprégnée de Pétrarque, a été joué avec subtilité, hormis les réserves énoncées précédemment. Quant à la Rhapsodie hongroise, elle a été pour tous un pur bonheur. Moment attendu, moment de tous les dangers ; la version proposée a été tout sauf convenue. On a pu regretter que le piano soit trop acide dans les aigus et insuffisamment profond dans les graves pour donner la plénitude de la rhapsodie, mais on ne craint pas d’affirmer que ce morceau, et le récital tout entier, ont été réellement jubilatoires. Et quelle affabilité dans les coulisses, à la suite du récital, comme si Lang Lang était encore tout étonné du cadeau de son succès…

Crédit photographique : © Nie Zeng / DG

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Avignon. Opéra-Théâtre. 20-III-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en ut majeur K330. Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate n°3 en si mineur op. 58. Robert Schumann (1810-1856) : Kinderszenen op. 15. Sergueï Rachmaninow (1873-1943) : Prélude n°2 en si bémol majeur op. 23 ; Prélude n°5 en sol mineur op. 23, Franz Liszt (1811-1886) : Sonetto del Petrarca n°104 ; Rhapsodie hongroise n°2 en ut dièse mineur. Lang Lang, piano.

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