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Attention, une petite messe peut en cacher une gigantesque

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Sorbonne – Grand Amphithéâtre. 14-V-07. Gioachino Rossini (1792-1868) : Messe Solennelle, version pour solistes, chœur et orchestre. Aurélia Legay, soprano ; Angélique Noldus, mezzo ; Mathias Vidal, ténor ; Alain Buet, baryton-basse. Chœur de Paris-Sorbonne, Chœur de l’UFR de Musicologie de Paris IV (Chef de chœur : Denis Rouger), Orchestre de Paris-Sorbonne, direction : Jacques Grimbert.

Initialement écrite pour solistes, douze chanteurs, deux pianos et harmonium, Rossini orchestra trois ans plus tard, en 1867, sa Petite Messe Solennelle pour une grande formation. Grande, immense même puisqu’il n’y avait pas moins de 360 musiciens ce soir dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne. Intitulée Messe Solennelle, cette version orchestrée est plus rarement jouée, probablement parce qu’elle est considérée comme un simple acte d’auto-défense de Rossini contre des orchestrateurs aussi zélés que mal inspirés. L’occasion de juger sur pièce.

Par sa durée de près d’une heure et demie, par la richesse des deux grandes fugues chorales qui parachèvent le Credo et le Gloria, par le « Domine Deus » plein d’allant et de fougue opératique confié en toute logique au ténor, par le lyrisme sans fausse pudeur de l’Agnus Dei final, la Messe Solennelle a des attraits qui valent bien ceux de son aînée la Petite. D’ailleurs, à en croire une lettre de 1866 de Rossini à son ami Luigi Crisostomo Ferrucci, le directeur de la Bibliothèque laurentienne à Florence, sa véritable hésitation à orchestrer son œuvre tenait à l’interdiction faite alors par le Vatican aux sopranos et contraltos de chanter dans une église. Il espérait pouvoir obtenir de Pie IX la levée de cette prohibition, devenue d’autant plus nécessaire qu’il ne se trouvait plus de castrats, cette mutilation étant désormais interdite. En honnête catholique, Rossini ne pouvait guère faire état publiquement de la cause réelle de son hésitation. Quoiqu’il en soit, Rossini réalisa l’orchestration, puis interdit toute interprétation de son vivant des deux versions. C’est donc sans complexe que l’on peut jouer l’une ou l’autre version, avec comme seul critère les musiciens que l’on a à sa disposition.

L’acoustique du Grand Amphithéâtre n’a pas été conçue pour des concerts, mais elle met en valeur les interventions des chœurs et des solistes. La clarté de l’articulation des chœurs est particulièrement frappante de la part d’une formation de près de trois cents membres, un résultat qui démontre la qualité du travail accompli. Les deux grandes fugues sont sonores et majestueuses comme il se doit, mais sans que le trait soit forcé ou lourd. On est dans du XIXe siècle mûr, triomphant, qui évite encore l’emphase et le pompeux. Le quatuor vocal est de grande qualité ; équilibré, il joue habilement la carte de l’opéra rossinien. se distingue particulièrement dans ce registre, par sa voix de ténor et par l’écriture de sa partie qui est la plus brillante de l’œuvre, tout en parvenant à garder un fond d’intériorité nécessaire. est plus sobre mais tout aussi efficace, et mêlent délicieusement leurs voix. Tous animent la partition de leur expérience du théâtre, indispensable pour ce compositeur.

Qu’on se le dise, après plus de trente ans à la tête de l’, solidement aidé par le jeune et talentueux chef de chœur , choisissant bien ses solistes, dispose d’un magnifique outil de promotion de la musique classique en milieu universitaire, et de l’université française dans le monde.

Crédit photographique : © Université Paris – Sorbonne

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