Ravel dans toute sa splendeur

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Pleyel. 11-V-07. Maurice Ravel (1875-1937) : Ma mère l’Oye, Trois poèmes de Stéphane Mallarmé, Chansons madécasses, Introduction et Allegro pour harpe. Sandrine Piau, soprano ; Elsa Maurus, mezzo-soprano ; Magali Mosnier, flûte ; Anaïs Benoit, flûte et piccolo ; Pascal Moragues, clarinette ; François Lemoine, clarinette basse ; Michel Dalberto et Franck Braley, piano. Quatuor Capuçon : Renaud Capuçon, violon I ; Aki Saulière, violon II ; Béatrice Muthelet, alto ; Gautier Capuçon, violoncelle.

Intégrale de la musique de chambre de Ravel (III)

Ravel fait partie des compositeurs qui ont sublimé le répertoire français de musique de chambre. Variant l’effectif instrumental ainsi que son approche musicale selon le choix de ses thèmes, il a l’art et la subtilité de créer des œuvres authentiquement nouvelles, même lorsqu’il s’apparente à une esthétique « classique ». Son talent pour l’orchestration et l’utilisation inhabituelle des possibilités de chaque instrument fait de lui le magicien de la musique du XXe siècle.

Pour le dernier volet consacré à l’intégrale des œuvres de musique de chambre de Ravel (le premier concert était consacré aux œuvres pour cordes et piano), quatre œuvres marquantes ont été à l’honneur. La première, Ma Mère l’Oye pour piano quatre mains, interprétée par les deux grands pianistes et Franck Braley, fit l’ouverture du concert, plongeant l’assistance dans un conte de fées selon Perrault, aux couleurs miroitantes. Jeu de nuances, légèreté enfantine, contraste de couleurs, inventivité de l’interprétation selon le caractère particulier de chaque piécette, complicité entre les deux parties, tout y est. Malgré la froideur du son due à une acoustique peu propice au piano, même grand ouvert, toute la magie de Ravel a été ressentie grâce à une interprétation gracieuse et ingénieuse des deux pianistes.

Dans les Trois poèmes de Stéphane Mallarmé écrits en 1913 et les Chansons madécasses écrites de 1925 à 1926 la différence de style se fait sentir, que ce soit dans le choix des textes ou dans l’écriture musicale et harmonique, ainsi que dans le rôle donné à chaque instrument. nous dépeint, dans son interprétation de la première œuvre un Ravel imaginatif par une écriture harmonique complexe et colorée ainsi qu’un dialogue constant et intime entre chaque instrument. Dans les Chansons madécasses, le texte en prose traduisant successivement la volupté, la cruauté du colonialisme et le mystère, l’écriture devient presque exclusivement contrapuntique, typique de Ravel à la fin de sa vie. , de sa voix de velours, propose une version fort symbolique et toute en subtilité.

Le concert se clot sur une touche champêtre par l’Introduction et Allegro pour harpe, vents et cordes, formation d’une grande originalité pour l’époque. La harpe chromatique venait d’être inventée et c’est Albert Blondel, directeur de la maison Erard, qui commanda cette pièce à Ravel. De nouveau, l’esprit de cette œuvre s’apparente aux contes de fées, explicitement représenté par des cascades de harpe, de grandes envolées à la flûte, chaque instrument ayant un rôle bien défini. Encore une fois, la structure est classique mais le contenu est à l’opposé de la rigueur qu’impose la forme. Une courte pièce qui a fait le bonheur des auditeurs, toujours grâce à l’approche inventive et rigoureuse des grands musiciens de ce concert

Ce dernier volet en l’hommage de Ravel et de son intégrale de la musique de chambre fut un franc succès.

Crédit photographique  : © Marie-Noëlle Robert

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