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Triomphale Patrizia Ciofi dans Don Pasquale

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Genève. Grand-Théâtre. 22-V-2007. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Don Pasquale, opéra en trois actes sur un livret de Giovanni Ruffini et du compositeur. Mise en scène : Daniel Slater. Décors et Costumes : Francis O’Connor. Lumières : Bruno Pœt. Chorégraphie : Nicole Tongue. Avec : Simone Alaimo, Don Pasquale ; Marzio Giossi, Dottore Malatesta ; Norman Shankle, Ernesto ; Patricia Ciofi, Norina ; Romaric Braun, Un notaro. Chœur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Ching-Lien Wu), Orchestre de la Suisse Romande, direction : Evelino Pidò.

don_pasquale_geneve_2007-300x447Une scène comme la salle du Grand-Théâtre de Genève est trop vaste pour cette comédie familiale de Donizetti. Mais si les acteurs se perdent parfois dans des dialogues lancés d’un bord à l’autre de la scène, le spectacle de Daniel Slater est brillant. S’occupant aussi magistralement des solistes que des mouvements du chœur, les costumes variés et bien dessinés et le (très beau) décor (Francis O’Connor) concourent à la réussite d’une soirée colorée et divertissante comme cette scène n’a plus vue depuis longtemps.

Occupant toute l’ouverture de scène, les tables espacées d’un élégant café du début du siècle obligent les protagonistes à s’invectiver à plusieurs mètres les uns des autres. Ce ping-pong vocal contraignant les protagonistes à soutenir des conversations lointaines lasse bientôt le spectateur qui va focaliser son attention sur ce qui se passe au centre de la scène où les figurants s’animent dans d’amusantes facéties. À l’image du manège de ces deux garçons de café, impassible et stylés, servants et desservant le petit-déjeuner d’Ernesto lorsque, en prise à l’énervement, il prend place à une table ou à une autre. Il faudra attendre le deuxième acte pour que le décor de l’appartement de Don Pasquale s’avère plus propice à l’expression théâtrale. Ainsi, les personnages s’expriment dans un jeu de scène plus cohérent, remettant à niveau les quelques disparités théâtrales des acteurs que le premier acte souligne.

Si les grands espaces n’ont aucune prise sur l’aisance scénique de Simone Alaimo (Don Pasquale) et de (Norina), il n’en est pas de même des autres protagonistes. Le piquant de la soprano complète l’admirable bouffonnerie de la basse. Vocalement comme scéniquement, la soprano italienne envahit la scène. Comédienne virevoltante, triomphale, elle s’empare de son rôle avec une drôlerie à en faire oublier qu’elle chante admirablement bien. Aux dépens d’une voix relativement peu puissante, elle oppose une agilité vocale et une clarté de diction remarquables. Son jeu, ses mimiques, ses postures excessives racontent ses états d’âme presque mieux encore que les mots. Sans jamais oublier l’expression belcantiste, elle est aussi charmante et amoureuse de son Ernesto que détestable et capricieuse vis-à-vis du pauvre Don Pasquale. Très à l’aise, Simone Alaimo compose un personnage touchant et pathétique. N’abandonnant pas la comédie, il est dans la douleur de l’incompréhension. Il est moqué, il est berné, il est giflé, mais son but reste celui de se marier et de vivre comme les couples qu’il découvre dans la toute première scène de l’opéra, comme un préalable à l’intrigue. Le malheur veut qu’il tombe entre les pattes d’un (Dottore Malatesta) qui, en affairiste froid, lui fait épouser sa sœur. Dans cette prise de rôle, le baryton italien se frotte avec un bonheur inégal à la comédie. Pas très à son avantage dans les vocalises d’agilité, sa voix belle et sombre convient sans doute mieux à des rôles moins légers. Quant à Norman Shankle (Ernesto), il possède le legato indispensable au « beau chant » de l’amoureux transi, mais ses aigus sont souvent trop courts.

Si le metteur en scène Daniel Slater réussit à faire des choristes du Chœur du Grand-Théâtre de Genève des acteurs à part entière, il le doit à leur exceptionnelle préparation vocale. Chantant avec une précision incroyable et de superbes couleurs vocales, cet ensemble émerveille à chacune de ses apparitions. Si l’on s’émerveille ici de son italianité, là de son Français, là encore de sa germanité, c’est au travail de sa cheffe qu’on le doit et ce n’est pas étonnant que la réputation de cet ensemble le classe aujourd’hui comme l’un des chœurs parmi les meilleurs au monde.

Dans ce festival d’humour et de burlesque bon enfant, la part de la direction d’orchestre n’est pas à dédaigner. Avec un d’une belle souplesse, la baguette d’ module la partition de Donizetti en variant les tempi pour favoriser la mélodie. Revers de cette belle médaille musicale, les solistes sont souvent contraints de se tourner vers la fosse pour suivre les indications du chef au détriment de l’action théâtrale.

Retransmis le 30 mai dernier en direct sur les ondes de France Musique et de la Radio Suisse Romande Espace 2 comme sur les écrans d’ARTE et de la deuxième chaîne Suisse Romande TSR2, cette production devrait faire l’objet d’une captation DVD à paraître vers la fin de cette année.

Crédit photographique : (Norina) / (Don Pasquale) et le Chœur du Grand-Théâtre de Genève © GTG/Ariane Arlotti

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Genève. Grand-Théâtre. 22-V-2007. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Don Pasquale, opéra en trois actes sur un livret de Giovanni Ruffini et du compositeur. Mise en scène : Daniel Slater. Décors et Costumes : Francis O’Connor. Lumières : Bruno Pœt. Chorégraphie : Nicole Tongue. Avec : Simone Alaimo, Don Pasquale ; Marzio Giossi, Dottore Malatesta ; Norman Shankle, Ernesto ; Patricia Ciofi, Norina ; Romaric Braun, Un notaro. Chœur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Ching-Lien Wu), Orchestre de la Suisse Romande, direction : Evelino Pidò.

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