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A Gand, les adieux de Rita Gorr

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Gand. De Vlaamse Opera. 30-VI-2007. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : La Dame de Pique, opéra en trois actes sur un livret de Modest Tchaïkovski. Mise en scène : Guy Joosten. Décors : Johannes Leiacker. Costumes : Jorge Jara. Lumières : Davy Cunningham. Avec : Miska Didyk, Hermann ; Anja Kampe, Lisa ; Rita Gorr, La comtesse ; Tómas Tómasson, Comte Tomski ; Brett Polegato, Prince Eletski ; Karine Ohanyan, Pauline ; Michael Smallwood, Tchekalinski ; Nanco de Vries, Sourine ; Lars Piselé, Tchaplitski ; Christa Biesmans, Macha ; Mireille Capelle, Gouvernante. Chœur et Orchestre de la Vlaamse Opera (chef de chœur : Kurt Bikkembergs). Direction : Günter Neuhold.

Les adieux de Rita GorrLa Dame de Pique

C’est presque incroyable. 58 ans après ses débuts sur scène, a décidé de rechanter pour le public de Gand, sa ville natale. Pour quatre représentations, elle endosse une dernière fois le costume de la Comtesse dans La Dame de Pique, un rôle qui l’a déjà portée aux quatre coins du monde. Et, ce qui est encore plus étonnant, elle se présente dans une forme éblouissante. Certes, la voix n’est plus jeune, mais elle est toujours impressionnante, puissante même. Et elle a conservé cette notion d’autorité qui faisait de une Dalila, une Ortrud et une Amneris inoubliable. Cette Comtesse fascine et intrigue dès sa première entrée, le portrait culminant dans une mémorable chanson de Grétry, interprétée avec un mélange très spécial de grandeur et de tristesse – et saluée justement par une ovation interminable.

Si Rita Gorr est, bien sûr, la vedette de la soirée, elle n’en est pas le seul point fort. Au contraire : , malgré une émission quelque peu durcie dans le haut médium, campe une Lisa des plus crédibles, à la fois nuancée et intense, admirablement jouée, notamment dans sa grande scène du troisième acte. Hermann est interprété par le ténor ukrainien . Si le timbre, de couleur assez métallique, n’est pas vraiment beau, il nous convainc grâce à son ardeur scénique et vocale ainsi qu’à l’arrogance de son registre aigu. , avec un mordant très bienvenu dans le timbre, est un Tomsky de premier ordre, , très en voix, incarnant un Eletsky plus engagé que d’habitude. Pauline est chantée par dont le beau timbre charnu fait regretter la brièveté du rôle.

Mais la Dame de Pique est surtout un opéra de chef et de metteur en scène. Et là aussi, nous ne pouvons pas nous plaindre. Ainsi, nous offre une lecture dense et romantique. S’il privilégie un son sombre et rond au détriment d’une certaine agressivité, plus en vogue chez certains chefs russes, sa direction n’en est pas moins passionnée, voire survoltée à certains moments. La mise en scène de , âgée d’une petite dizaine d’années et globalement très réussie, tente de concilier une vision réaliste de l’œuvre et une approche plus psychologique. Ainsi nous avons droit à de beaux costumes XIXe siècle, à des enfants jouant au ballon dans la première scène ainsi qu’à un véritable salon de jeu pour le finale. En revanche, le bal se transforme en un cauchemar d’Hermann où la pastorale est coupée et où la comtesse remplace l’impératrice Catherine. Dans la scène du dortoir, les camarades d’Hermann deviennent des messagers d’un autre monde – une image très forte. Le moment le plus impressionnant pourtant se trouve dans deuxième tableau du troisième acte : point de Néva cette fois, mais des murs couverts de miroirs, se refermant inévitablement sur Lisa.

Le public, à la fin, salue chaleureusement les interprètes et le chef. Ce n’est qu’au moment où Rita Gorr entre sur scène qu’il se lève pour ovationner encore une fois sa grande star. Et ovations encore lorsque le directeur général de la maison l’appelle la plus grande chanteuse lyrique que la Belgique ait jamais connue.

Crédit photographique : Rita Gorr (la Comtesse) & (Hermann) ; (Lisa) © Annemie Augustijns

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Gand. De Vlaamse Opera. 30-VI-2007. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : La Dame de Pique, opéra en trois actes sur un livret de Modest Tchaïkovski. Mise en scène : Guy Joosten. Décors : Johannes Leiacker. Costumes : Jorge Jara. Lumières : Davy Cunningham. Avec : Miska Didyk, Hermann ; Anja Kampe, Lisa ; Rita Gorr, La comtesse ; Tómas Tómasson, Comte Tomski ; Brett Polegato, Prince Eletski ; Karine Ohanyan, Pauline ; Michael Smallwood, Tchekalinski ; Nanco de Vries, Sourine ; Lars Piselé, Tchaplitski ; Christa Biesmans, Macha ; Mireille Capelle, Gouvernante. Chœur et Orchestre de la Vlaamse Opera (chef de chœur : Kurt Bikkembergs). Direction : Günter Neuhold.

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