Le génie n’a pas germé dans Germania

Festivals, La Scène, Opéra

Montpellier, Opéra-Berlioz. 12-VII-2007. Alberto Franchetti (1860-1942) : Germania, opéra en deux tableaux, un prologue et un épilogue sur un livret de Luigi Illica. Version de concert. Création en France. Avec : Gustavo Porta, Federico Lœwe ; Silvio Zanon, Carlo Worms ; Manuela Uhl, Ricke ; Markus Brück, Crisogogno ; Sarah ven der Kamp, Jane ; Ceri Williams, Lene / Hedvige / una donna ; Jacquelyn Wagner, Jebbel adulte ; Ditte Andersen, Jebbel enfant ; Ante Jerkunica, Stapps ; Guillaume Antoine, Palm ; Jörg Schörner, Lützow / Körner ; Hyung Wook Lee, le chef de la police. Chœur et Orchestre du Deutsch Oper de Berlin (chef de chœur : Ulrich Paetzholdt), direction : Renato Palumbo.

Festival de Radio-France et Montpellier 2007

Prenez une citation du Freischütz de Weber, beaucoup de morceaux de Wagner, une facilité mélodique digne de Puccini (le génie en moins), quelques sanglots véristes et une lointaine vocalité verdienne. Mélangez vigoureusement le tout avec un livret inepte où on chante l’amour pour la patrie la main sur le cœur, agrémenté d’une histoire de fesses qui finit (forcément) mal, vous obtiendrez Germania d’. Une œuvre longue et insipide qui aurait mieux fait de continuer gentiment à dormir au fond de son tiroir poussiéreux. Montpellier nous avait habitué à quelques raretés d’une autre valeur (Fiesque de Lalo, Salomé vue par , la Vedova Scaltra de Wolf-Ferrari, …), mais pour cette année le mauvais lot a été tiré. Au moins, nous saurons pourquoi Germania va retomber légitimement dans un oubli mérité après cette résurrection passagère. Christoforo Colombo du même Franchetti avait été ressorti en 1992 – et pour cause – avant de disparaître une fois encore. La notice du concert présentant ces deux opéras comme les plus aboutis de son auteur, on tremble à l’idée d’entendre les autres…

Franchetti ne donne pas dans le simple : les forces orchestrales demandées sont considérables, pas moins de douze solistes sont nécessaires, et le plus petit rôle est loin d’être un figurant. L’écriture vocale des trois principaux protagonistes se situe entre Otello et Lohengrin, trouver de telles carrures relève du défi. , plutôt habituée aux rôles de Violetta, Salomé, Armide ou Marguerite, poitrine avec excès dans une partie qui relève d’une soprano plus dramatique que lyrique. possède une voix timbrée, fine et racée qui malheureusement passe peu l’orchestre. (remplaçant de dernière minute de , annoncé comme souffrant) est un ténor à l’ancienne, comme on n’en fait plus : voix large et puissante, main droite sur le cœur, yeux désespérément rivés sur le chef. C’est de l’ensemble du plateau celui dont la voix correspond le plus aux exigences de Franchetti. Les autres rôles vont de l’honorable à l’excellent, avec une mention spéciale aux voix d’hommes.

Le chef d’orchestre ne fait pas grand-chose pour aider ses chanteurs, qu’il a situés – un comble ! – entre le chœur et l’orchestre. Les troupes du Deutsch Oper de Berlin étonnent par leur cohésion et leur justesse d’ensemble. Mais au final cela tonitrue, rue dans les brancards, explose dans tous les sens et reste terriblement ennuyeux. Oublions Franchetti.

Crédit photographique : © DR

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