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Les Révélations de l’Adami 2007 dans la cour des Grands

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Prades. Eglise Saint-André de Catllar. 3-VIII-2007. Gabriel Fauré (1845-1924) : Sérénade en si mineur op. 98 ; Elégie. Ambroise Thomas (1811-1896) : Hamlet, « Air du roi ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, Air du Catalogue de Leporello. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Extraits de Casse-Noisettes (version M. Pletnev). Aram Illitch Khatchaturian (1903-1978) : Toccata pour piano. Leo Delibes (1836-1891) : Lakmé, « Fantaisie aux divins mensonges… » (Air de Gérard). Pietro Mascagni (1863-1945) : L’Amico Fritz « Ed anche Beppe amo… », air de Fritz. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Adagio de la Sonate n°1 BWV 1001. Fritz Kreisler1875-1962) : Tambourin chinois. Vicenzo Bellini  : I capuleti e Montecchi « Eccomi in lieta vesta… (Air de Juliette). Christoph Williibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, « Fortune ennemie… (Air d’Eurydice). Robert Schumann (1810-1857) : Trois Romances pour hautbois et piano op. 94. Gioacchino Rossini (1792-1868) : L’Italiana in Algeri, « Pensa alla patria… » (Air d’Isabelle). Maurice Ravel (1875-1937) : L’Heure espagnole, « Oh, la pitoyable aventure ! » (Air de Conception). Aurélienne Brauner, violoncelle ; Benoît Arnould, Baryton ; Varduhi Yeritsyan, piano ; Mathias Vidal, ténor ; Julien Szulman, violon ; Johanna Malewski, soprano ; Olivier Rousset, hautbois ; Isabelle Druet, mezzo-soprano.

Festival Pablo Casals

Depuis 2003, le Festival Pablo Casals accueille chaque année le premier concert des Révélations Classiques de l’Adami, une société de gestion collective des droits des artistes-interprètes, qui s’est donné pour mission de valoriser la création (plus de 600 spectacles ont déjà bénéficié de son aide) et d’encourager les talents émergents dans tous les domaines de l’expression artistique (danse, théâtre, musique, scène lyrique). Sous la houlette de deux membres très actifs du Conseil d’administration, Sonia Nigoghossian et Françoise Petro, toutes deux chanteuses lyriques, l’Association artistique de l’Adami lance la 11ème édition des Révélations Classiques, sélectionnant huit jeunes artistes, interprètes et chanteurs qui se produiront en concert plusieurs fois dans l’année (à Musicora notamment en Mars prochain), une initiative qui pourrait d’ailleurs franchir les frontières dans les années à venir. Au terme de cette tournée de concerts, chaque interprète bénéficie d’un CD de promotion produit par l’association, carte de visite indispensable aujourd’hui, qui semble bien avoir ouvert des portes à de jeunes talents comme la violoniste Marina Chiche ou le pianiste David Fray invités aujourd’hui au Théâtre des Champs-Élysées et à la salle Pleyel par les grandes phalanges orchestrales parisiennes !

À l’issue d’une sélection assez rude – plus de 120 candidats bardés de diplômes – dont l’âge est un des critères déterminants, quatre chanteurs et quatre instrumentistes figurant au palmarès 2007 se produisaient ce Vendredi 3 Août dans la petite église de Catllar, située non loin de Prades et offrant aux interprètes le superbe décor de son retable ornant le chœur de l’édifice. Ils étaient tous accompagnés par Yann Ollivo, un pianiste aussi discret qu’efficace, bien connu dans le milieu de l’Académie internationale au sein de laquelle, chaque année, il prodigue ses talents sans compter.

Le choix instrumental s’était d’abord fixé sur le violoncelle d’, une interprète pleine de fougue et de détermination qui vient d’achever un cursus complet au CNSM de Paris avant de partir se perfectionner à Berlin. Sa personnalité s’impose d’emblée par la profondeur et la générosité d’un geste qui cherche le son et l’intensité de sa conduite. Regrettons peut-être le choix d’un programme – deux pièces de Fauré – qu’une interprétation un peu véhémente ne servait pas au mieux.

On peut également se demander ce qui a motivé le choix de , pianiste d’origine arménienne qui s’aventure dans une transcription de Casse-Noisettes de Tchaïkovski sans avoir l’envergure technique nécessaire. La Toccata de Khatchaturian n’est guère mieux maîtrisée dans une acoustique, il est vrai, qui ne favorise pas la clarté du discours.

Le violoniste , qui multiplie les récompenses (il vient d’obtenir la bourse « Natexis » pour prolonger confortablement ses études), après l’Adagio de la Sonate n°1 BWV 1001 de Bach, une œuvre « porteuse » que le jeune violoniste saura faire mûrir au fil des ans, met toute l’élégance et la séduction sonore de son jeu dans Tambourin chinois de Kreisler, une pièce brillante qui semble lui faire oublier le pianiste qui l’accompagne !

Plus qu’une révélation – c’est un artiste accompli – il vient d’être nommé second hautbois soliste à l’Orchestre de l’Opéra de Paris, et on l’entendait cet après midi dans Trois Romances pour hautbois de Robert Schumann. Avec une aisance de phrasé et une souplesse féline étonnante, , engageant un véritable duo avec son pianiste, cerne les contours facétieux de l’écriture schumanienne où transpire parfois l’âme enfantine du compositeur ; c’est cette simplicité, au sens mozartien du terme, qui nous touche dans l’interprétation ô combien sentie, de ce merveilleux hautboïste.

C’est la diversité des timbres, des personnalités et du répertoire très éclectique (deux pièces chacun pour une durée d’à peu près dix minutes) qui captivent l’attention à l’écoute des quatre jeunes chanteurs issus pour la plupart du Conservatoire National Supérieur de Paris. Avec une technique éprouvée et un style qui n’autorise aucune faute de goût dans un répertoire qui, d’ailleurs, ne le supporterait pas, le baryton basse débute dans l’» Air du roi » extrait d’Hamlet d’Ambroise Thomas. Si sa voix ne manque pas de souplesse, il est moins à l’aise dans le personnage de Leporello dont on attendait plus de malice et de séduction sournoise.

Superbe ténor dramatique déployant des aigus prometteurs, nous enchante par son engagement et la clarté de son élocution dans la musique française de Delibes. Il trouve dans Mascagni des couleurs plus sombres et une force d’expression très convaincante.

Beaucoup d’intensité et d’émotion également dans la voix de , ample soprano lyrique superbement bien conduite, qui révélera toutes ses capacités – de merveilleux sotto voce notamment – dans l’air de Julietta extrait d’I Capuleti et Montecchi de Vizenzo Bellini.

Mezzo colorature d’une exceptionnelle vitalité, ajoute à sa formation de chanteuse celle de comédienne, un ensemble « détonant » si l’on mesure l’abattage scénique de cette artiste déclenchant l’enthousiasme et le rire du public dans l’air de Conception extrait de L’Heure espagnole de Maurice Ravel, « Oh, la pitoyable aventure ! » : un « coup de théâtre » fort réussi pour terminer brillamment ce concert.

Crédit photographique : © DR

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Prades. Eglise Saint-André de Catllar. 3-VIII-2007. Gabriel Fauré (1845-1924) : Sérénade en si mineur op. 98 ; Elégie. Ambroise Thomas (1811-1896) : Hamlet, « Air du roi ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, Air du Catalogue de Leporello. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Extraits de Casse-Noisettes (version M. Pletnev). Aram Illitch Khatchaturian (1903-1978) : Toccata pour piano. Leo Delibes (1836-1891) : Lakmé, « Fantaisie aux divins mensonges… » (Air de Gérard). Pietro Mascagni (1863-1945) : L’Amico Fritz « Ed anche Beppe amo… », air de Fritz. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Adagio de la Sonate n°1 BWV 1001. Fritz Kreisler1875-1962) : Tambourin chinois. Vicenzo Bellini  : I capuleti e Montecchi « Eccomi in lieta vesta… (Air de Juliette). Christoph Williibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, « Fortune ennemie… (Air d’Eurydice). Robert Schumann (1810-1857) : Trois Romances pour hautbois et piano op. 94. Gioacchino Rossini (1792-1868) : L’Italiana in Algeri, « Pensa alla patria… » (Air d’Isabelle). Maurice Ravel (1875-1937) : L’Heure espagnole, « Oh, la pitoyable aventure ! » (Air de Conception). Aurélienne Brauner, violoncelle ; Benoît Arnould, Baryton ; Varduhi Yeritsyan, piano ; Mathias Vidal, ténor ; Julien Szulman, violon ; Johanna Malewski, soprano ; Olivier Rousset, hautbois ; Isabelle Druet, mezzo-soprano.

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