Camille chante Britten, prétentieux rendez-vous

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Chéserex (Vaud). Abbaye de Bonmont. 5-VIII-2007. Benjamin Britten (1913-1976) : Ceremony of Carols ; God is Sound. Camille, Indi Kaur, Julia Sarr (chant) ; Sébastien Martel, guitare ; Matthew Ker (alias MaJiKer), direction.

Dernière étape d’une tournée dans la France des églises et des chapelles, le splendide lieu de l’Abbaye de Bonmont crée en 1053 par les moines cisterciens accueillait la chanteuse de rock française Camille pour sa vision de la Ceremony of Carols de .

Dans les interviews que la chanteuse française avait données avant sa tournée, elle clamait à tous vents sa non-croyance. Dès lors, on peut se demander le pourquoi de son envie d’aborder une œuvre religieuse ? Et pourquoi lui prêter un lieu aussi sacré que cette abbaye pour n’en faire qu’une représentation païenne ? Non pas que l’espace de Bonmont se doit d’être religieux mais il est habité d’une spiritualité que ni Camille, ni les autres protagonistes qui l’entourent ne possèdent. Flanquée de deux chanteuses (l’africaine Julia Sar et l’indo-britannique Indi Kaur), d’un guitariste et du musicien pop MaJiKer officiant comme chef d’orchestre, Camille, coiffée d’une mantille rose s’offre un long tour de l’assistance en psalmodiant un Hallelujah comme pour appeler un respect du lieu plutôt que de s’en imprégner.

De retour sur une scène trop basse pour que le public du milieu et du fond de l’oratoire puisse voir autre chose que le tronc des chanteuses, les premiers couplets de la Ceremony of Carols s’élèvent sans qu’on ne comprenne rien de la langue dans laquelle ils sont chantés. Si le matériel vocal de Camille lui permet de s’élever au-dessus de celui de ses collègues, elle ne le met pourtant pas au service d’une interprétation, d’une lecture profonde de ce mystère de Noël. A preuve de son implication superficielle, son attitude scénique reflétant malheureusement le «j’m’en-foutisme» très à la mode chez tant de musiciens de variété française, lorsqu’elle pouffe devant le public parce que les trois chanteuses manquent un départ ou que le guitariste s’accorde en plein morceau. Et la justesse souvent défaillante des voix laisse une pénible impression de travail bâclé au service d’une inspiration de pacotille.

Composé pour majeure partie de fans de la chanteuse, le public applaudit à chacun des chants du cycle rompant ainsi l’unité de l’œuvre comme l’éventuel recueillement qui aurait pu être propice à une élévation spirituelle de ce «concert».

En deuxième partie, Camille, seule en scène, fait une performance de ses capacités vocales, comme si elle passait une audition. Si on semble reconnaître un chant d’Hildegard von Bingen au milieu d’un fouillis d’onomatopées voulant inviter le chaland à un voyage de prières (comme l’indique le programme) du monde, rien ne transparaît d’une originalité ou d’une touche personnelle. Tout semble copié, imité, tiré de la propre collection de cd’s de «Chant du Monde» de la chanteuse. Et ce ne sont pas ses gestes et ses danses qui effaceront la gêne suscitée par sa présence incongrue dans un lieu qu’elle n’habite pas.

Un dernier tour de salle avec toute la troupe reprenant l’ultime performance de Camille libère le public de ce prétentieux rendez-vous.

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