Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Un programme encore plus homogène qu’éclectique

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Paris, Salle Pleyel. 30-IX-2007. Mark André (né en 1964) : … auf… II (commande de l’Ensemble Modern Orchestra, création). Edgard Varèse (1883-1965) : Amériques (version de 1929). Enno Poppe (né en 1969) : Obst (création). Matthias Pintscher (né en 1971) : Towards Osiris (création). Pierre Boulez (né en 1925) : Notations I-IV, VII. Ensemble Modern Orchestra, direction : Pierre Boulez.

Festival d’Automne 2007

Des compositeurs nés dans les années 60-70, le premier orchestre à se consacrer au répertoire des XXe et XXIe siècles, à la direction : le Festival d’Automne offrait au public parisien un programme pêchu, illustre et ténu. Organisé comme un échange de bons procédés, les grands noms (Varèse et Boulez) étaient bien entendus d’autant plus importants, qu’ils prêtaient de leur prestige à des compositeurs plus jeunes : Mark André, et .

Après que Boulez ait salué, après s’être aperçu que son pupitre était vide, ayant eu à retourner en coulisse chercher ses partitions, une fois applaudi par un public amusé du petit imprévu, l’anecdote pouvait presque paraître allégorique. C’est que la première pièce, de Mark André, commence par une classique mise à distance de la notion de commencement : s’ouvrant sur des sons frappés sur le piano hors du clavier, l’œuvre peut donner l’impression de partir de l’extérieur de la musique pour, après des échanges de moins en moins informels entre les deux pianos des deux côtés de la scène, aller jusqu’à assumer des éléments plus structurels. Le titre (… auf… II), programmatique, promet une telle densité philosophique, il y avait toutes les chances qu’elle advienne de la manière surtout pas la plus attendue. Par exemple, sur des nappes un peu dissonantes des cordes, les interventions des pianos paraissent plus rythmiques, et les vents sous-articulés tressant comme un humus, donnaient aux effets de volume une teneur volontiers pulsionnelle. Puis, les recherches de crissements euphoniques, l’inattendu des efficacités de l’orchestre tout en percussion, et la conclusion aux couleurs assez proches de l’ouverture, donnent à cette œuvre de 15 minutes, une progression narrative sans gravité trop arrêtée, sans reste en tous les cas.

Si le titre est Amériques, comme il en va moins d’un titre « descriptif d’un endroit géographique » que d’une « symbolique des découvertes » (dixit Zanotti-Bianco dans les notes de la première exécution), l’œuvre de Varèse pouvait s’entendre encore comme une histoire de seuil. L’orchestration est d’office voluptueuse, l’organisation de l’œuvre ouvertement séquentielle. Aussi, comme dans l’œuvre de Mark André, Boulez va à l’essentiel : les rythmes très connotés et les modes volontiers typiques sont abordés avec la distance la plus adéquate, une prodigieuse unité dans le rapport entre les volumes sonores mis en jeu et l’aboutissement des mélodies tantôt embryonnaires.

Alors, si la première partie pouvait passer pour une affaire de « seuils », la seconde sentait plutôt l’atelier. Sinon que l’ardeur sans relâche dont témoignent les musiciens de l’ Orchestra, autorise assez peu de résumer à coups de thèmes aussi globaux. Certes, l’œuvre de Poppe semble formaliste (le compositeur n’hésite pas à présenter tel extrait comme « une paraphrase d’un motif pendulaire de tierce mineure, qui glisse, filtré par des instrumentations différentes, vers l’octave inférieure par degrés de vingt-cinq quarts de ton descendants »). Et nous pouvons regretter que les deux premiers mouvements ne laissent pas toujours passer l’hédonisme sonore promis par des dispositions certes très techniques. Qu’à cela ne tienne, le troisième des Obst est de toute façon réussi, d’une élasticité contenue juste ce qu’il faut… Attentifs et homogènes, les musiciens ont joué towards Osiris de avec un certain sérieux. La partition pouvait avoir un air de déjà entendu, une forme peut-être un peu trop resserrée, de quoi perdre en consistance à la moindre déconcentration. Enfin, les Notations I-IV et VII de Boulez, avec des orchestrations gourmandes, une rondeur quasi-cocasse des subtilités de polyrythmies, offraient, en plus féroces encore, des climats excellemment distincts, une espèce de certitude dans les équilibres sonores, à disqualifier les débats thématiques sur le contenu de telle œuvre suivant telle autre.

Crédit photographique : © Barbara Klemm

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Paris, Salle Pleyel. 30-IX-2007. Mark André (né en 1964) : … auf… II (commande de l’Ensemble Modern Orchestra, création). Edgard Varèse (1883-1965) : Amériques (version de 1929). Enno Poppe (né en 1969) : Obst (création). Matthias Pintscher (né en 1971) : Towards Osiris (création). Pierre Boulez (né en 1925) : Notations I-IV, VII. Ensemble Modern Orchestra, direction : Pierre Boulez.

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