Présences 2007-2008 prend le large !

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Lille, Nouveau siècle. 13-IX-2007. György Ligeti (1923-2006) : San Francisco Polyphony ; John Adams (né en 1947) : Fearful Symmetries ; Martin Matalon (né en 1958) : Lignes de fuite ; Leonard Bernstein (1918-1990) : West Side Story : Symphonic Dances. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : François-Xavier Roth.

Festival Présences 2007

Privé de son cadre habituel en raison des travaux amorcés à Radio-France dans la salle Olivier-Messiaen, le Festival de création musicale de Radio-France Présences se décentralise et devient itinérant, partant à la rencontre de nouveaux publics en province. Lille, Montpellier et Toulouse sont les trois capitales régionales choisies cette année pour accueillir en week-end ces concerts – gratuits, rappelons le – de musique d’aujourd’hui qui se dérouleront de septembre à janvier avant une dernière étape prévue à Paris, à la Cité de la Musique, en mai 2008.

Bouleversant également ses habitudes, le Festival Présences n’a pas choisi cette année de célébrer plus particulièrement une des personnalités du monde de la musique contemporaine comme l’ont été, lors des éditions précédentes, Thomas Adès, Krzysztof Penderecki, Marc-André Dalbavie ou encore Philippe Hersant. L’édition 2007-2008 concoctée par son directeur René Bosc met en vedette les compositeurs en résidence au sein des trois institutions concernées – Bernard Cavanna à Lille donnera en création mondiale son Double concerto pour violon et violoncelle – et rend un hommage appuyé à décédé en juin 2006. Parmi les six œuvres du compositeur hongrois inscrites au programme, Atmosphères et Lontano, des pièces majeures pour grand orchestre seront interprétés par l’Orchestre National de Montpellier et le Philharmonique de Radio-France.

C’était la première fois que le « Philar », placé ce vendredi soir sous la baguette de François–Xavier Roth, venait jouer à Lille dans l’auditorium du « Nouveau siècle » de 1900 places affichant complet pour cette ouverture de Présences. Le programme éclectique – et assez peu familier des éditions parisiennes ! – faisait entendre, au côté de et , deux œuvres américaines liées à la danse de et  ; le choix des Symphonic dances du très célèbre – et irrésistible – West Side Story peut cependant paraître un peu étrange dans un festival de créations !

Passionnante et ô combien actuelle, la musique de Ligeti ne laisse pas de maintenir notre écoute en alerte par la richesse de son écriture et l’originalité d’un travail que le compositeur cherchera toute sa vie à conduire dans des voies nouvelles. A ce titre, San Francisco Polyphony pour grand orchestre écrit entre 1973 et 1974 amorce, avec le Concerto de chambre et Melodien, une nouvelle phase créative chez Ligeti accordant une importance accrue à l’indépendance des lignes polyphoniques et aux préoccupations rythmiques – avec des procédés de polymétrie – qui resteront prédominantes pour le compositeur. Saluons le travail de détail de et l’investissement des musiciens de l’Orchestre Philharmonique dans cette écriture touffue dont ils nous font apprécier la complexité vivante et la matière en constante métamorphose jusqu’au « cut » final et très théâtral qui suspend arbitrairement le flux sonore.

Le contraste est radical avec la musique répétitive de Fearful symmetries de , une musique pulsée, ludique et sans histoire excepté les légers déphasages occasionnant les changements de paysages de ce que le compositeur appelle sa « travelling music ». Sans doute nous manquait-il le support chorégraphique – l’œuvre a fait l’objet de 12 versions dansées différentes – pour apprécier pleinement cette composition dont le temps étiré à l’infini nous parut bien long. Quelques « mix » assez réussis entre les sons de synthèse diffusés sur les haut-parleurs et les pupitres de l’orchestre parviennent cependant à magnétiser les oreilles d’un public assurément moins dépaysé par les harmonies claires de ce « long fleuve tranquille » que par les aventures risquées d’un Ligeti.

Risquée, la musique de l’est aussi dans ce défilé « d’images » et l’extrême vitalité d’une matière sonore incandescente qu’il déploie dans « lignes de fuite » une œuvre pour grand orchestre de 2006 sollicitant un large dispositif de percussions. Plongé dans l’univers du film surréaliste, celui de Luis Bunuel en particulier et de Fritz Lang – on se souvient des trois heures de musique fascinante sur la version restaurée de Metropolis donné l’année dernière à la Cité de la musique– Matalon entretient une sorte de rythme cinématographique dans son discours conçu par juxtaposition d’événements très courts et en constante métamorphose dont il cerne les contours avec une extrême minutie de détail. La puissance et l’investissement du geste de donnent à cette œuvre charnue son relief et sa pleine dramaturgie.

Pour finir, pleins feux sur la section des cuivres galvanisée par la batterie et les percussions dans les Danses symphoniques de West Side Story rassemblées sous forme de suite d’orchestre par Sid Ramin et Irwin Kostal et créée à New York en 1961, quatre ans après l’original scénique. Si l’on peut préférer à cette version symphonique un peu guindée l’accent plus authentique de Broadway, l’Orchestre Philharmonique dans son plein rendement ne manque pas de nous étonner par la rutilance de ses sonorités notamment dans le Mambo très enlevé que François-Xavier Roth reprend en bis en sollicitant la complicité d’un public totalement conquis. Le Festival Présences s’encanaille ! A suivre…

Crédit photographique : François-Xavier Roth © Grégoire Pont

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