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Un « Empereur » attendu et un « Héros » à suivre

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 21-IX-2007. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 5 en mi bémol majeur, Op. 73 « L’Empereur » ; Richard Strauss (1864-1949) : Une vie de héros, poème symphonique Op. 40. Hélène Grimaud, piano ; Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Fabio Luisi.

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Voilà bien un programme et un casting propres à attiser l’attention de tout mélomane qui se respecte : l’Empereur des concertos pour piano interprété par celle qui est en ce moment la Reine du piano français et une pièce symphonique brillantissime par un orchestre de grande tradition straussienne, véritable monument historique puisqu’il aura traversé bientôt cinq siècles. Et de fait, le Théâtre des Champs-Élysées affichait complet ce soir.

Rendons nous toutefois à l’évidence, c’est bien « L’Empereur » d’ qui était le plus attendu des spectateurs du concert, certains – peu nombreux, mais quand-même – ayant d’ailleurs déserté leur place à l’entracte. Mais revenons à notre « Empereur ». Et sa fameuse introduction qui va planter le décor pour tout le premier mouvement et disons le d’emblée, nous n’avons pas été déçus. Pardonnez-nous Hélène, mais commençons par l’orchestre, dont les trois premiers accords ff (chacun précédant une longue phrase au piano seul) avaient une remarquable qualité sonore, dense, unifiée, mais avec de la classe et une « douceur virile » que nous allions retrouvée dans le long passage symphonique qui lance véritablement le concerto. Avouons que ce passage ainsi joué nous a vraiment fait plaisir à entendre : magnifique quatuor, chantant comme un seul homme, puissant et expressif comme il le faut, nuancé quant il le faut, avec un excellent tempo choisi par le chef, bois, cuivres et timbales à l’unisson, bref un vrai allegro beethovénien, simple, sans bizarreries, avançant toujours avec un allant irrésistible. Notons tout de suite le classicisme de fort bon goût de la direction de , il n’a pas cherché, comme certains, à faire original, à mettre en exergue tel ou tel détail, mais a su garder la grande ligne de ce long passage qu’il faut savoir jouer d’un seul souffle sans s’égarer. Belle réussite.

Quant au piano, au rôle égal à l’orchestre dans ce concerto, il fut à la hauteur de ce que l’on sait et attend d’Hélène Grimaud : puissance expressive capable de rivaliser avec l’orchestre, conception profonde et totalement cohérente d’un bout à l’autre du concerto, clarté de la ligne rappelant ce que faisait jadis le grand Serkin. De fait une conception qui favorise l’avancée et le rythme plus que le legato poétique, mais respecte toujours la respiration naturelle de la phrase, aidée par un judicieux rubato. On s’en doute tout cela a conduit à un premier mouvement particulièrement intéressant et réussi, spontanément applaudi par une partie du public. Le deuxième mouvement Adagio un pocco mosso aurait pu jouer un peu plus sur le recueillement, l’émotion simple de cette longue phrase descendante du piano, souvent considérée comme l’expression d’une prière, ce qui n’était pas tout à fait le cas ce soir où le côté « objectif » et la clarté de l’architecture l’emportait sur la pure émotion. Le Rondo final était impeccablement enlevé, achevant le concerto en beauté.

On gonfle les effectifs de partout, on rajoute moult cuivres et percussions, sans oublier deux harpes, et nous voilà prêts pour « Une vie de héros », chef-d’œuvre de . Il est clair que cette œuvre est particulièrement indiquée pour faire briller un orchestre et un chef. En sommes, nous sortis totalement satisfaits : presque. On a bien retrouvé les qualités d’homogénéité et de douceur du quatuor à cordes, tout comme des cuivres d’ailleurs. Le tempo de chaque épisode était parfait, les grands équilibres sonores aussi. L’enthousiasme du chef (actuel Directeur musical de l’orchestre) et de ses musiciens était indéniable mais il nous a simplement manqué un peu plus de caractérisation dans les différents thèmes qui parcourent ce poème symphonique, et ils sont nombreux. C’était particulièrement évident dans la deuxième partie Les adversaires du héros où de nombreux thèmes représentent en fait les critiques musicaux – adversaire de Strauss lui-même -, on devrait pouvoir les compter et même les reconnaître (ceux qui connaissent l’histoire savent que certains critiques y sont fort bien croqués par Strauss) ; dans l’interprétation de ce soir, cet aspect était un peu fondu dans la masse. Mais comme celle-ci était fort belle … Même remarque avec le long solo de violon de Matthias Wollong, techniquement rien à dire, mais là encore un peu plus de caractérisation des différentes sections aurait été un plus. En bis nous avons eu droit à une belle Ouverture d’Oberon de Weber, tradition oblige car Weber a lui-même dirigé cet orchestre.

Ce concert nous a permis de constater que la tenait avec un chef, à la personnalité musicale qui n’est certes pas originale, mais au moins connaissant manifestement bien son sujet, et capable de donner de fort beaux concerts aussi bien symphonique qu’en accompagnement de solistes. Ce qui est déjà beaucoup par les temps qui courent …

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 21-IX-2007. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 5 en mi bémol majeur, Op. 73 « L’Empereur » ; Richard Strauss (1864-1949) : Une vie de héros, poème symphonique Op. 40. Hélène Grimaud, piano ; Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Fabio Luisi.

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