Michel Beroff face à un orchestre des grands soirs

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Marseille, Opéra. 21-IX-2007. Piotr Ilyitch Tchaïkovsky (1840-1893) : Romeo et Juliette, ouverture symphonique ; Symphonie n°6 en si mineur, « Pathétique» ; Franz Liszt (1811-1893) : Concerto n°1 pour piano et orchestre en mi bémol majeur. Michel Béroff, piano ; Orchestre Philharmonique de Marseille, direction : Michael Schønwandt.

A quand un directeur musical permanent dans la cité Phocéenne (dont l’actualité sportive n’intéresse qu’une partie de sa population) ?

La question se pose depuis des années notamment depuis l’arrivée de sa directrice . Au fil des saisons, l’orchestre philharmonique marseillais montre indéniablement des dispositions de tout premier plan dès qu’un chef de stature internationale est invité le temps d’un concert. Il rivalise même avec des formations voisines plus en vue dans un répertoire tel que celui qui a été proposé pour son concert de rentrée.

Honneur à l’œuvre de Tchaïkovsky pour encadrer la pièce centrale de Liszt. Sous la baguette de l’excellent , chef danois plébiscité par les plus grandes salles depuis deux décennies, les musiciens s’inscrivent dans une constance de jeu dans un Roméo et Juliette ample aux franches envolées. Les pupitres ont gagné en finesse et parviennent à lier ces éléments scéniques quelques peu disparates.

Ce sont eux qui vont éviter au soliste invité, Michel Beroff, de s’éparpiller dans une conception déroutante du Concerto n°1 pour piano de Liszt. Nerveux à l’extrême, Beroff effleure et survole du bout des doigts des traits bien approximatifs là où on attendrait une maîtrise digitale du fond du clavier. Pas de construction sur la grande ligne contrairement à l’orchestre parcouru par une énergie flamboyante. Le texte fourmille d’éléments virtuoses que le pianiste dissimule sous une pédale forte mal dosée et des intentions expressives plus de l’ordre d’un Chopin voire d’un Schumann. Curieuse manière aussi de changer de pédale avec une coupure de son abrupte. Le passage lent reste dans un registre ‘série B’avant un final dans lequel le concertiste fait valoir davantage de mordant et s’exprime davantage – il est vrai entrainé par la direction fougueuse de Schonwandt. On se souvient que le pianiste avait interrompu sa carrière durant sept années pour des ennuis de doigt. Son retour au plus haut niveau force l’admiration mais on reste sceptique quant au choix du répertoire actuel.

Dans la Symphonie n° 6 dite « Pathétique », le chef scandinave s’en donne à cœur joie à travers une direction passionnée et attentive. Il propose une lecture sans artifice de cette longue introspection existentielle et le noircit sans en alourdir le tableau. L’unité de chaque plan sonore du Scherzo met en lumière une rigueur architecturale et des sonorités limpides. Une interprétation d’ensemble où chaque pupitre trouve sa place notamment dans un Allegro con grazia empreint de liesse ou l’Adagio Lamentoso qui, dans un sentiment d’abandon, porte la couleur du deuil.

Crédit photographique : © Martin Mydtskov Rønne

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